CHAPITRE XXVIII
Pes esprits animaux qui s'engendrent à la tête.
lovx bien entendre ce que nous avons à dire de ces esprits animaux , il faut savoir , que comme les vitaux s'engendrent au cœur, aussi ces esprits animaux s'engendrent au cerveau , qui a son siège à la tête , laquelle , comme la plus noble partie de nos corps , sert aussi pour former ces esprits si nobles , qu'ils élèvent notre vie au-dessus de celle des bêtes , lesquelles vivent aussi-bien que nous. Or , tout ainsi que dans le cœur il y a deux cavités ou ventricules où se forment les esprits vitaux , aussi en la tête il y en a deux autres où se forment les esprits animaux : mais la manière dont ils se forment est bien si excellente , qu'elle surpasse tous les entendemens humains , et c'est de là que procède la foiblesse et la maigreur de ceux qui s'adonnent entièrement à la spéculation des sciences , ou à la contemplation des choses divines ; d'autant que les esprits vitaux , qui sont comme les serviteurs des au très (leur étant de beaucoup inférieurs) servent de matière pour former les animaux, qui sont leurs supérieurs, lesquels par leur chaleur et par le travail de l'exercice intérieur, se dissipent et se résolvent. De là vient que le corps demeure infiniment dénué des esprits vitaux qui lui donnent chaleur et vie , et de là même s'ensuit la foiblesse et débilité de ses parties. C'est encore de
la même cause que s'engendrent les flegmes et les autres superfluilés indigestes , qui causent a la fin plusieurs maladies.
Mais il faut remarquer qu'entre ces esprits , il y en a qui sont pour donner le mouvement aux membres , et d'autres pour donner le sentiment , et c'est pour cela que le Créateur leur a donné pour se répandic par tout le corps , des conduits qui sont deux sortes de nerfs différens , les uns pour porter les esprits qui causent le mouvement , et les autres pour conduire ceux du sentiment; cette différence est aisée à remarquer dans les paralytiques , lesquels , pour avoir les nerfs qui causent le mouvement, bouchés , ne peuvent mouvoir la partie du corps atteinte de paralysie, quoiqu'ils sentent lorsqu'on les touche, ou qu'on les pique,* parce que les nerfs qui causent le sentiment ne sont pas bouchés. Ceci a été un grand sujet d'étonnement et d'admiration tout ensemble pour Cicéron au second livre de la nature des dieux, ne pouvant assez admirer la sagesse et l'industrie du Créateur, lequel a parsemé tout notre corps d'une diversité presque infinie de conduits et de canaux , qui se répandent comme des rameaux par toutes ses parties; telles sont les veines qui leur portent le sang , et les artères qui portent les esprits de la vie ; une espèce de nerfs qui cause le mouvement , et une autre qui cause le sentiment. Enfin quel rets pourroit-on fabriquer dans le monde , composé de tant de mailles tissues les unes sur les autres, que nous, en voyons de parsemées et répandues par tout notre corps ?
Mais d'autant que le lieu où se forment ces esprits animaux est la masse de la cervelle, cette même masse prend son cours par toute l'épine du dos, entourée d'os Tort durs pour sa défense , comme celle de la tête est défendue par le crâne; elle est outre cela enveloppée de ses deux tuniques , comme la cervelle , lesquelles nous avons appelées pie-mère et dure-mère. Le Créateur ayant voulu qu'une chose si délicate et si précieuse fût non-seulement défendue par les os , mais aussi couverte et conservée par ces deux tuniques. Je l'appelle précieuse, parce que de cette masse blanche qui descend par ce canal , appelée la moelle de l'épine du dos, il naît vingt-quatre paires de nerfs, dont douze servent pour envoyer les esprits animaux aux parties de notre corps , qui montent de la ceinture en haut , et douze autres , pour celles qui descendent depuis la même ceinture jusqu'aux pieds, et néanmoins tellement départis et avec un tel ordre , que les douze servent à un côté du corps , et les douze autres pour l'autre. Et afin que rien ne manquât à un si parfait ouvrage , ce souverain ouvrier a voulu que dans tous ces os de l'épine , il y eût de certains conduits fort subtils , par lesquels ces nerfs eussent leurs issues pour aller faire leurs offices. Il a bien fait encore en cela une autre chose plus subtile et plus délicate , qui est une petite toile très-fine , laquelle sépare les deux parties de cette moelle de l'épine , d'un des côtés de laquelle procèdent les nerfs d'un des côtés de notre corps , et de l'autre ceux de l'autre , sans que les nerfs d'un côté incommodent la masse ou la moelle d'où procèdent
ceux de l'autre. Et qui est-ce, voyant ceci, qui pourra s'empêcher de publier la gloire et les louanges de ce grand et admirable ouvrier , lequel de cette simple substance dont nos corps sont composés , a su faire une si grande diversité de parties? Les unes dures , les autres molles, mais toutes ajustées et proportionnées dans la dernière perfection , pour servir aux officeb h quoi elles ont été destinées.
Que si quelqu'un veut savoir quels sont ces esprits qui ont tant de puissance , je dis que ce sont comme des éclairs d'une lumière très-pure, qui courent par les pores des nerfs , et qui par leur moyen sont distribués par tout le corps. Un argument de cette vérité se peut tirer de ce que ceux qui sont frappés d'un bâton sur la tête, dont le coup resserre et restreint les nerfs , ont accoutumé de dire qu'ils ont les yeux éblouis , et qu'ils en ont perdu la lumière. Or, cette lumière n'est autre chose que les mêmes esprits , lesquels comme trèssubtils qu'ils sont , rejaillissent dehors par cette partie la plus transparente de nos corps : et en cela nous voyons la proportion et Tordre admirable que le Créateur a observés en toutes ses œuvres. D'autant que comme les cieux sont cause de tout ce qu'il y a de mouvemens et d'altérations en ce monde inférieur . par le moyen de la lumière du soleil et des planètes , aussi le cerveau qui est la partie de notre corps la plus élevée , et comme le ciel de ce petit monde , est la cause , par le moyen des rayons de cette lumière , de tous les mouvemens et sentimens de notre corps ; et de cette sorte, ce souverain auteur de toutes choses ,
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lequel , comme nous avons dit,, dispose tout par ordre et avec douceur, a voulu au moins en ceci égaler et proportionner la conduite de ce petit monde à celle du graîd.