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L INSTRUCTION GRATUUE, OBLIGATOIRE ET LAÏQUE

D. Que vaut cette formule, « l'instruction gratuite, obligatoire et laïque ? o

R. « Des trois épithètes : gratuite, obligatoire et laïque (dont on veut qualifier l'enseignement réclamé par les radicaux), nous sommes d'avis d'eft'acer la première comme injuste, la seconde comme inefficace, la troisième comme odieuse» ; ainsi s'exprime judicieusement M. Léopold de Gaillard. La gratuité absolue est plus qu'une injustice, c'est une absurdité, une illusion. En effet, dans le système tempéré, qui est l'équité même, les riches paient pour les pauvres, auxquels on n'a jamais refusé l'instruction gratuite. Dans le système radical, les pauvres paient pour les riches. Qui donnera l'instruction gratuite aux riches comme aux pauvres ? Un fonctionnaire salarié. Avec quoi paiera-t-on le salaire de ce professeur ? Avec l'argent du trésor public. D'où vient cet argent ? De l'impôt direct et indirect. Qui paie l'impôt indirect ? Les consommateurs dont les pauvres, les gens peu aisés font partie. Donc les pauvres, dans le système radical de l'instruction absolument gratuite, contribueront à payer l'instruction que le riche recevra gratuitement. 0 peuple! voilà comment on te trompe par des mots sonores et vides de sens, ou plutôt par des phrases dont le sens réel est l'opposé du sens apparent qui sert d'appât à ta crédulité. A la gratuité absolue, pour rester dans le vrai, dans le juste dans la pratique, substituons la gratuité restreinte: disons donc, non pas l'instruction gratuite, mais l'instruction largement subventionnée et mise à la portée de tous.

C'est un moyen inefficace de proclamer que l'instruction est obligatoire : car, comment punirez-vous ceux qui manqueront à cette obligation ? Frappera-t-on d'une amende le père de famille qui n'a pas de quoi nourrir ses enfants ? quelle inhumanité ! Ne vaut-il pas mieux le stimuler par une récompense ? Disons donc, non pas lins-

truetion obligatoire, mais l 'instruction, encouragée par tous les moyens.

Pour l'instruction exclusivement laïque, les radicaux tombent encore dans une de ces contradictions qui leur sont communes et les comblent de ridicule.

Ils ont trouvé un singulier moyen d'étendre et de propager l'instruction, c'est de diminuer le nombre des personnes enseignantes : ils suppriment les Jésuites, ils interdisent les congréganistes ; ils veulent qu'on se montre très sévère pour accorder le brevet de capacité. D'exclusion en exclusion, ils en viendront bientôt à exiger qu'on ne croie ni à Dieu ni à la morale, et qu'on prête serment à la Commune pour avoir le droit d'enseigner, et c'est cet enseignement qu'ils voudraient rendre obligatoire.

D. Quelles raisons allèguent les radicaux pour interdire l'enseignement aux congréganistes ?

R. Le grand argument des ennemis des instituteurs religieux (congréganistes), c'est que la méthode de la foi est contraire à la méthode scientifique, parce qu'elle consiste à placer les données de la révélation au-dessus des données de la science, à faire croire aune chose au lieu de la démontrer. Odieux sophisme, s'il en fut jamais? Est-ce qu'un prêtre, est-ce qu'un religieux ne sait pas que chaque science a sa méthode, et que le carré de Thypothénuse s'enseigne autrement que l'histoire de France ? Est-ce que les Pères Jésuites démontrent autrement les théorèmes de géométrie que les professeurs des lycées ? « Depuis quand, dit Mgr Freppel, a-t-on besoin d'être laïque pour enseigner l'orthographe, le calcul, l'écriture, la musique? Est-ce que les vingt-cinq lettres de l'alphabet sont devenues laïques depuis le 4 septembre ? Y a-t-il quelque part une grammaire ecclésiastique ou une autre qui ne le soit pas ? » Il faut avoir perdu le sens commun ou la bonne foi, pour employer contre ses adversaires des arguments

pareils. Mais en admettant un instant que les instituteurs religieux procèdent par la méthode de la foi et non par la méthode scientifique, en donnant aux enfants l'instruction élémentaire, qu'y aurait-il là de si dangereux ? M. Yilletard tire de cette supposition un argument ah homi?iem, pour battre à plate couture les ennemis de l'enseignement congréganiste dans la misérable retraite où ils se retranchent :

