‹ Catéchisme politique (volume 2)Chapitre 84 sur 266 · RESPONSABILITÉ DES MINISTRES · texte numérisé non relu

RESPONSABILITÉ DES MINISTRES

posent. En effet, si vous admettez le contrôle national tel qu'il existe maintenant partout, si les chambres législatives peuvent adopter ou rejeter les projets de loi présentés par les ministres, accorder ou refuser les crédits demandés par les ministres, il est clair que, pour la bonne marche des affaires publiques, il faut qu'il y ait communauté de vues, accord, entre le ministère et les chambres.

D. Alors, quelle est donc votre conclusion?

R. Je conclus que nous devons pratiquer honnêtement, sincèrement, le système parlementaire, avec les garanties, les conditions qui existent chez les autres peuples, et en rendre le jeu plus régulier, en atténuer les périls.

Le grave inconvénient du parlementarisme, c'est l'instabilité qui empêche l'esprit de suite dans tous les services publics et dans la conduite générale des affaires. Il y a, en Angleterre, trois remèdes qu'il faut absolument remplacer par l'équivalent là où on ne peut pas appliquer ces remèdes tels qu'ils existent en Angleterre : 1° le rouage parlementaire roule sur un pivot immuable : la dynastie qui n'est discutée par aucun parti ; 2° la royauté peut toujours avoir le dernier mot d'abord par une dissolution de la Chambre des communes, ensuite en se créant une majorité dans la Chambre Haute par une fournée de lords ; 3° si les ministres politiques changent, les ministères n'en continuent pas moins, sous le couvert de ces nouveaux ministres, la suite des affaires vraiment nationales, surtout pour les affaires extérieures ; mettons, comme les autres nations, à l'abri de toute compétition, de toute attaque, la forme de gouvernement, les lois fondamentales et traditionnelles du pays.

Adoptons, comme les autres nations, un système électoral, qui, tout en étant approprié à nos mœurs politiques, substitue aux électeurs automates, qui votent, d'une manière inconsciente, mus comme par un fil, selon la volonté des chefs de partis, des électeurs qui choisis-

sent, librement et avec connaissance de cause, le plus digne et le plus capable.

D. La solidarité ministérielle est-elle soutenable ?

R. Elle paraît conforme au régime parlementaire. Le cabinet représente l'opinion de la majorité, c'est un composé, un total ; si un ministre déplaît aux 50, 60, 80 députés qui l'ont fait entrer dans le cabinet, celui-ci se trouve ébranlé.

Je savais bien que la solidarité ministérielle était conforme à notre constitution et même aux habitudes parlementaires, mais je mets l'intérêt public au-dessus de tout cela, et voici comment je raisonne à ce point de vue :

Priver l'agriculture, les travaux publics, la marine, la guerre, nos relations extérieures des hommes qui conduisaient admirablement ces services publics, parce qu'un ministre, celui des finances ou celui de l'intérieur, par exemple, aura perdu la confiance de la majorité, me semble illogique, ridicule et déplorable.

Permettez-moi une comparaison : Si, parce que mon cocher s'est montré inhabile et m'a fait couronner un pur-sang de grand prix, je renvoie mon jardinier, le meilleur de la contrée, dont je n'ai qu'à me louer depuis quinze ans, sous prétexte que mes domestiques sont solidaires, que penserait-on de moi ?

D. Yous supposez que les ministres sont les serviteurs de la France, et que dans les affaires publiques il ne faut regarder que l'intérêt général ; est-ce ainsi que les choses se passent?

R. Hélas! non. Trop souvent les ministres font leurs affaires et celles de la majorité, au détriment des affaires publiques ; ils sont alors comme les gérants d'une société d'exploitation qui impose ses idées, applique ses systèmes, sacrifie tout à ses propres intérêts, n'a en vue, dans chaque chose, que le profit à en retirer.

Ces procédés déplorables ont, depuis quelques années, chez nous, jeté sur le parlementarisme un grand discrédit.

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