‹ Catéchisme politique (volume 2)Chapitre 184 sur 266 · CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

CATHOLIQUE

D. Les principes qui doivent présider aux relations de l'Église avec l'État sont l'objet, dans le parlement, dans la presse, dans les livres de tous les pays, d'incessantes discussions. Pour les éclaircir autant qu'il est en votre pouvoir, je vous poserai trois questions : \° quel est l'enseignement catholique à ce sujet ; 2° quelles doivent être les maximes d'une saine politique ; 3° de fait, quel est le régime légal des cultes et du culte catholique en particulier ?

R. Voici, d'après la croyance catholique, la tradition, l'histoire, l'idée qu'il faut se faire de la religion et de la place légitime que l'Église doit occuper dans le monde.

Il y a trois sociétés nécessaires, et l'Église en est une.

Une société est une réunion, sous le même pouvoir, de plusieurs êtres, pour leur mutuel avantage, soit physique, soit intellectuel, soit moral.

L64 CUAPiTHE SEIZIÈME. — CULTE

Des individus, soumis au même pouvoir domestiqua, forment la famille ;

Des individus et des familles, dépendant du même pouvoir politique, constituent la nation ;

Des individus, des familles et des nations, obéissant au même pouvoir religieux, font l'Eglise.

Il y a donc trois espèces de sociétés : la société domestique, la société politique et la société religieuse.

La condition la plus essentielle, la plus constitutive, la plus caractéristique d'une société, cest que les membres (/ai la composent obéissent au même pouvoir ; de sorte que des individus, qui diffèrent pour tout le reste, mais qui reconnaissent le même pouvoir, forment une société, et qu'au contraire, il n'existe pas de vraie société entre des individus qui reconnaissent des pouvoirs différents, quelque ressemblance qu'il y ait d'ailleurs entre eux.

A ces trois espèces de sociétés correspondent plusieurs espèces de pouvoirs, de magistratures, de dignités, que Dieu exerça lui-même directement envers le premier homme, et que des hommes exercèrent ensuite ; car, dans l'ordre matériel, Dieu est la cause première, l'être premier, mais non pas la cause et l'être unique, contrairement à ce qu'enseigne le panthéisme ; il crée de vrais êtres, de vraies causes, doués du pouvoir d'agir à leur tour et de produire les admirables effets que la science humaine étudie dans l'univers, et qui ne sont point le résultat fortuit d'atomes éternels, comme le prétend le matérialisme ; de même, dans l'ordre moral, il y a un juste milieu entre ceux qui, panthéistes politiques, veulent voir Dieu partout et expulsent l'homme, et ceux qui, atomistes politiques, expulsent Dieu pour mettre partout l'homme à sa place ; entre ceux qui croient que Dieu va intervenir toujours directement dans la société, qui n'est que l'expression immédiate de sa volonté (si toutefois cette opinion a jamais existé), et ceux qui prétendent que la société n'est que l'agrégation d'hommes, d'individus, d'atomes intelligents et indépendants de toute divinité ; entre ceux qui

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n'ont pas imaginé d'autre remède contre l'anarchie que l'absolutisme, c'est-à-dire l'obéissance aveugle et passive à un despote, qui est censé s'inspirer de Dieu et ne doit «compte qu'à Dieu de ses actes, et ceux qui osent dire qu'il n'y a pas d'autre moyen d'échapper à l'absolutisme que l'anarchie, société instable où tout dépend toujours de l'individu qui peut à chaque instant changer, renverser la société, même par la force, d'après cette maxime que « l'insurrection est le plus saint des devoirs ».

Il y a, disons-nous, entre ces deux extrêmes, qui aboutissent au même terme, la destruction de tout pouvoir et de toute société ; il y a un juste milieu où chaque chose se trouve à sa place, où l'on concilie l'action du pouvoir suprême et divin avec l'action des pouvoirs subalternes et humains, l'autorité avec la liberté ; où l'action divine s'exerce par les lois éternelles de l'ordre social qu'elle a établies, et où les pouvoirs humains, en se conformant à -ces lois éternelles, agissent avec une indépendance complète en tout ce qui est de leur ressort.

Transportons-nous à la naissance du monde, et voyons comment Dieu organisa d'abord l'humanité.

Yoici la description que fait sur ce sujet le père Ventura, d'après l'Écriture sainte et les traditions de l'antiquité.

