RAPPORTS DES MINISTRES AVEC LES CHAMBRES
et d'autres puissances sont intervenues pour arrêter la Prusse. Enfin, la nouvelle s'accrédite que l'Angleterre, qui avait semblé, jusque-là, s'être désintéressée des affaires politiques du continent, avait montré les dents à la Prusse et avait contribué plus que toute autre, à écarter les dangers qui nous menaçaient. Etait-ce vrai? Etait-ce faux?
Voilà ce qu'il s'agissait d'éclaircir, et c'est sur ce sujet difficile et délicat qu'eut lieu, le 24 mai, dans la chambre des communes, une interpellation, adressée par le chef de l'opposition, marquis de Hartington, au chef du cabinet britannique, M. Disraeli.
Le marquis de Hartington. — « Je désire faire une question au premier lord de la trésorerie, sans la moindre intention d'embarrasser le gouvernement. Je veux seulement donner au ministère l'occasion de faire savoir à la chambre, en tant que cela est possible avec son devoir, lorsqu'il s'agit d'une question excessivement importante et à laquelle le pays porte naturellement un très grand intérêt, si le gouvernement de Sa Majesté a jugé bon de faire des représentations à la France et à l'Allemagne, au sujets de leurs relations, s'il ne voit pas d'inconvénients à faire connaître à la chambre la nature de ces représentalions et des réponses qui ont été reçues, et enfin si la correspondance peut être déposée sur le bureau de la chambre. »
M. Disraeli. — « 11 est exact que le ministère a conseillé à Sa Majesté d'adresser des observations [lo make a représentation) au gouvernement de l'empereur d'Allemagne, relativement à l'état des relations entre l'Allemagne et la France. Le but de ces observations était de rectifier des notions inexactes et d'assurer le maintien de la paix. (Ecoutez! écoutez!) Ces observations ont reçu une réponse satisfaisante. (Ecoutez! écoutez !) Quand à la question posée par le noble lord sur le dépôt par le gouvernement de la correspondance à ce sujet; je ne pense pas qu'il soit conforme à l'intérêt public défaire ce dépôt. » (Ecoutez! écoutez!)
Je suis loin de prétendre que toutes les interpellations puissent avoir cette brièveté; il en est qui exigent de longs discours : mais toutes doivent être empreintes de ce tact, de cette mesure, de ce sens pratique et patriotique.
D. Les ministres sont-ils astreints à se tenir continuellement eux-mêmes à la disposition des chambres, ou bien, au -lieu d'assister toujours en personne aux séances, peuvent-ils s'y faire représenter par des délégués, des substituts, des fondés de pouvoir.
R. La nécessité, l'obligation, pour un ministre, d'assister aux séances des chambres, de monter à la tribune pour fournir les explications qu'on lui demande ou que le gouvernement juge utile de donner, pour proposer, appuyer, ou combattre un projet de loi, entraînerait deux graves inconvénients, si elle ne souffrait aucun tempérament, aucun palliatif. Qu'un homme d'Etat, éminent, incontestablement le plus capable de diriger les affaires publiques ou un service spécial, ne possède, à aucun degré, la faculté de parler devant une assemblée; devra-t-onse priver de son concours si utile et peut-être nécessaire? Que la nation traverse une de ces crises graves, telles qu'une guerre qui exige des préparatifs et une direction active, une négociation longue et laborieuse d'où dépend le salut de la patrie, des inquiétudes, des troubles, à l'intérieur, qu'il est d'une importance capitale de calmer, de réprimer, par des efforts prompts, incessants; faudra-t-il que les ministres renoncent à ces travaux essentiels, urgents, qui exigent leurs journées et leurs veilles, tout leur temps, toute leur application, toutes leurs forces, pour occuper leur banc dans les chambres et se fatiguer à suivre les discussions parlementaires? Il n'en saurait être ainsi chez une nation sage et prévoyante. Aussi la charte de 1814 et la constitution de 1848 autorisent-elles les ministres à se faire assister, dans les chambres, par des commissaires, nommés par le chef de l'État. Il est bon de stipuler, que le commissaire pourra non-seulement as-