‹ Catéchisme politique (volume 2)Chapitre 182 sur 266 · COALITIONS ET GREVES ; CAPITAL ET SALAIRE ; QUESTION OUVRIÈRE · texte numérisé non relu

COALITIONS ET GREVES ; CAPITAL ET SALAIRE ; QUESTION OUVRIÈRE

D. Dites-nous un mot des questions brûlantes qui s'agitent entre patrons et ouvriers?

R. Nous avons examiné dans le chapitre II (page 140)> les coalitions de patrons, les grèves d'ouvriers, au point de vue de la morale chrétienne, et dit qu'elles sont coupables toutes les fois qu'elles lèsent la justice. Il est plus difficile d'apprécier cette question au point de vue politique, c'est-à dire au point de vue de l'ordre et de l'utilité publique, d'après la doctrine en vigueur de nos jours.

Quant aux engagements, aux rapports entre le capital et le travail, entre maîtres et ouvriers, l'État n'a pas plus à s'en mêler que de toutes autres conventions; la plus grande liberté doit régner dans les pactes, pourvu qu'ils ne troublent point l'ordre public, n'offensent point les bonnes mœurs, se forment et s'exécutent avec bonne foi. Avant de consentir à accorder leur travail aux maîtres pour un prix déterminé, les ouvriers ont le droit de s'entendre entre eux, de se concerter, non seulement pour s'éclairer, mais pour rendre leurs prétentions collectives et par là plus efficaces. Même droit pour les maîtres: ils peuvent se coaliser, pour n'offrir de travail aux ouvriers qu'à telles conditions qu'ils jugent utiles à leurs intérêts. Liberté des coalitions entre patrons pour faire baisser les salaires, liberté des coalitions entre ouvriers pour faire hausser les salaires: pourvu que ces coalitions se fassent sans troubler la liberté individuelle et la tranquillité publique, c'est-à-dire sans qu'un patron force d'autres patrons, sans qu'un ouvrier force d'autres ouvriers par des violences, par des voies de fait, pir la menace, l'intimidation, les manœuvres frauduleuses, à entrer dans les

rt'M\ cilAlMi :•.!■; nri.NZiKMi;. — LIBERTÉ

coalitions, sans que celles-ci produisent des réunions de

personnes armées, des émeutes. Telle est la dernière loi qui a été faite en France sur les coalitions, et dont l'initiative revient en grande partie à M. Emile Ollivier. Les

anciennes luis, même (chose bizarre !) celles qui émanent de l'Assemblée constituante de 1789 et de la Convention, punissaient rigoureusement les coalitions, surtout celles entre ouvriers.

D'après le principe consacré par cette loi, le rôle de l'tÉtat et de ses agents dans les coalitions et dans les conflits entre ouvriers et patrons se réduit à deux points : d'abord et avant tout, faire respecter la liberté individuelle et l'ordre public ; lorsqu'il se forme une coalition d'ouvriers, si un seul ouvrier est contraint d'y entrer par les menaces des autres ouvriers, ou s'il est empêché parles menaces du patron, il y a là un attentat à la liberté individuelle à réprimer.

Ensuite, s interposer officieusement pour calmer les animosités entre patrons et ouvriers, ménager entre eux une discussion amicale, afin que ! es deux parties comprennant leurs griefs réciproques, et, sentant qu'ils ont intérêt à s'accorder, se fassent de part et d'autres les concessions nécessaires. On expliquera aux ouvriers que si le patron élevait trop le tarif de leur journée, il serait forcé d'élever en conséquence le prix de ses produits, qu'il ne pourrait plus soutenir la concurrence avec les produits étrangers, qu'il se verrait dans la nécessité de réduire ou d'arrêter complètement la marche de son industrie, et que les ouvriers risquei aient ainsi de rester sans travail. On leur fera aussi remarquer qu'une hausse universelle des salaires, embrassant tous les genres de travaux, ne leur servirait de rien, puisqu'elle ferait hausser le prix de tous les genres de produits qu'il leur faut acheter pour leur subsistance, leur entretien et leur agrément. On représentera au patron qu'il es'c redevable, en partie, de ses bénéfices aux ouvriers, et qu'il doit, par conséquent, reconnaître et rémunérer convenablement leurs services.

Page 1