ÉLECTIONS ! PROFESSION DE FOI
S'il est défendu à l'éligible d'exercer la moindre pression sur la volonté des électeurs, soit par lui-même, soit par des agents, soit par son parti, et à tout électeur d'acheter, de mendier, briguer, solliciter des voix pour qui que ce soit, il est permis, que dis-je? il est ordonné aux électeurs de conférer ensemble, de discuter, de s'éclairer les uns les uns les autres sur les qualités, les aptitudes et les mérites de la personne à élire : « Il faut, pour mériter d'être élu, entre autres qualités, la prudence, qui comprend la science du gouvernement des choses humaines ; la bonté pour les petits et les faibles ; une probité sévère, une justice éclairée, tempérée par la miséricorde ; un ensemble de vertu et de dignité qui reluise sans ostentation sur la personne tout entière; il faut s'être fait remarquer par la bonne éducation de ses fils, qui doivent être soumis et chastes jusque dans leurs manières ; par la prudente administration de sa maison ; car celui qui ne sait pas administrer sa propre maison, comment pourra-t-il diriger la communauté ? »
Ce serait une faute de donner sa voix « à ces parvenus qui prennent leur bavardage pour de la science et de l'autorité, et, toujours prêts aux disputes, traitent leur pays comme s'ils en étaient les maîtres : arrogance et orgueil insignes ! »
D. Pourquoi le droit canonique, dont les prescriptions sont d'ailleurs si sages et pourraient nous servir de lumière dans le chaos ténébreux où nous sommes plongés aujourd'hui, ne veut-il pas qu'on s'occupe des opinions de la personne à élire?
R. C'est parce que ses dispositions ne regardent que les élections ecclésiastiques, et non les élections politiques. On comprend sans peine que ce ne sont pas les opinions qu'il peut avoir sur les questions que l'Église a abandonnées à la libre controverse, mais bien ses vertus, ses talents, son expérience, qui doivent désigner quelqu'un au choix des électeurs pour l'épiscopat et pour les autres dignités ecclésiastiques. Si l'on ne fait pas attention aux
opinions tic L'éligible, sur les points pour lesquels 1 Église reste indifférente, on s'enquiert soigneusement de sa croyance, et, pour peu qu'en matière de foi, de morale, de discipline et sur tous les sujets dont l'Église s'occupe, il pense autrement que l'Église, il est indigne. Pour plus de sûreté, l'élu, avant d'entrer en fonctions, est obligé de prononcer solennellement une profession de foi, qui a été dressée par le Saint-Siège à ce sujet, et qui résume toute la croyance catholique.
Eh bien, croyez-vous que si le droit pontifical traitait de l'élection des députés à l'Assemblée nationale, il n'exigerait pas des électeurs, qu'avant de donner leur suffrage à un éligible, ils s'informassent de ses principes, de son crado politique, non pas, sans doute, sur tous les points, mais sur les principaux ? Avant d'investir quelqu'un du pouvoir législatif, il est prudent de s'informer quels sont ses principes, quels sont les principes qui ont éclaté dans sa conduite, dans ses paroles et ses écrits jusqu'à ce jourr et quels sont ceux qu'il professe aujourd'hui. Ainsi, selon moi, les opinions d'un candidat ne suffisent pas pour le rendre digne des suffrages (il doit y joindre les qualités, les aptitudes, les vertus), mais elles sont nécessaires. Pour les connaître, il ne faut pas s'en rapporter uniquement à la profession du candidat. On doit remonter plus haut, et juger de ses convictions par toute sa vie ; néanmoins, la profession de foi n'est pas inutile. Quand on a affaire à un homme d'honneur, on peut être certain qu'il s'inspirera, dans ses fonctions de législateur, des principes qu'il a professés publiquement, ou que, du moins, il n'émettra jamais de vote contraire. C'est une garantie dont on aurait tort de priver les électeurs, et je suis persuadé que le droit canonique aurait des prescriptions dans ce sens, s'il s'occupait des élections politiques.
D. La profession de foi suppose la candidature : vous ne voulez donc pas abolir celle-ci, malgré les excès auxquels elle donne lieu : c'est vous-même qui venez de les exposer.