CIVILISATION
Elle proscrit le faux témoignage, déposition faite en justice contre la vérité;
Le mensonge, qui consiste, selon la définition de saint Augustin, à parler contre sa pensée;
Les >V/ invoques et les restrictions mentales, qui sont des espèces do mensonge, car on ment toutes les fois que pour tromper le prochain on lui fait entendre autre chose que ce qu'on a dans l'esprit ;
La diffamation ou détraction, qui cherche à nuire au prochain, et à lui enlever son honneur, en disant de lui du mal, qui est vrai (c'est alors une médisance^, ou qui est faux (et c'est une calomnie);
La flatterie, louange fausse ou outrée, qui est encore un mensonge, et nuit au prochain en nourrissant Sun orgueil, en l'aveuglant sur ses défauts ou ses vices; en l'engageant ainsi ou en l'entretenant dans une voie pernicieuse;
Les paroles injurieuses, outrageantes, dites au prochain pour le froisser et l'offenser ;
Le jugement téméraire, par lequel nous jugeons témérairement, faussement, que le prochain a fait une mauvaise action, ou a des projets répréhensibles, des habitudes blâmables, etc.
D. Quand on a enfreint quelqu'une de ces défenses, à quoi le christianisme oblige-t-il?
R. A réparer le tort causé au prochain, en rétablissant son honneur par toutes les voies légitimes et possibles, même en se démentant, en se déjugeant, s'il le faut.
D. Voilà ce que défend le huitième commandement. Qu'ordonne-t-il ?
R. De rester toujours dans la vérité quand nous parlons, et d'aimer sincèrement la vérité, car la, vérité c'est Dieu même.
CONCLUSION DE CE CHAPITRE : RELEVEMENT DE LA FRANCE; FRIVOLITÉ ET CORRUPTION DES FRANÇAIS, DÉPRAVATION DE LA JEUNESSE ET DE L'ENFANCE EN CES DERNIERS TEMPS; DIMINUTION DE LA POPULATION, CAUSES, REMÈDES; CATHO- LICISME ET PROTESTANTISME; UN ESSAI DE PROGRÈS EN DEHORS DU CHRISTIANISME.
D. Si, comme nous venons de le voir, c'est le christianisme qui a transformé le monde et produit la civilisation, dont les bornes, sur le globe terrestre, sont les mêmes que ceux du monde chrétien, si la morale chrétienne est aussi sublime dans ses principes que salutaire dans son application, quelles conclusions pratiques devons-nous tirer de cette étude?
R. Si l'on connaît l'arbre à ses fruits, nous devons voir dans le christianisme, qui a donné des résultats surhumains, une religion divine, la seule vraie, la seule qui soit faite pour tous les hommes.
Nous devons puiser à cette source de la vraie civilisation, introduire, non seulement dans nos lois, mais dans nos mœurs, cette morale si pure, au lieu de nous contenter de l'admirer: on parle beaucoup du relèvement de la France, et l'on n'y travaille pas assez. La France n'est qu'un composé d'individus; pour réformer le tout, il faut reformer chacune de ses parties; chaque français a un moyen infaillible de relever la France, c'est de se relever lui-même en se corrigeant de son ignorance, de ses préjugés, et surtout de ses vices et de ses défauts: que chaque français soit vertueux, bon chrétien, et la France reviendra la nation très chrétienne, c'est-à-dire la première des nations.
D. Si l'observation de la morale chrétienne est le fondement de la grandeur d'un peuple, ne doit-on pas attribuer à l'oubli des principes du christianisme et à la violation de ses préceptes, la chute des gouvernements, les
malheurs d'un peuple, les catastrophes politiques et sociales?
R. C'est l'évidence même, et elle a frappé tous les esprits qui ne sont pas complètement aveuglés par les préjugés, par la corruption des mœurs ou par les passions politiques. J'ai développé rapidement cette pensée, le 11 juin 1871, le lendemain de l'incendie de nos monuments nationaux par les vandales de la commune : permettez-moi de reproduire ce que j'ai écrit alors, et excusez la véhémence qu'expliquent les circonstances.
« 11 ne suffit pas d'avoir débarrassé la France de près de cent mille insurgés, assassins, incendiaires: c'est une œuvre inachevée; les hommes ont disparu, mais leurs maximes restent. Ce sont elles qu'il faut détruire par les moyens qu'autorisent les lois, la justice, le respect de la dignité humaine et de la liberté individuelle.
» Voilà le torrent dévastateur qu'il s'agit d'arrêter, ou plutôt de tarir dans sa source.
» Où est cette source?
» D'où procédaient ces cent mille âmes criminelles ou égarées (comme on voudra les qualifier), elles et leurs chels?
» Ces hommes dépravés étaient-ils sortis des écoles du catholicisme, du protestantisme, du judaïsme; ou de celles de l'athéisme ?
» Étaient-ils dévots, esclaves des pratiques religieuses ; ou solidaires, ennemis de tout culte et de tout sacrement?
» Appartenaient-ils à la morale qui est liée à des croyances, à des dogmes ; ou à la morale indépendante de toute religion?
» Étaient-ils membres de la Propagation de la foi; ou de l'Internationale et autres sociétés antireligieuses ?
» Hantaient-ils les églises, les temples, les synagogues ; ou les estaminets ?
» Suivaient-ils l'enseignement que les religions donnent slu haut de leurs chaires; ou celui qui se distribue dans 'es clubs de Belleville?
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» Lisaient-ils l'Évangile, le catéchisme, les bons livres; ou les ouvrages dans lesquels on traite de vainrs superstitions les dogmes sublimes, la morale pure, les saints rites du catholicisme ; les ouvrages dans lesquels on apprend que l'homme descend du singe, et qu'il a'dès lors le droit, sans aucune dépendance d'un être supérieur, de s'arranger, de se constituer, de se transformer, sur cette terre, comme il l'entend, à sa fantaisie ?
