PRINCIPES POLITIQUES SUR LE MÊME SUJET
D. Vous venez de nous exposer ce que pensent les catholiques, touchant les rapports de l'Église et de l'État. Mais, bien que la religion catholique soit professée par la très grande majorité des Français, il arrive quelquefois que la direction des affaires publiques est confiée, en
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France, tantôt à des catholiques, qui déposent leur bagage catholique, comme une chose gênante, à la porte du ministère, tantôt à des hommes d'État qui ne sont pas catholiques, ou qui étant nés dans le catholicisme, n'ont conservé aucune croyance, ou du moins aucune pratique religieuse. De quel principe doivent-ils s'inspirer, au point de vue exclusivement politique, s'ils ont en vue le bien public?
R. Ils doivent considérer comme utile à la société de favoriser la religion. En effet, pas de société solide si elle ne se compose de bons citoyens ; il n'y a pas de citoyens parfaits sans religion. Le sentiment, le besoin religieux est inné dans l'âme humaine : c'est un penchant, une faculté qui fait partie intégrale de notre nature, comme les autres penchants et les autres facultés.
Si, au lieu de le suivre, de lui donner son juste développement, nous l'étouffons, nous détruisons le côté le plus noble de notre nature, celui qui nous sépare le plus des animaux et de la boue terrestre et nous rapproche du ciel, nous nous dépravons, nous nous dénaturons; c'est une mutilation, un commencement de suicide plus funeste que si nous nous enlevions la faculté d'entendre, de voir ou de marcher : il vaut mieux être boiteux, aveugle, sourd, qu'irréligieux ; l'athée est un être disgracié de la nature, dont l'organisation intellectuelle est viciée, la taille morale, inférieure à celle des autres hommes; l'âme, flétrie : c'est, dans l'ordre moral, une espèce de crétin.
L'intérêt de la société et de l'humanité exige donc impérieusement que la nation préserve ses membres et ses enfants de cette infirmité, de cette dégradation. Or, comment satisfaire et développer le sentiment religieux des Français? Est-ce en leur imposant une religion nouvelle, inventée, composée humainement, arbitrairement ? Est-ce ainsi qu'on règle la famille, la propriété et les autres institutions fondamentales de la société ? Leur applique-t-on les lois antiques, inhérentes à l'humanité, fondées sur la
nature des choses, vieilles comme le monde, ou leur fait-on subir une refonte complète, radicale, selon les rêves des ennemis de la propriété et de la famille?
En infligeant aux consciences catholiques des prescriptions contraires à leur croyance, vous ne satisfaites pas le sentiment religieux, vous le froissez, vous agissez en gens qui travaillent pour l'étouffer.
La France préférera toujours la religion la plus sainte, la plus universelle, la plus antique ; plus elle l'étudié, plus elle voit les preuves qu'elle est la seule vraie, la seule révélée, que c'est la seule manière autorisée par Dieu pour l'honorer et le servir. L'homme est habitué, pour les grandes choses, pour les grands devoirs, comme ceux de la famille, de la société, à les recevoir tout faits, et non à les créer chacun à sa fantaisie.
Il est porté à croire qu'il en est de même pour le culte ; il ne lui répugne pas de penser que pour ce point capital, chaque homme ne peut, en sûreté de conscience, se créer ses formules, ses rites, ses devoirs ;
Que si Dieu les lui a prescrits, il doit s'en informer et les suivre.
Le Français croit donc que la religion catholique est le culte autorisé, prescrit par Dieu, la religion qui a fait la France ce qu'elle est, et qui coule, dans ses veines, comme le sang de ses pères.
Nous avons développé ces idées dans le chapitre II de cet ouvrage, et démontré, par l'histoire et par la nature des choses, que tout progrès vient du christianisme, lequel ne se conserve intact et prospère que sous la forme catholique. Les libéraux doivent donc, s'ils sont sincères, protéger et favoriser l'Église ; on peut le leur démontrer en deux mots, par un argument sans réplique :
C'est l'autorité morale que l'idée religieuse soutient : or, plus il y a d'autorité morale, moins il y a besoin d'autorité matérielle. Donc, l'impiété amène le despotisme : car le droit n'agit que sur les consciences, sur les âmes ; la matière ne peut être gouvernée que par la force. Donc,
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la religion est la mère de la liberté ; et comme le gouvernement le plus parfait est celui où l'on allie le plus de liberté avec le plus d'autorité, le christianisme, qui est la tige de l'une et de l'autre, est la perfection du gouvernement ; c'est ce qu'a proclamé son divin fondateur, Jésus- Christ, en mourant sur la croix, lorsqu'il s'est écrié : Tout est consommé ! je viens de donner à l'humanité sa dernière perfection, il n'y a pas de plus grand progrès à chercher que de profiter le plus possible de ce que j'ai dit, fait, établi pour éclairer, moraliser et sanctifier les hommes. Par ces paroles, le Christ a prophétisé le double caractère de durée et de progrès du catholicisme : « Les cultes païens », dit le Père Ventura, « durent sans progresser; les cultes philosophiques ou hérétiques progressent sans durer ; d'une part, c'est le repos de la mort; de l'autre, c'est le mouvement de la destruction. C'est dans le catholicisme seul que se trouve le progrès durable et la durée progressive, la tranquillité de l'ordre et le mouvement de la vie. »
D. Vous supposez que vous avez affaire à des politiques au moins indifférents; mais si le pouvoir tombait aux mains des ennemis du catholicisme et de l'Eglise, que diriez-vous?
R. Je leur dirais : Vous savez que la grande majorité des Français est catholique; il faut éviter qu'elle vous fasse une opposition violente si vous désirez vous maintenir au pouvoir. Ce sont des ennemis avec lesquels vous devez faire la paix ou du moins signer une trêve; pour cela, il faut traiter avec leur chef, avec le Saint-Siège; tout ce que vous ferez en dehors du Saint-Siège, pour régler les rapports de l'État avec l'Église, sera considéré par les catholiques, c'est-à-dire par la majorité des Français, comme nul et non avenu ; au contraire, en respectant les conventions ou concordats, qui existent déjà entre la nation française et le Saint-Siège, et en dénouant les difficultés qui peuvent se présenter de la même manière, vous liez les consciences catholiques et vous avez
la paix; c'est le seul moyen pour les gouvernements, catholiques ou non, d'obtenir ce résultat.