MERCI A GUILLAUME
» Après avoir commencé avec Veuillot, nous finissions par Guillaume. C'est de l'actualité ou je ne m'y connais pas.
» A toi, Guillaume de Hohenzollern, merci! Ce n'esl pas que je veuille toucher ta main, tachée de sang, toute pleine encore des dépouilles d'un peuple. Non, mais tu
es un grand révolutionnaire, sans le savoir et sans le vouloir.
» Malgré ta piété et ton piétisme, ton épée est protestante, et c'est au nom du protestantisme qu'elle frappe. C'est beaucoup. Il y avait en Autriche une Majesté Apostolique, la plus vieille et la plus dévote alliée du Pape. Tu la touches, d'un bon coup, il est vrai. Aussitôt, voilà que l'Autriche rompt la chaîne du dernier Concordat qui la liait à Rome, plus étroitement que l'Espagne elle-même. On chasse les jésuites de Vienne et les pieux Hapsbourgs sont obligés, au péril de leur couronne, de se détourner du seuil séculaire où est l'origine de toute servitude.
» Par la dernière guerre où le Dieu des armées t'a couvert d'une si visible protection, voilà que tu mets de nouveau en demeure les races latines courbées et flétries par l'ombre épaisse du mancenillier romain. Merci, Guillaume, à ta main sanglante comme Macbeth.
» L'homme de Sedan n'était pas seulement un César de la plus belle eau, il avait encore l'honneur d'être chanoine de Saint- Jean de Latran et compère du Pape, parrain de son fils...
» Cette sainte alliance du Pape et de l'empereur inspira à l'église ses témérités inouïes. L'honnête Pie IX, poussé par les purs, fit le Syllabus, enleva le petit Mortara malgré les protestations de l'Europe, convoqua un concile œcuménique, dans lequel, malgré de scandaleux débats mal étouffés, fut proclamée l'infaillibilité du vicaire de Jésus-Christ. Préalablement, les jésuites, qui tiennent aux miracles, car c'est un excellent moyen d'abêtissement, avaient eu le crédit de faire prononcer la canonisation de Marie Alacoque et de Benoit Labre.
» Les miracles se multiplièrent : miracle de Lourdes, miracle de Ratisbonne, miracle de la Salette, etc.; si bien qu'on crut le moment bien choisi pour établir enfin le dogme de l'Immaculée-Conception.
» Mais tu parais, ô Guillaume ; d'un coup de ton épée
lu blesses gravement l'apostolique Autriche, e( d'un autre tu abats à tes pieds celui qui jouait le rôle du roi très chrétien. Le protestantisme triomphe et l'Église se trouve réduite au Vatican. 11 y a là un motif de consolation, et j'en ai trop besoin pour le laisser échapper...
» Et voilà pourquoi, ô Guillaume, je te remercie du terrible avertissement que tu as donné aux races latines.»
Il y a de quoi se cacher le visage, de honte, quand on voit de pareilles infamies sortir d'une plume française.
Les documents lus au cours du procès d'Arnim ont dévoilé d'autres faits ou d'autres bruits dignes d'intérêt ou propres à piquer la curiosité.
Rapport de M . ctArnim sur la presse radicale française
et allemande
« Paris, le 1 décembre 1872.
» Il n'est pas sans intérêt de savoir que le même M. Haefner, qui joue un certain rôle dans les bureaux de M. Gambetta, est aussi le correspondant de la Gazette d'Augsbourg, à laquelle il envoie des lettres qui ont une teinte démocratique.
» Le Wanderer (journal libéral de Vienne) est servi par Szarwady, mari de la pianiste Claus.
» La Presse de Vienne a pour correspondant le nommé Kohn, qui servait la Nouvelle lJresse avant que celle-ci ait pris Ganesco à sa solde.
» Le principal entremetteur pour toutes les relations entre la presse démocratique et progressiste française et la presse allemande, est un certain Simon Deustch (juif allemand très connu) qui fournissait, déjà du temps de l'empire, de l'argent au parti radical. Pendant la guerre, Deutsch était à Vienne où il faisait de la propagande française. Retourné à Paris en 1871, il était un des membres les plus actifs de l'Internationale, conseiller de la Commune et aller ergo financier du délégué aux finances.
