LE PROGRÈS MORAL
mète qui coïncide avec les vendanges ; produisez toujours la statistique, elle sera instructive sous beaucoup de rapports.
R. Le nombre des crimes contre les propriétés a été plus considérable de 1826 à 1830, et de 1836 à 1840, qu'aux autres époques de notre siècle : il va généralement en décroissant. Mais ce n'est pas là que gît la morale proprement dite, qui concerne surtout les personnes. Or, le nombre moyen annuel des crimes commis contre les personnes a été, année moyenne :
De 1826 à 1830 (monarchie de 1815) 1,354
De 1831 à 1835 (monarchie de juillet) 1,547
De 1841 à 1845 (monarchie de juillet) 1,695
De 1846 à 1850 (république) 1 ,778
De 1861 à 1865 (empire) 1,717
Parmi les crimes contre les personnes, ce sont les plus immoraux qui ont atteint un chiffre peu élevé sous la restauration, et énorme sous les autres régimes.
Infanticides (année moyenne) :
De 1826 à 1830 (restauration; 102
De 1841 à 1850 (monarchie de juillet et république) 147
De 1861 à 1865 (empire) 206
Il est vrai que sous l'empire, de 1866 à 1869, le nombre moyen annuel des infanticides est retombé à 123.
Viols et attentats à la pudeur sur des enfants (année moyenne) :
De 1826 à 1830 (restauration) 136
De 1841 à 1850 (monarchie de juillet et république) 383
De 1861 à 1865 (empire) 751
De 1866 à 1869 (empire) 781
En 1872 (république) 682
En 1882 732
En 1883 675
En 1884 705
Il s'agit là uniquement des affaires criminelles renvoyées devant les cours d'assises; il faut y ajouter les affaires jugées par les tribunaux correctionnels: totaux effrovables; en 1882, 172,936; en 1883, 179,279; en 1884, 184,949.
Pour une juste appréciation de ces chiffres comparatifs, il faut tenir compte des chiffres de la population qui était :
En 1826, de 31,858,937 habit.
En 1846, de 35,400,486 -
En 1866, de 38,067,064 —
En 1872, de 36,102,921 —
En 1877, de 36,905,788 —
En 1881 , de 37,672,048 —
En 1886, de 38,218,903 —
Il est un autre caractère de décadence morale, qui s'est accentué de plus en plus: la dépopulation. Nous nous sommes étendus précédemment sur ce sujet. D. Quelles conclusions prétend-on tirer de ces chiffres? quel rapport y a- t-il entre les progrès moraux que l'on signale de 1811 à 1830, et la nature du gouvernement de la Restauration, d'une part, et d'autre part, entre les décadences morales que l'on constate de 1839 à 1872, et la nature des gouvernements que nous avons eus dans ces périodes?
R. N'avons-nous pas suffisamment démontré que la civilisation et le progrès moral sont des fruits du christianisme ? On peut donc affirmer que la décadence morale est due à l'affaiblissement des principes chrétiens, tics mœurs chrétiennes. Ce raisonnement me semble rigoureux. Les monarchistes y en ajoutent un autre qui l'est moins; ils disent : qui cloute que la monarchie légitime ne protège plus le christianisme que les autres gouverne-