SEPARATION DE L EGLISE ET DE L ÉTAT
D. Ne serait-ce pas simplifier le problème des rapports de l'Église et de l'État, que de les séparer entièrement l'un de l'autre?
R. La séparation de l'Eglise et de l'État, dans un pays comme la France, où la presque universalité des citoyens professe le catholicisme, est une utopie irréalisable.
Si des abstractions peuvent coexister séparées dans une hypothèse, deux personnes ne peuvent vivre sous le même toit, circuler par la même porte, dans les mêmes voies7 secoudoyer quotidiennement, sans être amies ou ennemies. Parlons sans métaphore: l'État et l'Église, ayant les mêmes sujets, les mêmes citoyens, dont la plupart des actions sont mixtes, c'est-à-dire à la fois religieuses et civiles, et tombent ainsi en même temps sous la juridiction des deux pouvoirs, ont d'innombrables points de contacty d'inévitables et incessantes relations, qui, si elles n'étaient pas réglées d'un commun et préalable accord, donneraient lieu à autant de conflits et de querelles. Dans les pays où, comme en Angleterre, cet accord est moins formel et n'existe pas par écrit, il est tacite, implicite, il existe de fait. De ce que la constitution anglaise n'est pas écrite, en concluez- vous qu'elle n'existe pas? Les relations entre le gouvernement anglais et le Saint-Siège sont dans le même cas; l'Angleterre n'a pas d'ambassadeur attaché à Romer mais elle y entretient soigneusement un agent, qui remplit officieusement les mêmes fonctions que le nôtre officiellement.
Le moyen de trouver la solution la meilleure, la plus pratique, c'est de respecter la nature de l'État et de l'Église, de les distinguer autant que possible, de délimiter leurs attributions, d'adoucir leurs points de contact, et