FORMES DE LA MONARCHIE
une familiarité qui n'exclut point le respect et les égards nécessaires.
D. Y a-t-il quelques-unes de ces constitutions qui aient été octroyées comme un bienfait, comme une concession du souverain, au lieu d'être la reconnaissance des droits antérieurs et imprescriptibles de la nation, comme on a dit, de nos jours, en France?
R. Il y a, entre autres, la constitution du royaume de Bavière, qui est faite sous cette forme: Nous, Maximilien- Joseph, par la grâce de Dieu, roi de Bavière, pénétré des grands devoirs d'un souverain, nous avons jusqu'à présent signalé notre gouvernement par des institutions qui manifestent la persévérance de nos efforts pour faire progresser le bien-être de nos sujets.
Pour les consolider encore, nous avons donné à notre royaume, dès l'année 1808, une constitution appropriée à sa situation tant extérieure...
... L 'acte présent est, après en avoir mûrement délibéré et avoir entendu notre conseil d'état Y œuvre de notre volonté aussi libre que ferme.
Notre peuple y trouvera la garantie la plus forte de nos sentiments paternds.
Ce préambule se termine ainsi: «Bavarois! voilà les traits fondamentaux de la constitution octroyée par notre libre volonté: voyez-y les principes d'un roi qui ne veut recevoir le bonheur de son cœur et la gloire de son trône que du bonheur de la patrie et de Y amour de son peuple ».
D. Je trouve ici toutes les expressions qui dans la charte de 1814 ont paru insupportables aux Français. Comment! disaient-ils, le roi Louis XVIII a affiché la prétention de nous octroyer des droits qui nous appartiennent essentiellement ! il ose dire, comme en plein moyen âge, nos peuples, nos sujets, notre couronne, comme s'il était le maître de la France, personnes et biens, tandis que le roi des Français n'est pas le roi de France, il n'est que le premier fonctionnaire de la nation.
R. En conséquence, les Français de 1830 abolirent cette royauté qui employai! des mots aussi malsonnants, et en établirent une autre, de leur façon, qui fui plus en harmonie avec l'esprit bourgeois, la terminologie révolutionnaire. Or, cette royauté, établie par la grâce de la bourgeoisie française, et selon l'idéal de l'époque, aboutil à la ruine de toute monarchie, aux révolutions, au césarîsme cl à tous nos maux, tandis qu'à l'abri de leur monarchie par la grâce de Dieu, analogue à celle de Louis XVIII, et grâce à la constitution qu'elle octroya, les sujets du royaume de Bavière ont joui, jusqu'à l'avénement de la domination prussienne, de la paix, de la sécurité, de la liberté et de tous les avantages d'un gouvernement stable et régulier.
D. