‹ Catéchisme, ou, Introduction au symbole de la foiChapitre 40 sur 49 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Ce que nous a enseigné Cicéron touchant les sens extérieurs de notre corps.

Iour conclusion de cette matière , je veux rapporter ce que Cicéron a dit de la proportion et de la beauté des sens , et des parties extérieures de notre corps , pour prouver qu'il a été composé par une souveraine sagesse et providence , pour l'usage et pour l'utilité de notre vie. Il dit donc , dans son second livre de la nature des dieux : « Que cette divine providence a » élevé les hommes de terre , et qu'elle les a faits » hauts et droits, afin que tournant les yeux vers le ciel, » ils pussent reconnoître la divinité, parce que les hom- » mes n'ont pas été faits pour demeurer toujours sur La

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» terre , mais pour contempler les choses célestes , et » qui sont au-dessus d'eux , dont la vue et la coatem- » plation n'appartient à aucun autre animal qu'à » l'homme seul. La même providence n'a pas phcé » avec moins de merveille les sens , (qui sont les mts- » sagers et les interprètes des choses , ) dans la tête, » comme dans une haute tour pour l'usage nécessaire » de la vie; car nous voyons les yeux , ( comme les » sentinelles de notre corps , ) logés dans la plus haute » partie, afin qu'ils puissent mieux exercer leur fonc- » tion , voyant de là toutes les différences des choses.

» Les oreilles par où nous recevons les sons n'ont » pas été moins à propos situées dans cette haute par » tie , parce que le son monte toujours en haut. Pour » la même raison , le sens de l'odorat a été mis aussi » en haut, d'autant que les vapeurs qui portent avec », soi les espèces des choses odorantes montent natu- » Tellement en haut. Il n'y a pas ^u moins de raison à » mettre ce sens près de la bcache, l'odorat ayant » grande part à ce que l'on boit ou que l'on mange , » pour juger s'il est bon ou mauvais; mais le senti- » ment du goût pouvoit-ii être mieux placé , ( puis- » qu'il devoit sentir la différence des vivres servant à » notre nourriture , ) que dans cette partie de notre » bouche, par laquelle doit nécessairement passer tout » ce que nous buvons ou que nous mangeons?

» Pour le sens du tact ou de l'attouchement , il s'est » étendu également par tout le corps , afin que nous » puissions sentir tous les coups , les grands froids , les » grandes chaleurs et les autres injures qui nous pou-

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» voient nuire. Mais ici nous devons remarquer que

» tout ainsi que les personnes mieux sensées appor-

» teat plus de soin à la conservation des choses pré-

» rieuses que des viles , ainsi ce divin Ouvrier a pris

» beaucoup plus de soin de la conservation de la vue

j> que de tous les autres sens, parce qu'il est beaucoup

) plus précieux. Car il a premièrement revêtu les

» yeux de toiles fort déliées et fort transparentes , afin

» que nous puissions voir au travers; mais il les a aussi

» faites assez fortes pour être de durée. Il a fait les

» yeux mobiles de tous côtés, pour leur donner moyen

» de se détourner de ce qui les pouvoit offenser, et se

» tourner facilement vers les objets agréables. La pointe

» de la vue située en la prunelle de l'œil , qui est la

» partie par laquelle nous voyons , est fort petite , afin

» qu'il y ait moins de prise pour la blesser, et les pau-

» pières , qui servent de couverture aux yeux , ont été

» faites fort légères ; ->ur ne point offenser cette pru-

» nelle , et fort faciles aussi à s'ouvrir et à se fermer ?

