‹ Catéchisme politique (volume 2)Chapitre 262 sur 266 · ARMEMENT, FORTIFICATIONS, CHEMINS DE FER · texte numérisé non relu

ARMEMENT, FORTIFICATIONS, CHEMINS DE FER

Dijon, de faire un grand détour et de passer par Auxonne et par Gray. On nous dit bien que l'étude de la ligne qui doit relier Langres à Dijon se poursuit; mais, hélas ! elle se poursuit ainsi depuis dix ans déjà, sans résultats, en face des résistances des grandes Compagnies, qui pensent que les bénélices donnés par un embranchement de G6 kilomètres seraient insuffisants relativement aux travaux qu'il nécessite.

» ... La position de Langres est une position militaire des plus importantes, et elle doit avoir avec Dijon une communication directe qui permette d'y concentrer à un moment donné des forces considérables venant de différents points de la France. Comme Langres, Chaumont est un point militaire qui mérite toute notre attention. 11 a été question, ce nous semble, un instant, d y établir un camp retranché. C'est évidemment sur Chaumont que doivent se replier les armées battues sur les Vosges. C'est là que Mac-Mahona rallié ses soldats vaincus. Qui ne se souvient de cette terrible déroute ! Depuis Wissembourg, depuis Reichshoflen, les fuyards arrivaient en désordre, pèle-méle, faisant douze et quinze lieues par jour, sous le soleil d'aoûtl Combien restèrent en route !

» Si, à cette époque, le chemin de fer qui conduit de Lunéville à Chaumont, par Épinal et Langres, eût été complété par une voie ferrée allant d'Lpinal à Neufchâteau — d'où part, du reste, depuis quelques années, un embranchement pour Chaumont, — Mac-Mahon eût pu épargner à la plus grande partie de ses troupes une longue et douloureuse latigue; il eût pu refaire cette armée sept ou huit jours plus tôt, et huit jours, alors, c'était peut être le salut de la France.

» Que de choses aussi eussent été évitées si la ligne de Verdun à Metz avait été faite!

» La ligne de Chaumont à Toul est achevée jusqu'à Neufchâteau. Quarante kilomètres à peine séparent Neufchâteau de Toul, situé sur la route de Strasbourg. Terminer cet embranchement serait l'affaire de quelques mois.

736 CHAPITRE VINGTIÈME. — PORCE 1M BLIQUE

nue ne s'en occupe- 1 -<n) déjà '. Mais le chemin de fer, dont L'importance stratégique apparaît avec le plu- d'évidence*

c'e<t celui qui relierait Toul à Wnlun et Mézières, eu - . ivant, à partir de Commercy, la rive gauche de la Meuse, derrière laquelle il serait à l'abri des premières incursions

d'une invasion germanique. 11 est évident que Toul et Verdun remplacent aujourd'hui pour nous Strasbourg et Metz.

» Rejetés en-deçà de la Moselle, nous n'avons plus que la Meuse à opposer pour première barrière. La ligne de Toul à Verdun et Mézière* aurait pour nous la même import nce qu'avait jadis la ligne de Belfort à Strasbourg, le long du Rhin. Kn définitive, il ne s'agit dans ce que nous venons d'indiquer que de la pose de 4o0 à 500 kilomètres de rails. »

Depuis, notre réseau stratégique s'est complété et se complète chaque jour, vivement, mais il y a une grave imprévoyance sur laquelle on ne saurait trop appeler l'attention du ministre de la guerre ! nous n'avons pas, connue en Allemagne, dans nos gares, des provisions de houille, pour le cas de guerre et de mobilisation; c'est un point capital ! il n'est que temps d'y pourvoir.

D. Avez-vous quelque chose à ajouter sur le chapitre de l'armée?

R. Nous avons dit, dans le chapitre des Finances, que nous voudrions voir le compte des mat ères de l'armée et de la marine soumis à une inspection sérieuse et étrangère à l'administration de la guerre et de la marine, et enfin à un contrôle national. 11 y a quelque chose de plus essentiel, c'est la vigilance du gouvernement. Nous sommes heureux de voir que nos ministres de la guerre, se déplacent, pour voir de leurs propres yeux, dans les plus minces détails, les hommes et les choses de noire année. Ils suivent l'exemple du premier consul, dont M. Thiers dépeint si bien la vigilance extraordinaire :

« Le premier consul, plein de cette persuasion qu'il faut tout voir soi-même, que les agents les plus sûrs sont souvent inexacts dans leurs rapports par défaut d'attention ou d'intelligence, quand ce n est pas par volonté de mentir, s'était créé, à Boulogne, un pied à terre, où il avait l'intention de séjourner fréquemment : il partait le soir de Saint-Cloudet franchissait les soixante lieues qui séparent Paris de Boulogne, avec la rapidité que les princes ordinaires mettent à courir à de vulgaires plaisirs. Il arrivait, le lendemain, au milieu du jour, sur le théâtre de ses immenses travaux, et voulait tout examiner avant de prendre un instant de sommeil.

» Il exigeait que les généraux Davoust, Ney et Soult résidassent sans interruption au milieu des camps, assistassent en personne aux travaux et aux manœuvres et lui rendissent compte chaque jour des moindres circonstances.