« Voilà qui est parfait en théorie. Dans la pratique celte vérité si difficile à inculquer aux enfants que b et a font ha, est et sera toujours une vérité révélée ; car la lecture et l'écriture ne pourront jamais s'enseigner aux petits garçons et aux petites filles par raison démonstrative. Les quatre règles, les fractions décimales, les premiers éléments d'histoire et de géographie ne peuvent pas non plus s'apprendre à des auditeurs âgés de neuf à dix ans en moyenne, par les méthodes que suivent dans l'enseignement de l'histoire ou des mathématiques les professeurs de la Sorbonne et du Collège de France ».

D. L'enseignement primaire distribué par les congréganistes n'est-il pas inférieur à l'enseignement laïque ?

R. Les congréganistes l'ont emporté dans tous les concours et c'est d'ailleurs l'un des principaux motifs qui les font proscrire : en fait de concurrence les jacobins ne connaissent que la proscription.

D. Les ennemis de la religion ne prétendent-ils pas aussi, bien que cela paraisse peu naturel, que les instituteurs laïques l'emportent sur les instituteurs congréganistes, pour la moralité ?

R. Les faits, la statistique, ont fait justice de cette imputation calomnieuse. Voici tous les détails qu'on puisse désirer à ce sujet ; ils sont présentés avec beaucoup de précision et d'exactitude, dans un article du journal de 1 Univers, que je reproduis textuellement:

« Sous l'Empire, M. Duruy, ministre de l'instruction publique, dans son hostilité contre les congrégations religieuses, fit insérer au Litre bleu la petite note suivante :

ENSEIGNEMENT C0NGRÉGAN1STE 553

« Pendant une période de trente mois, du lep janvier » 1861 au 1er juillet 1863, les maîtres des 34,875 écoles » publiques laïques ont donné lieu à 99 condamnations » judiciaires pour 19 crimes et 80 délits. Les maîtres des » 3,531 écoles publiques congréganistes ont donné lieu à » 55 condamnations, dont 23 pour crimes et 22 pour dé- » lits ».

« C'était une innovation du ministre libéral. Les précédents Exposés de la situation de V Empire ne traitaient point de la criminalité respective des instituteurs laïques et des congréganistes. Nous fîmes remarquer non seulement le but malveillant, mais la mauvaise foi manifeste de cette statistique, faite au ministère de l'instruction publique, en dehors des rapports annuels des parquets, sur une période élastique de trente mois, avec l'intention de tromper sur la proportion des maîtres par rapport au nombre des écoles, les maîtres des écoles publiques congréganistes étant toujours plusieurs par école, ceux des écoles laïques au contraire étant le plus souvent seuls dans chaque commune.

« Pour ces mêmes années 1861, 1862, en exceptant même les six mois de l'année 1863, le Compte général de la justice criminelle, seul livre officiel en cette matière, donnait 81 condamnations pour crimes chez les instituteurs (sans toutefois les distinguer les unes des autres), c'est-à-dire 39 de plus que la statistique de M. Duruy, en six mois de moins. C'était la meilleure preuve de l'inexactitude complète des supputations du ministre de l'instruction publique.

« Cette statistique, quoique établie sur des documents incomplets, à l'aide de chiffres faussés, ne fut point rectifiée. Elle passa dans les journaux associés aux haines des sectaires, et de là dans les recueils de statistiques et les dictionnaires de divers genres. La calomnie fit son chemin.