» Il suffit à tout esprit sincère de se poser ces questions pour voir où est la source, et où est le remède du mal qui ronge la France.
» La source du mal, ce sont l'immoralité et l'impiété.
» Le remède consiste dans l'enseignement et la pratique de la morale religieuse.
» Que nos chefs, et tous ceux qui veulent régénérer la France, donnent l'exemple des vertus chrétiennes: qu'ils ne scandalisent jamais ceux qui sont au-dessous d'eux; que l'État français, notamment, à l'instar de la plupart des États, entre autres des républiques américaines, ne fasse ou ne laisse exécuter, sans nécessité, aucun de ses travaux, le dimanche, et ne donne plus l'exemple de la violation du précepte qui prescrit la sanctification de ce divin jour.
» Il serait également désirable, et que tout le monde sût lire, et qu'on ne lût pas de mauvais écrits. A côté de l'instruction il faudrait la prohibition des livres immoraux ou impies, et la diffusion des bons livres, parmi lesquels la Bible traduite et annotée dans le sens catholique tiendrait le premier rang: que n'avons-nous, comme les protestants, des sociétés bibliques?
» On devrait pourvoir aussi à ce que la parole publique n'ébranlât jamais les bases capitales de la morale religieuse, pas plus que les autres fondements de toute société. Facilitons, au lieu de l'entraver, l'éducation donnée par la religion, qui remplit mieux cette mission que qui que ce soit.
» Invitons les orateurs sacrés à se mettre à la portée de
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leurs auditeurs, se faisant tout à tous, comme leur divin Maître. Je voudrais voir les prédicateurs appuyer davantage sur les preuves du christianisme, démontrer qu'il s'accorde avec les résultats de la vraie science, et exposer combien ses préceptes sont purs, élevés, appropriés à l'humaine nature, combien ils favorisent le progrès moral ».
D. Il n'est que trop vrai que la classe ouvrière, comme on la désigne, c'est-à-dire une grande partie de la population des villes, des centres industriels surtout, croupit dans l'ignorance et dans le vice : elle est déchristianisée, elle est retombée dans la barbarie, et tant qu'on ne l'aura pas évangélisée, convertie, elle combattra, avec une haine sauvage, les institutions chrétiennes, et cherchera à détruire l'édifice moral, la société, la civilisation, comme elle a détruit nos monuments nationaux ; de son côté, la classe bourgeoise e.<-t-elle suffisamment chrétienne et dans ses idées et dans ses mœurs?
R. Le christianisme règne dans l'esprit, dans le cœur et dans la conduite des femmes de la bourgeoisie ; elles sont comme le sanctuaire social de la religion, elles seront le foyer de la régénération de la France. Mais combien la plus grande partie des hommes laisse-t-elle à désirer sous ce rapport !
Voici ce que j'écrivais, sur ce triste sujet, le 3 septembre 1870, dans une ville de l'Est, au bruit infernal des roues de l'artillerie prussienne, traversant nos rues, qui semblent en retentir encore aux oreilles qui n'oublient pas:
« En voyant notre pays désolé par la guerre et rongé d'autres horribles plaies, on se demande la cause de tant de maux; pourquoi la France est tombée dans une telle désolation ? C'est qu'elle n'est pas sérieuse ; c'est qu'il n'y a plus personne qui veuille, dans une vie tout entière absorbée par le tourbillon des plaisirs et des affaires, consacrer quelques instants à cultiver son cœur et son esprit, à s'occuper de ce qu'il v a de plus noble ici-bas, de soi-
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même, à réfléchir sur son origine, sa nature, sa destinée, ses devoirs : desolatione deso/ata est terra, quia nemo est qui recogitet in corde. Oui, les Français sont dissipés, et il en est peu de capables de rentrer en eux-mêmes, de se recueillir, de surveiller leurs sentiments, leurs pensées, de délibérer leurs résolutions, de rassembler toutes les forces de leur volonté pour résister à l'entraînement des passions.
» On s'occupe de tout, excepté d'apprendre et de suivre les obligations qu'imposent la qualité d'homme, la condition de citoyen, et l'état spécial qu'on a embrassé.
» Nos hommes d'Etat, au lieu d'étudier nos institutions et celles des autres peuples, de s'informer de ce qui se passe chez nos voisins, afin de prévoir les événements et de s'y préparer, ne s'appliquent qu'à écouter les chanteuses, à regarder les danseuses, à amasser des fortunes illégitimes par le plus abject agiotage; leur influence sur le pays est désastreuse, ils laissent tomber de haut l'exemple d'un faste insolent, d'un luxe effréné, d'une vie dissolue. Toutes les classes un peu élevées de la société les imitent: Paris devient fameux dans tout l'univers comme ville de plaisirs: la prostitution, sous mille formes, y règne en souveraine; elle gouverne les modes, le ton, le langage, alimente la presse légère, qui est la plus lue ; quels autres objets que les courtisanes, les théâtres, les chevaux, les cartes, les boissons spiritueuses, le tabac, et les journaux qui contiennent des ana, des historiettes scandaleuses, des futilités amusantes, quels autres objets, je vous le demande, ont la moindre part dans l'existence d'un jeune homme d'un certain rang? Qui ignore le triste emploi que fait de son temps l'élite de la jeunesse française que l'on envoie à Parie, « foyer de toutes les lumières », pour se préparer aux carrières libérales?
» Notre jeune homme rapporte de Paris des connaissances peu approfondies, un esprit sceptique, un cœur blasé, un corps énervé par les plaisirs. Plus d'élan, plus de ressort, plus de sève: le vrai, le beau, le juste, qui