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ÉLECTIONS I CANDIDATS

R. Je voudrais qu'il fût défendu, par nos mœurs politiques, de poser sa candidature, mais permis d'accepter une candidature offerte par un certain nombre d'électeurs ayant donné leurs signatures: ainsi une candidature ne pourrait avoir lieu, comme les demandes d'interpellation à la Chambre, qu'après avoir réuni un nombre de signatures déterminé.

Il y a une grande différence entre ces deux espèces de candidature ; d'un côté, l'initiative vient du candidat, c'est lui qui se juge digne et capable, il vient solliciter, mendier les suffrages ; c'est un rôle d'ambitieux et d'intrigant, c'est un cas d'indignité. De là naît, en partie, le système de corruption qui fait du suffrage universel un mensonge.

De l'autre côté, des groupes d'électeurs, après avoir conféré et examiné quelle est la personne qui mérite le mieux les suffrages de l'arrondissement, et être tombés d'accord, demandent son adhésion, l'interrogent sur ses convictions religieuses, sociales, politiques, et exigent d'elle une profession de foi publique. Ici le candidat ne fait qu'accepter le fardeau qu'on lui impose, et répondre aux questions qui lui sont faites. Rien n'est parfait, rien n'est sans inconvénients en ce monde ; ce genre de candidature est celui qui en offre le moins. L'absence de candidature, avantageuse et facile à pratiquer quand il s'agit de l'élection d'un supérieur dans une communauté religieuse dont les membres sont peu nombreux et se connaissent, est un système impraticable et dangereux pour l'élection d'un député. Les gens affiliés à la francmaçonnerie, à l'internationale, aux divers comités radicaux, auraient une candidature, s'entendraient, porteraient toutes leurs voix sur un seul, tandis que les catholiques éparpilleraient les leurs et les perdraient, sous prétexte qu'il est malhonnête de s'entendre, de se coaliser, et qu'il faut laisser chacun voter comme il l'entend, sans l'influencer aucunement. Nous combattrions ainsi l'armée de l'anarchie à armes inégales, ou plutôt,

nous, sans aucune arme, et elle, les possédant toutes : ce ne serait plus de l'honnêteté, ce serait de la niaiserie de gens qui veulent absolument jouer le rôle de dupes.

D. Cette réforme, relative à la candidature, en la réduisant même aux termes que vous lui assignez, vous semblerait-elle aussi nécessaire et aussi pratique que le déclare M. Defourny?

R. Ce n'est pas mon opinion.

Je crois qu'en entourant le suffrage universel de certaines autres garanties, aussi efficaces que faciles à appliquer, les inconvénients de la candidature seront peu redoutables. C'est pourquoi j'insiste peu pour qu'on la supprime, d'autant plus qu'il serait difficile d'introduire cette suppression dans nos mœurs. Ce sera beaucoup si l'on s'inspire de Yesprit des principes si vrais que nous venons d'exposer, sans les prendre à la lettre.

D. Avez-vous d'autres réformes essentielles à proposer ?

R. Oui ; les abus criants de Y abstention appellent une réforme immédiate et sérieuse.

Il est notoire que, pour la plupart des élections, un quart à peine des électeurs participent aux votes, d'où dépendent les destinées de la France et la bonne gestion de ses affaires : de sorte que, pendant que le suffrage universel brille en grosses et menteuses lettres dans nos constitutions, c'est le suffrage restreint, très restreint qui fonctionne effectivement et fait tout mouvoir en France. Si du moins le suffrage était restreint à l'élite des Français, aux plus éclairés, aux plus plaisibles, aux plus indépendants ; mais c'est tout le contraire, et voilà qui met le comble au mal. Les sectaires, ceux qui sont animés de l'esprit de parti, qui sont voués, corps et âme, à des sociétés occultes, qui espèrent renverser le gouvernement nationnl pour y substituer le leur et s'emparer des affaires publiques pour les exploiter à leur guise et à leur profit, voilà ceux qui montent tous, comme un seul homme, à l'assaut de la société par l'urne électorale ; enrégimentés, disciplinés, fidèles à la voix de leurs chefs, au mot d'or-

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