‹ Catéchisme politiqueChapitre 101 sur 233 · LE DUEL · texte numérisé non relu

LE DUEL

D. Est-il quelquefois licite, chrétiennement, de tuer notre semblable pour défendre notre honneur ?

R. Jamais. Le pape Innocent XI et le clergé de France ont condamné les propositions suivantes : « Il est permis de tuer un calomniateur, un faux accusateur, de faux témoins, un juge qui doit rendre une sentence injuste, quand nous n'avons pas d'autre moyen de sauver notre honneur ».

D. Que devient alors la maxime : « L'honneur est plus cher que la vie ? »

R. Lors même que cette maxime serait vraie, dans un certain sens, elle ne pourrait rien contre ce principe : La vie de votre prochain, comme la vôtre, est une chose sacrée, qui appartient à Dieu : or, quand Dieu a dit : Vous ne tuerez point, il n'a fait exception que lorsqu'il s'agit de défendre votre propre vie, ou la vie d'autrui, ou la vie de la société, injustement attaquées. Dieu n'a pas étendu cette exception à la défense de l'honneur. Cette belle réponse est de saint Augustin, dans le chap. xxi du premier livre de sa Cité de Dieu.

Ajoutons qu'il y a beaucoup de différence entre la perte de l'honneur et celle de la vie; la perte de la vie est irréparable ; au contraire, vous pouvez rétablir votre honneur après qu'on l'a détruit, et d'ailleurs, vous ne le rétablissez nullement en tuant celui qui l'attaque : la mort de votre adversaire prouve, non pas que vous êtes innocent de ses imputations, mais seulement que ses imputations vous rendent furieux ; elle serait plutôt une présomption contre vous; cet acte d'extrême colère n'indiquerait-il pas que vous désespérez de vous disculper tant que votre accusateur sera en vie ?

Enfin, sur quoi repose l'honneur dont vous êtes esclave à ce point? Sur l'opinion erronée, futile, mobile, du monde, et sur votre amour-propre, sur votre orgueil, sur l'idée trop favorable que vous avez de vous-même. Vous préférez l'honneur terrestre à l'honneur céleste, vous aimez mieux rechercher l'estime des hommes et vous sa-

tisfaire, que de suivre les préceptes et l'exemple de Jésus- Christ, qui veut que nous soyons doux et humbles de cœur comme lui, et que nous ayons le courage de supporter patiemment les outrages, les affronts, les mauvais traitements ; si vous ne portez votre croix à sa suite, n'espérez pas entrer avec lui dans la gloire qu'il vous a acquise dans le ciel, par ses abaissements et ses souffrances sur la terre.

Préférer à ce point l'opinion des hommes à l'estime de Dieu, d'après saint Augustin, c'est cesser d'être chiétien, c'est n'avoir plus la foi: « Gomment pouvez-vous avoir la foi, vous qui recherchez la fausse gloire que vous vous donnez les uns aux autres, et qui ne cherchez point la vraie gloire qui vient de Dieu seul *? »

D. Ces principes ne condamnent-ils pas aussi le duel?

R. Ils le condamnent absolument, et lÉglise a toujours proscrit toutes les espèces de duels, comme contraires à la raison, au bien de l'État, et incompatibles avec la religion et le salut.

D. Expliquez les motifs que vous venez d'indiquer.

R. La raison condamne le duel, parce qu'il est opposé à la nature, à l'instinct de conservation, qui défend d'exposer notre vie et celle du prochain sans nécessité grave,, urgente, inévitable, et parce qu'il usurpe l'autorité publique, chargée de vider les différends; les duellistes s'établissent juges en leur propre cause, vengeurs en leurs propres querelles.

Le duel nuit au bien public, à l'État, en lui enlevant, des citoyens et en troublant l'ordre de la justice; car si chacun peut se faire justice soi-même, il n'y plus de société possible.

Le duel outrage la religion, qui nous défend de nous venger, nous ordonne le pardon, l'oubli des injures, la patience, la charité. 11 compromet le salut des,deux duellistes, qui sont exposés à mourir en flagrante et grave

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