» Lorsque le premier consul avait reçu, de ses lieutenants, des correspondances quotidiennes, auxquelles il répondait à l'instant, il partait pour aller vérifier luimême l'exactitude des rapports qu'on lui avait adressés, n'en croyant jamais que ses propres yeux sur toutes choses. »

Je disais en 187-4 :

« La France aura bientôt repris son rang et sa mission, si elle travaille ainsi sans relâche a réorganiser son armée. L'Allemagne, quiestpauvre, se ruine en armements: il faut à M. de Bismarck une nouvelle guerre ; il en cherche une, tout le monde le sait : il peut en susciter une d'un jour à l'autre. Hâtons-nous de nous mettre en état de repousser cette guerre imminente, si c'est contre nous qu'elle doit éclater; de profiter de l'occasion, si c'est contre une autre puissance; peut-être même, si nous arrivons prompte me nt à être redoutables, empêcherons- nous la guerre ; peut-être l'empire allemand n'osera- t-il pas courir les chances d'une nouvelle lutte à armes égales, en présence de l'Europe, hostile au provocateur, parce qu'elle désire

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la paix. D'ailleurs quand nous serons prêts, nous serons sûrs que, dans le premier conflit européen, notre alliaoce sera vivement recherchée; car, tant que la Prusse ne nous aura pas rendu l'Alsace-Lorraine, on pourra lire sur les poteaux de nos frontières : « Alliance à vendre. » C'est une de nos principales ressources, et c'est le plus grand péril de la Prusse.

M. de Bismarck ne sait plus comment s'y prendre pour se faire déclarer la guerre : il a beau s'ingérer dans les affaires de l'Espagne, de l'Italie, de la Belgique, de la France, se faire le bedeau de tous les cultes, le commissaire-chef de toutes les polices en Europe: tout le monde est prudent, patient et digne. La presse française, de tous les partis, fait l'objet de l'admiration universelle par sa réserve à l'égard de la Prusse. La France déjoue tous les pièges qu'on lui tend, et certaines nations, heureuses de sa sagesse et de sa modération, l'aident de leurs renseignements, de leurs conseils et de leur influence.

Nos relations extérieures sont bonnes ; elles deviendraient excellentes avec un caractère plus conservateur et plus de stabilité dans le gouvernement qui inspirerait plus de confiance à l'Europe monarchique et obtiendrait plus lacilementdes alliances. La politique révolutionnaire, effraie l'Europe. Seul, un gouvernement vraiment national, peut reprendre le lil interrompu de la politique française etremlreà la France sa vraie grandeur.

Nous nous proposions de développer ces considérations dans un chapitre spécial, sous le titre de Relations extérieures : mais la situation délicate où se trouve notre pays vis-à-vis de l'étranger nous en a détourné ; nous croyons plus utile de nous arrêter là, et de donner ainsi l'exemple de la discrétion, qui est l'âme de la diplomatie.

D. Ces réflexions datent de 1874. Depuis la situation s'est-elle modifiée ?

R. Notre grand ennemi Bismarck a été congédié par son maître Guillaume II, qui dirige lui-même les affaires extérieures de l'empire d'Allemagne et parcourt toute l'Eu-

rope, visite la plupart des gouvernements pour les coaliser contre nous, ce qui, entre parenthèses, indique combien nous lui paraissons redoutables. La triple alliance (Allemagne Autriche-Hongrie, Italie) vient d'être renouvelée, l'Angleterre a été sollicitée d'y entrer et a dû faire des promesses limitées à certaines éventualités, sans s'engager ferme ni à fond. D'un autre côté, un courant irrésistible de sympathie s'est établi entre la France et la Russie, à qui leur position géographique créée des intérêts communs. En ce moment, (juillet 1891), notre escadre du nord reçoit à Cronstadt un accueil enthousiaste. La presse de toute l'Europe reconnaît que cette démonstration affirme l'entente étroite qui unit la France et la Russie. Otte alliance franco-russe sert de contre-poids à la coalition des puissances centrales qui permettait à l'hégémonie prussienne de régenter l'Europe. Tout pesé, c'est donc pleins de confiance que nous pouvons envisager l'avenir avec le calme et la dignité d'un grand peuple dont la gloire incomparable a été un instant obscurcie. Accablés sous le poids des plus grands malheurs, abandonnés de tous, nous avons pu trouver en nous des ressources suffisantes pour reparaître à notre place, imposer l'admiration aux indifférents, la sympathie à la Russie, et la crainte aax ennemis qui ont senti le besoin d'une alliance triplement monstrueuse pour endiguer le flot qu'ils sentent monter.

Nous saurons attendre, mais il n'est pas possible que les efforts immenses faits depuis 20 ans restent sans résultats. Nous avons mis en pratique le plus largement possible le proverbe « aide-toi, le ciel t'aidera: » Aussi sans préjuger l'avenir qui appartient à Dieu et à Dieu seul nous restons immuables dans nos légitimes revendications encriant à nos frères violemmentséparés de nous : « Espérez !! »

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