» Après la chute de la Commune, Simon Deutsch fut
arrêté, mais relâché à la suite de l'intervention de l'ambassade d'Autriche. La police française l'expulsa ensuite du territoire. Peu de temps après il put revenir, grâce à l'intervention du député Laurier, alter ego de M. Gambetta. Il est associé de la République française pour la somme de 50,000 fr. et très lié avec M. Etienne, directeur de la Nouvelle Presse, notamment depuis qu'il dispose, en sa qualité d'agent de Mustapha-Fazi pacha, de puissants moyens pécuniaires.
» En ce qui concerne le nommé Haefner, je dois ajouter qu'il est aussi correspondant des Nouvelles de Hambourg et du Bund de Berne, et que ses articles sont entièrement inspirés par Gambetta.
» Signé : d'Arnim. »
La République française a opposé à cette pièce des dénégations, des démentis.
Pour l'honneur de la presse française, on aime à croire que personne chez nous, depuis Sedan, ne s'est laissé corrompre par l'or prussien, n'a eu des relations directes avec le gouvernement de ce pays et n'a, avec intention, secondé ses vues et ses efforts contre la France; mais il est avéré qu'antérieurement le parti radical était l'auxiliaire de l'ennemi futur et naturel de la France.
Avant nos revers de 1870, toute la presse antieathoîique de France, le Siècle et V Opinion Nationale en tête, chantaient les louanges de M. de Bismark sur tous les tons, applaudissaient aux victoires de la Prusse sur l'Autriche, glorifiaient Sadowa, prélude de Sedan, et ont contribué pour une large part, avec une ardeur inexplicable, à la création de Y unité allemande qui a déjà entamé l'unité française et tend à la détruire.
Le républicain M. About, entre autres, composa en 1860, une brochure à la fois en l'honneur de la Prusse et du bonapartisme : qu'on lise les extraits suivants, dans un article du journal Y Univers (21 décembre 1874.)
a C'était plus que de l'estime qu'il témoignait à ce » peuple... Il faut même avouer », écrivait-il, « que nous
» sommes pris d'une vive sympathie pour les Allemand, » à mesure que nous les avons mieux connus *... Ce » n'est pas seulement aux sommités de l'Allemagne que » la France et son souverain savent rendre justice. Nous » avons tous, pour la masse du peuple, une affection fon- » dée sur l'estime. Cette race forte et laborieuse, simple » dans ses mœurs, honnête dans ses relations, aurait tous » les droits possibles à notre amitié, quand même nous ne » saurions pas qu'il coule un peu de sang germanique » dans les veines du peuple français 2. »
« Quand M. About parle de la Prusse, il l'appelle «avec « admiration »... « cette noble nation ». Il fait des vœux ardents pour qu'elle accomplisse l'unité allemande. Il assure que « le peuple allemand aime la Prusse » qu' « il » regarde ses progrès avec une admiration sympathique » et un intérêt filial. C'est à la Prusse », dit-il, « qu'il » demanderait assistance s'il était menacé de quelque » danger. C'est à elle qu'il confierait de préférence le » glorieux travail de l'unité nationale 3 ». Après avoir loué le roi de Prusse, alors prince-régent, il s'écrie : « Nous sommes heureux d'apprendre que l'unité alle- » mande a trouvé son centre, et rien ne pourrait nous » être plus agréable que de voir la nation se grouper » autour d'un esprit ferme et d'un cœur droit 4 ».
« En passant, M. About, ce fier républicain du lendemain, trouve le moyen de célébrer l'empereur Napoléon III, l'idole d'alors. « Il est très vrai », dit-il, « que » Y empereur Napoléon travaille à la grandeur et à lapros- » périté de la France avec un pouvoir très étendu » et il constate « que la majorité des Français obéit, et même » avec un certain empressement, à l'empereur Napo- » léon '6 ».