COMMENT ON VIOLE LA JUSTICE
Gode civil; car, presque tout ce qu'il y a de bon dans ce code, remarquable par la vérité, la justice, la précision, la clarté, l'ordre, qui y régnent, est tiré de la théologie catholique. Pour s'en convaincre, il suffît de le comparer avec les Conférences d'Angers, et les autres ouvrages de théologie, antérieurs, publiés en France. Du reste, il y a quelques années, M. Laboulaye, publiciste d'une grande impartialité, a déclaré, avec une louable franchise, que dans ses études sur le droit, il consultait de préférence les ouvrages théologiques, notamment un Traité sur la justice, qui a pour auteur un professeur du séminaire de Saint-Sulpice.
Cette digression a pour but de vous exposer que je ne puis m'étendre, avec un cadre aussi restreint que le nôtre, sur ce sujet trop vaste, que le lecteur peut facilement élucider lui-même, avec une théologie morale, telle que celle du cardinal Gousset, qui est dans toutes les mains. Je laisse donc de côté les notions de justice, de droit, de propriété; des biens qui en sont l'objet, des personnes qui en sont capables, des moyens de l'acquérir, particulièrement des contrats, etc. Je veux seulement vous montrer quel respect le christianisme inculque, à ceux qui le pratiquent, pour la propriété, les droits, les intérêts d'autrui : il interdit, sous peine de péché qu'il faut confesser pour en avoir l'absolution, de causer du dommage au prochain, et il exige la réparation du dommage causé, la restitution de la chose prise injustement et retenue, sous peine de damnation.
D. Expliquez-nous donc comment, dans les divers états et conditions, on pèche contre les septième et dixième commandements.
R. Les lois de l'Église déclarent très coupables les femmes qui, sans le consentement exprès ou tacite de leurs maris, détournent, pour n'importe quel usage, même pour des aumônes, des sommes relativement considérables, des ressources, revenus ou biens de la communauté, destinés à faire face aux charges du mariage et
à l'entretien de la famille : car l'administration de la commun au lé appartient aux mari--.
« Que celui qui prend quelque chose à son père ou à sa mère, contre leur gré, ne vienne pas dire que ce n'est pas un péché: c'est un vol manifeste i ».
Les marchands, les négociants, se rendent coupables de vol, quand ils vendent à faux poids ou à fausse mesure, quand ils donnent la mauvaise marchandise pour bonne, quand ils spéculent sur la nécessité ou l'ignorance d;autrui pour vendre trop cher ou acheter trop bon marché, enfin, quand ils usent d'autres fraudes ou artifices pour tromper ou exploiter le prochain 2.
D. L'Église ne considère-t-elle pas comme un délit très grave les accaparements, les monopoles, les coalitions de patrons, les grèves d'ouvriers?
R. Elle met au nombre des ravisseurs du biend'autrui : les négociants qui retirent de la circulation une grande quantité de denrées de première nécessité, comme le blé, les farines, afin d'en causer la rareté sur le marché, d'en élever le cours et de les vendre ensuite à un prix excessif, ce qui porte un grave préjudice au public, aux consommateurs, aux pauvres surtout: « Celui qui cache le blé sera maudit des peuples », disent les proverbes sacrés; les marchands, boulangers, bouchers et autres, qui s entendent et conviennent entre eux de vendre leur marchandise trop cher, eu égard au prix auquel ils l'ont achetée ; les patrons d'une même industrie qui se coalisent, se concertent, pour imposer à leurs ouvriers des prix qui ne sont pas suffisamment rémunérateurs ; les ouvriers d'un même métier qui conviennent entre eux de ne travailler qu'à un certain prix, qui est exorbitant, ce qu'on appelle se mettre en grève, et causent ainsi un tort grave aux industries, à l'ordre public et aux consommateurs, aux pauvres surtout, qui seront obligés de payer