‹ Catéchisme politiqueChapitre 135 sur 233 · NOTRE SUFFRAGE UNIVERSEL · texte numérisé non relu

NOTRE SUFFRAGE UNIVERSEL

gitime et sérieux, sera neutralisé, annihilé par le vote de ses fils qui ont l'âge d'électeurs, quoiqu'ils appartiennent encore à la même famille et n'en aient pas encore formé d'autres. Or, de l'aveu de tous les gens sensés, l'État est un goupe de communes, et chaque commune un groupe de familles. Les affaires publiques se composent des -affaires de familles. La famille seule est un centre d'intérêt* permanents : l'individu a des intérêts isolés ou plutôt des caprices, des opinions personnelles qui ne doivent point entrer dans les éléments principaux d'une communauté, d'une société, d'un État. Comme nous le disions •ci-dessus, au moyen âge, d'après la loi de Beaumont, qui date de la fin du xne siècle, et d'après d'autres chartes ou eoutumes de la même époque, le corps électoral comprenait tous les chefs de famille, et ne comprenait qu'eux. Le chef de famille, c'était le père, et à son défaut la mère ou le tuteur des orphelins. Si le tuteur était lui-même chef de famille, il votait deux fois; chaque famille avait droit à une voix.

D. J'avoue qu'avec ce système, le suffrage serait plus sincèrement universel qu'il ne l'est aujourd'hui, et c'est pourquoi, je le répète, ce genre de réformes me paraît pratique ; car, si je ne me trompe, avec l'engouement du jour, toute mesure qui tendrait à restreindre le suffrage, ou à lui ôter son épithète mensongère d'universel, échouerait. Qu'en dites-vous?

R. C'est la vérité; le suffrage universel est le seul mode d'élection qui paraisse, aux Français d'aujourd'hui, conforme au principe d'égalité écrit au frontispice des constitutions françaises, le seul qui leur indique la participation de tous aux affaires générales. Si l'on exigeait de tous les électeurs un impôt, on crierait tout de suite qu'une classe de citoyens a le privilège de gouverner le pays, qu'il faut être riche pour jouir des droits civiques, que les pauvres ne comptent plus pour rien dans la nation, etc. ; tandis que, en substituant le suffrage universel des familles au suffrage universel des individus, on ne fait que se confor-

mer aux principes de la vraie démocratie : les familles pauvres ont le même droit que les familles riches, les familles des plus basses classes votent avec les familles les plus aristocratiques.

Un autre avantage de cette réforme, c'est qu'elle en rend d'autres légitimes; en effet, si tous les chefs de famille, pauvres ou riches, ignorants ou instruits, jeunes ou vieux, possèdent le droit d'électeurs parc3 qu'ils sont quelque chose dans la communauté, parce qu'ils offrent une garantie, parce qu'on est sûr que leur vote émanera d'une volonté habituée à réfléchir, à s'éclairer, à s'inspirer de motifs sérieux, personne ne pourra trouver mauvais qu'on exclue du droit de vote ceux qui, n'étant pas chefs de famille, ne sont rien d'ailleurs, et ne remplissent aucune des conditions qui, dans la plupart des pays civilisés, comme nous l'avons vu, garantissent qu'en somme le vote sera éclairé, indépendant, sérieux.

D. A défaut du suffrage universel des familles, ne trouveriez-vous pas un autre mode de suffrage universel, offrant moins d'inconvénient que celui qui existe actuellement en France.

R. J'en vois un, ce serait celui de la Prusse ; le suffrage universel, indirect ou à deux degrés. Tous les habitants d'un département français ne se connaissent pas ; dans le suffrage universel direct, la plupart des électeurs nomment un individu qu'ils ne connaissent pas, ils votent donc de confiance, ou plutôt sur une consigne, les yeux fermés ; dans le suffrage à deux degrés, chaque citoyen nomme un électeur de son voisinage qu'il connaît, qu'il sait être capable de voter en connaissance de cause et consciencieusement. Les électeurs du deuxième degré choisis parmi les personnes éclairées, qui connaissent davantage leur département, les candidats, les affaires publiques, sont mieux à même de faire de bons choix pour la chambre des députés, pour les conseils généraux, pour les conseils municipaux.

D. Avant de conclure, je vais vous adresser une question:

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