« Depuis, les faits se sont chargés chaque année de la démentir.

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« Le Compte général de la justice criminelle, publié en 1868, commença à établir dans la statistique de 1867, deux catégories entre les instituteurs condamnés. On eut ainsi un premier moyen de contrôle des chiffres de M. Duruy. En effet, le tableau officiel donnait les résultats suivants (p. 41) :

« 31 instituteurs laïques accusés de crimes contre les personnes et les propriétés ;

« 4 instituteurs congréganistes, id.

a Le chiffre des condamnations était encore plus remarquable :

« 22 instituteurs laïques condamnés tant aux travauxforcés quà la réclusion ou à l'emprisonnement de plus d'un an;

« 2 instituteurs congréganistcs condamnés seulement, Vun à la réclusion, Vautre à V emprisonnement .

« Ce résultat, pour l'année 1867, était tout différent de celui dune des années de la statistique arbitraire de M. Duruy. Est-ce que les conditions de la moralité avaient si promptement changé en quatre ans; ou Tannée 1867 était-elle exceptionnelle?

« L'année suivante apporta un résultat tout semblable. En effet, le Compte rendu général de la justice criminelle pour 1868, publié en 1870, donnait (p. 41) les chiffres suivants :

« 25 instituteurs laïques accusés de crimes contre les personnes et les propriétés.

« 4 instituteurs congréganistes % id.

« De ces deux statistiques officielles, les premières publiées par le ministère de la justice, on pouvait déjà conclure que la même proportion avait dû exister entre les instituteurs laïques et les congréganistes pendant les années qui avaient servi de base aux faux calculs de M. Duruy.

« Les années postérieures n'ont fait que confirmer cette conclusion.

« Il y eut interruption dans la publication des comptes

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généraux de l'administration de la justice criminelle à cause de la guerre ou de la Commune. Cette publication fut reprise en 1872 pour 1870: mais la statistique de cette année n'établit pas de catégorie particulière pour les instituteurs, qui se trouvent compris indistinctement sous la rubrique de Professions libérales. (V. les p. 36 et 37.) Celle de l'année 1871 mentionne en note (p. 41) avec moins de de détails qu'en 1867 et 1868 :

« 15 instituteurs laïques accusés de crimes contre les personnes et les propriétés.

« 3 instituteurs congréganistes, id.

« Le dernier Compte général publié à la fin de. 1874, donne pour 1872 les résultats ci-après:

« 2 4 professeurs ou instituteurs laïques accusés de crimes contre les personnes et les propriétés, dont 16 condamnés aux travaux forces, à la réclusion et à l emprisonnement .

« 4 instituteurs congre </anisi es, id., dont 1 condamné aux travaux forcés, 2 à la réclusion, 1 à l'emprisonnement.

« Ainsi, toutes les années pour lesquelles il existe des documents officiels concourent à détruire le faux témoignage de M. Duruy ; elles renversent les termes de la proposition établie par celui-ci, et donnent des chiffres qui tournent plus à l'honneur des congrégations religieuses enseignantes qu'à leur confusion. Les chiffres eux-mêmes protestent contre la falsification; mais celle-ci n'en a pas moins servi les desseins du ministre de l'instruction publique d'alors, et malheureusement elle est entrée par les répertoires et les dictionnaires dans les faits acquis de la statistique ».

D. Voilà ce que vous écriviez en 1874; que s'est-il passé depuis.

R. A la honte d'un pays de suffrage universel dont la plus grande majorité est, au fond, catholique et attachée aux principes conservateurs, des sectes franc-maçonniques ont pu transformer en lois leur programme tyrannique, ruineux et anti-chrétien de l'instruction gratuite

obligatoire et laïque. Voici la suite et fin des articles de la loi du 30 octobre; je me bornerai à souligner les dispositions les plus odieuses, les plus néfastes, et à les faire suivre de quelques lignes de réfutation.

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