LA LÉGITIME DÉFENSE
Il nous est défendu non seulement de tuer les voleurs, mais même de les frapper, de leur résister par la violence, non seulement quand ils veulent nous enlever des choses superflues, comme un manteau, mais encore quand ils nous dépouillent des choses nécessaires comme était la tunique parmi les vêtements des Juifs.
Interdits aux chrétiens, pour la défense de leurs personnes et de leurs biens, les coups, les blessures, l'effusion du sang, la mort de l'agresseur, étaient proscrits avec encore plus d'énergie, quand il s'agissait des combats de gladiateurs, des spectacles sanguinaires des amphithéâtres romains: nous avons vu que les chrétiens, en y assistant, auraient cru se rendre complices des homicides qui s'y commettaient.
D. Quelles ont été et quelles sont encore aujourd'hui, sur ces divers objets, les lois de l'Église, gardienne et interprète de la lettre et de l'esprit du christianisme ?
Dans quels cas permettait-elle de tuer un agresseur et d'employer la force?
R. D'après la théologie catholique, fondée sur l'Évangile, la tradition, les décrets des Papes et des Conciles, il est permis de tuer un injuste agresseur, pour conserver sa propre vie, pourvu qu'on ne dépasse pas les bornes d'une défense légitime et modérée; c'est-à-dire que nous ne devons employer la force vis-à-vis de notre agresseur qu'autant qu'il est nécessaire, et que nous devons avoir pour but de défendre notre vie, et non d'ôter la vie à celui qui nous attaque.
Nous nous rendons coupables d'homicide en tuant notre agresseur:
1° Si nous avons d'autres moyens de sauver notre vie, par exemple, en fuyant, en arrêtant l'assassin, en le blessant, etc.;
2° Si notre vie n'est pas enjeu, et que l'agresseur étant sans armes, n'ait évidemment en vue que de nous intimider pour avoir notre bourse ou de nous maltraiter;
3° Si nous agissons pour nous venger de l'agression, et
non pour sauver notre vie; ce qui arrive quand on tue un agresseur, non dans le temps de l'agression, mais après, lorsqu'il se retire ou lorsqu'il est blessé et hors d'état de nous ôter la vie.
D. Les lois françaises sont-elles, en cette matière, conformes au droit païen ou au droit chrétien?
R. Elles sont opposées au droit païen et s'accordent avec le droit chrétien : notre code, en général, est le fruit de la civilisation chrétienne. En l'espèce, il porte qif « il n'y a ni crime, ni délit, lorsque l'homicide, les blessures et les coups, étaient commandés par la nécessité actuelle de la légitime défense de soi-même ou d'autrui i ». La pudeur delà personne attaquée est mise sur le même rang que la vie : si elle est en danger, on peut la défendre en résistant par la violence et les coups. Il punit aussi les injures publiques et les coups, lors même qu'on a été provoqué.
Les dispositions de la loi chrétienne, concernant la défense de nos biens, sont les mêmes, à peu près, avons-nous vu, que celles de la loi de Moïse. La vie humaine étant mille fois plus précieuse que les biens temporels, il est expressément défendu de tuer un voleur pour sauver nos biens : il n'est permis de le tuer que dans les circonstances où nous pouvons croire qu'il en veut à notre vie, et que nous n'ayons pas d'autre moyen de la défendre.
Nos lois civiles sont encore ici, comme presque partout, chrétiennes et non païennes.
Elles ne permettent de tuer impunément un voleur que dans les deux cas suivants : \° En repoussant, pendant la nuit, l'escalade ou l'effraction des clôtures, des murs ou de l'entrée d'une maison ou d'un appartement actuellement habité; 2° en se défendant soi-même, de jour ou de nuit, contre ceux qui tentent, avec violence, d'exécuter un vol. Dans ces circonstances, en effet, il est à présumer que les agresseurs sont disposés à attenter à notre vie 2.'