» afin qu'il n'entrât rien dans les yeux qui leur fût con-

» traire. Ces mêmes paupières sont encore armées de

» poils en forme de palissade , afin que les yeux même

» étant ouverts se pussent défendre , et repousser les

» choses qui les pouvoient incommoder. C'est de cette

» sorte que les yeux sont enclos et renfermés , ayant

» encore pour plus grande sûreté , dans la partie supé-

» rieure , un autre rang de poils , qui sont les sour-

» cils , pour empêcher que la sueur qui coule de la

» tête et du front ne tombe sur eux ; mais dans la par-

» lie inférieure , ils sont fortifiés des mâchoires et des

» joues , qui sont comme un boulevard pour lesdéfen- » dre , et le nez est disposé de telle sorte , qu'h leur » sert de mur et de rempart.

» Les oreilles aussi sont toujours ouvertes , parce » que nous en avons incessamment besoin , même u\i- » rant le sommeil , afin que nous nous réveillions par » le son qui est propre à ce sens-ci. La voie que tienï » le son pour entrer dans l'oreille, a plusieurs détours, » d'autant que si l'oreille étoit toute droite , les choses » nuisibles y pourroient entrer. Mais il y a encore un » autre remède contre les petits animaux qui vouj> droient pénétrer en cette partie , qui est celte cire , » laquelle comme une espèce de glu les embarrasse et » les arrête; les oreilles mêmes posées à la porte de ce » sens, sont peur lui servir de garde et de couverture, » et pour empêcher que la voix ne se dissipe avant que » d'entrer dedans. Ses entrées sont dures comme une » corne , et faites à plusieurs plis et replis , parce que » le son , par ce moyen , prend des forces et se fait » plus grand. De même les narines , qui doivent être » toujours ouvertes , ont l'entrée fort étroite , afin que » rien n'y entre dont elles puissent être offensées ; elles » ont aussi un peu d'humeur qui leur sert à chasser la » poussière et les autres incommodités semblables. » Mais le sens du goût ne sauroit être mieux gardé , » étant situé dans la bouche , non-seulement pour y » exercer plus commodément son office , mais aussi » pour y être avec plus d'assurance.

» Il faut remarquer encore que tous ces sens sont » beaucoup plus parfaits dans les hommes que dans /es

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1 brutes; car, en premier lieu, les yeux entendent » plusieurs choses par le seul mouvement du corps , ou » parles gestes des personnes , et jugent de la beauté , » du l'ordre et de la décence des couleurs , des figu- » res et de plusieurs autres choses plus relevées. Ils » sont capables même de connoître quelque chose des » vices ou des vertus des personnes , remarquant fort a bien , quand l'homme est en colère ou tranquille , » joyeux ou triste , et ne distinguant pas moins le fort » du foible, et le hardi du lâche. L'ouïe a aussi une » merveilleuse propriété de juger, car c'est par elle » que nous entendons et que nous faisons distinction » tant des voix que des instrumens de musique , de la » diversité des tons et des intervalles des concerts ; que j> nous remarquons la différence des mêmes voix , les » unes étant douces , les autres aigres ; les unes aiguës, » les autres graves ; d'autres flexibles , et les autres du- » res , lesquelles différences ne sont reconnues que des » hommes. Le sens de l'odorat , celui du goût , et de » l'attouchement , ont aussi la faculté de juger des cho- » ses qui leur conviennent; et c'est en partie la cause » pour laquelle plusieurs sortes de plaisirs ont été in~ » ventés , afin de les contenter. Le nombre en est plus » grand que je nedésirerois , car c'est pour cela qu'on » a trouvé tant de parfums , tant de sauces et de ra- » goûts , et tant de sortes de meubles et d'habits somp- » tueux. » Tout ceci est de Cicéron ; et en cela nous voyons clairement l'extrême sagesse et le conseil admirable de celui qui a si parfaitement composé tous nos sens pour l'exercice des fonctions nécessaires à l'usage

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de nos vies, sans oublier aucune chose, poui petite qu'elle fût, puisqu'elle s'est même occupée dt cette cire qu'elle a mise dans nos oreilles , pour faire l\ffice que nous avons remarqué. Que ne devons-nous p^int attendre dans les grandes choses , des soins de celui qui dans les plus petites en a pris de si grands ?

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