‹ Catéchisme politique (volume 2)Chapitre 259 sur 266 · EXERCICES, MANOEUVRES · texte numérisé non relu

EXERCICES, MANOEUVRES

D. Vous avez dit plusieurs fois que vous aviez vu trop longtemps les armées allemandes : que pensez-vous de leurs exercices et de leurs manœuvres?

R. Malgré sa lourdeur native, l'infanterie prussienne manœuvre avec une régularité, une précision, une prestesse même étonnantes. Ce qui provient de trois causes, d'abord de ce que les Allemands assouplissent de bonne heure les membres des enfants par une rude et constante gymnastique, ensuite de ce que les soldats sont exercés chaque jour pendant de longues heures; enfin de ce que les mouvements usités en Prusse sont plus simples, et par conséquent plus rapides que ceux de France. Depuis longtemps la Prusse a rejeté les mouvements reconnus impraticables sur le champ de bataille.

La cavalerie prussienne est très-bien montée, parce qu'une surveillance sévère s'exerce, dans ce pays, sur la reproduction et l'élevage des chevaux.

La cavalerie et le cheval sont dressés non-seulement à manœuvrer dans le rang, maïs encore et surtout à agir isolément, ce qui manquait chez nous. Dans l'artillerie, les sous-officiers se distinguent par la science. Dans le maté-

ricl d'artillerie, tout est destiné à l'usage, a In commodité, rien à l'apparat : léger, il peut courir par Loua les chemins; peu spacieux, il offre moins de prise aux projectiles ennemis; dune simplicité rustique, il est facile à réparer. Les roues légères n'ont pas de noyaux en bois dépassant le plan extérieur des jantes; dans le harnais, les trails se composent pour la plus grande parlie de eorde de chanvre qu'il est facile de remplacer partout où l'on se trouve. La selle est moins lourde que chez nous, les chevaux sont de véritahles bêtes de selle, et l'attelage est à six. Aussi l'artillerie prussienne est presque aussi mobile que la cavaleiie.

D. Avant la guerre on exerçait moins les soldats parce que c'était inutile avec des pens qui restaient 7 ans-ous les drapeaux au minimum et dont beaucoup restaient 25 ans.

Avec de vieilles troupes quelques manœuvres par semaines sont amplement suffisantes.il faut les tenir en haleine et non les dégoûter.

Aujourd'hui les hommes ne font que passer sous les drapeaux. Aussi faut-il pendant les quelques mois qu'on les a à sa disposition en tirer tout ce qu'on peut. On préférerait je crois si c'était possible, faire la guerre avec les anciens soldats de 7 ans qui ne manœuvreraient que 2 ou 3 fois par semaine qu'avec les soldats d'un an manœuvrant 2 fois par jour.

Quoi qu'il en soit, nous avons dû corriger ce qu'il y avait de vicieux chez nous sous ce rapport?

R. Je remarque avec plaisir qu'on exerce maintenant nos soldats, comme les Allemands exercent les leurs, pour ainsi dire toute la journée, et qu'on leur apprend non-seulement à manier les armes et à s'en servir utilement, mais à marcher, à courir, à sauter, à franchir les fossés et autres oblacles, à nager. La natation a été trop négligée chez nous; on put lire en 1873. au mois de juillet, que trois officiers de l'école de cavalerie de Saumur, qui se promenaient en canot, leur embarcation ayant chaviré, se noyèrent : aucun ne savait nager. De jeunes officiers qui ne

Page 1