En créant le premier homme, Dieu se fît son père, parce qu'il lui donna la vie complète et parfaite ; il se fit son roi, parce qu'il lui imposa ses lois et qu'il lui fournit les moyens de perpétuer et de conserver son espèce ; son précepteur, parce qu'il l'instruisit de tout ce que l'homme devait savoir pour vivre de la vie qui lui est propre et pour atteindre sa fin ; et enfin, il se fit pontife, parce qu'il lui administra, en quelque sorte, ses sacrements et le sanctifia par sa grâce, mais il n'en fait pas de même avec le reste des hommes. Il n'agit plus ainsi directement, immédiatement sur nous. Des hommes sont chargés d'accomplir, à l'égard des hommes, des fonctions analogues à celles que Dieu a bien voulu exercer directement lui-même à l'égard t. ii. 30

du premier homme : Dieu a investi l'humanité des facultés, des pouvoirs nécessaires pour se perpétuer, se conserver, s'instruire, se sanctifier, conformément aux lois gravées dans la nature humaine (et aussi d'après les lumières et les moyens surnaturels que Dieu nous a fournis par la révélation) ; ainsi, c'est par nos parents que Dieu nous engendre à la vie et nous élève ; c'est par le pouvoir 'politique qu'il nous procure la sûreté, la liberté et les autres avantages de la société civile ; c'est par les docteurs qu'il cultive notre intelligence et nous instruit ; c'est par les ministres sacrés qu'il nous dispense ses divins mystères et nous sanctifie. 11 y a pourtant une différence entre ces pouvoirs, c'est que Dieu intervient d'une manière plus surnaturelle et plus fréquente pour l'institution et la direction des pouvoirs qui nous procurent l'instruction religieuse et les moyens de sanctification.

Il y a donc dans le inonde quatre espèces de dignités : la dignité patriarcale ou paternelle, la dignité royale (et par roi l'on entend ici tout chef d'Etat légitime, quelles que soient son origine et ses attributions), la dignité prophétique ou doctorale, et la dignité sacerdotale, dont la plénitude est dans les évêques, et la tête hiérarchique dans le pape.

Le premier homme fut le premier père, le premier roi, le premier docteur, le premier pontife du genre humain.

Tant qu'il n'eut qu'à se reproduire dans ses enfants, à les nourrir, à les instruire, à les élever, en un mot, il ne fut que leur père, le chef de la première famille, de première société domestique.

Mais bientôt cette première famille se développa ; chaque enfant d'Adam devint père d'autres enfants et chef domestique d'une famille : Adam se trouva déchargé de la direction domestique de ces diverses familles, dont chacune avait son chef, mais il resta chargé de maintenir, par l'exercice de la justice, l'union et la paix entre elles, afin qu'elles formassent une espèce d'État : son pouvoir domestique se changea en pouvoir public, après avoir été

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père, il devint roi, ou chef politique de sa race encore peu nombreuse.

Mais ce premier état ne tarda pas à se diviser en deux États ou cités : la cité des fils de Dieu et la cité des fils des hommes, qui eurent pour chefs politiques, l'une Seth, et l'autre Gain. Adam cessa dès lors d'exercer le pouvoir public sur ces deux peuples, il ne conserva plus que le pouvoir religieux ; il resta le dépositaire et l'interprète de la révélation qu'il avait reçue de la bouche même de Dieu, il resta le juge de toutes les questions de morale et de religion, le régulateur des pratiques du culte, le chef suprême du sacerdoce. Ainsi, les deux peuples, qui formaient alors le genre humain, séparés et indépendants l'un de l'autre, sous le rapport civil et politique, restèrent unis dans une seule et même société religieuse, soumise au même docteur et au même pontife de la vraie religion.

Après la mort d'Adam, sa dignité religieuse se perpétua dans la personne des patriarches : ce fait est constaté par l'Écriture sainte, qui appelle Noé le huitième dépositaire et interprète de la vérité révélée, le huitième souveverain pontife du genre humain : octavum justitix prscconem K.

11 en fut de même après le déluge : il y eut d'abord trois peuples, dont chacun eut pour chef politique un des fils de Noé : plus tard, ces trois peuples se divisèrent en un grand nombre d'autres. Les hommes, dispersés dans ces différentes contrées du globe, y formèrent des États différents, indépendants les uns des autres, sous le rapport politique, mais tant que le culte du vrai Dieu ne fut point altéré par l'idolâtrie, tous ces États, tous ces peuples, regardèrent la famille d'Héber (chef des Hébreux) comme la seule dépositaire fidèle de la vérité traditionnelle, de la pureté du culte et du pontificat suprême. Aussi, lisonsnous dans l'Écriture qu'un membre de cette famille, Melchisédech, roi de Salem (Jérusalem), successeur d'Adam,

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