‹ Catéchisme, ou, Introduction au symbole de la foiChapitre 41 sur 49 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Le la convenance et proportion des autres parties extérieures de notre corps.

1/excellence de la divine providence ne paroît pas moins en la composition et au bel ordre des autres parties du corps , qu'en celui que nous avons remarqué dans les cinq sens dont nous venons de parler; car, en premier lieu , le Créateur a couvert le corps depuis la tête jusqu'aux pieds de son vêtement avec sa doublure. La première peau est ce vêtement; elle est fort délicate et presque insensible , comme nous pouvons remarquer en ceux qui sont galeux, lesquels se déchirent sans douleur ; mais sous cette peau il y en a une autre beaucoup plus forte, et en quelques endroits assez épaisse , comme à la tête , ce qui a été ainsi ordonné pour la défense de cette partie. Elle est de la même épaisseur sous les pieds , pour la commodité de ceux qui vont déchaussés , et au visage beaucoup plus déliée. Mais cette providence si sage ne s'est pas contentée de nous donner ces vêtemens de peaux; elle y a

PART. I. CHAP. XXXII. 3o,7

aussi ajmté beaucoup de graisse, qui est comme une espèce de matelas , qui couvre et enveloppe toutes les cluirs de notre corps; ce qui se voit en quelques aniiraux , en qui celte graisse abonde , et même dans des corps humains , s'ils ne sont fort atténués.

Pour traiter en particulier de tous les membres , je commencerai par la tête , où les cheveux se présentant les premiers pour lui servir de défense et de couverture , et aux femmes , outre cela , d'ornement. Aussi trouvons-nous que l'Apôtre a dit : Que les cheveux nous avoient été donnés pour nous couvrir. Mais saurions-nous assez dignement expliquer combien à propos la barbe a été donnée aux hommes , et ôtée aux femmes,, qui seroient autant difformes d'en avoir, que les hommes de n'en avoir pas ? Mais elle ne sert pas seulement à embellir les hommes ; il semble qu'elle leur ajoute encore quelque autorité; surtout elle semble être nécessaire pour mettre de la distinction entre les hommes et les femmes , et pour aider à la conservation de la chasteté de celles-ci ; car , en effet , à combien de méchancetés et de tromperies n'ouvriroit-on pas la porte , si cette marque étoit ôtée aux hommes ! Ensuite de la barbe , vient le cou , qui est comme une belle colonne , ( quoique composée de diverses pièces , ) sur laquelle la tête se plie et se tourne comme sur des gonds. Cette colonne ne sert pas seulement pour la beauté, elle a encore deux très-signalés usages, d'autant que deux petits canaux lui sont attachés , par l'un desquels la nourriture qui nous fait vivre a son passage , et par l'autre , l'air par lequel

Zç)S CATÉCHISME DE GRENADE.

nous respirons; plus bas encore est la poitrine, composée d'os fort durs pour la conservation du cœur; et comme le Créateur avoit armé la cervelle d'u<i tôt fort dur qui lui sert comme d'un casque , il a vuilu aussi armer la poitrine de ces os durs , comme d'tne cuirasse pour la conservation du cœur. En cela nojs pouvons faire remarque de ce que nous avons déjà dit, que la Providence prend beaucoup plus de soin des choses , d'autant qu'elles sont plus ou moins importantes , ayant pourvu de ces deux sortes d'armures ces deux parties de notre corps , qui sont sans doute les principales. Mais aux femmes , outre la poitrine qui leur sert de défense , elle a ajouté deux mamelles , qui sont deux fontaines de lait pour la nourriture des enfans qu'elles mettent au monde : elles ont été faites doubles , afin que si elles accouchoient de deux à la fois , elles pussent aussi les nourrir tous deux à la fois : quoique depuis peu de jours une femme mariée ait accouché dans cette ville de Lisbonne de trois enfans, deux mâles et une femelle , qui ont tous trois vécu. Mais ce qui est certainement digne d'une très grande admiration, c'est que le même sang qui servoit à la nourriture de l'enfant dans le ventre de la mère , accourt incontinent , comme s'il étoit pourvu de quelque connoissance , à ces deux mamelles , non plus sang, mais lait , et aliment très-agréable , cuit et digéré dans le sein de la mère , et proportionné à la délicatesse de l'estomac du nouveau né , qui commence à prendre la nourriture par la bouche , au lieu qu'il la recevoit auparavant par le nombril. Or, la même Providence

I'AIiT. I. CHAP. XXXII. Ô99

qui a mis ces deux fontaines de lait au sein des femmes , les a multipliées aux animaux qui font des productions plus nombreuses , comme les chiens , les chas , les lapins et autres semblables , dont les petits à mesure qu'ils sont nés , et avant même que d'ouvrir 1<$ yeux , sans autre guide que celui de leur Créateur, iont s'attacher à ces sources de lait pour en tirer leur nourriture. Mais il faut remarquer qu'au ventre qui est situé sous les mamelles il n'y a pas la même garniture d'os qu'aux autres parties du corps , d'autant que les boyaux qui occupent cet espace , étant composés d'une chair délicate et maniable , si les os qui sont durs les eussent touchés, ils en eussent sans doute souffert du dommage.

Que dirai-je après ceci, des mains , ministres de la raison et de la sagesse? Notre souverain Créateur les a faites un peu concaves pour embrasser et retenir tout ce qu'elles voudroient : il les a allongées en doigts, dont la structure est si merveilleuse , que vous ne sauriez déterminer ce qu'il y a en eux de plus à estimer, ou l'utilité ou la beauté ; car leur nombre est parfait , leur ordre très -proportionné dans son inégalité, et très-agréable : leur flexibilité et la forme ronde des ongles durs et fermes ne contribuent pas moins à la beauté qu'à la sûreté des doigts , dont la chair tendre pourroit être offensée par le service qu'ils nous rendent. Mais entre tous les autres , le pouce nous en rend de si considérables , que nous ne saurions assez en admirer l'utilité; car, bien que séparé des autres doigts , il ne laisse pas néanmoins de les assembler

et unir, leur donnant les forces et le moyen detetenir les choses qu'ils ont embrassées , comme leur naître et leur gouverneur.

Descendant plus bas que les mains , nous ne pouvons laisser sous silence la remarque qui a été far.e par Théodoret , de la providence du Créateur , qui * voulu prendre soin de nous fournir deux coussins naturels pour nous asseoir, et mettre le reste du corps en repos sans aucune peine. Si cela nous manquoit, l'incommodité de l'homme ne seroit pas petite , d'être obligé de demeurer assis sur des os durs et décharnés : l'usage de ces deux coussins n'est pas moins utile pour ceux qui vont à cheval , qu'il contribue à la grâce du corps étant assis sur la selle ; car nous devons remarquer que dans toutes les parties de notre corps le Créateur a conjoint l'utilité avec la beauté, comme nous avons dit ci-devant. Cela même peut s'observer en la structure de nos pieds , qui viennent à aboutir en des doigts armés d'ongles , sur lesquels les hommes se tiennent debout , quand il est besoin , se guident en haut , même sur une lance , et quelquefois voltigent sur une corde.

Page 1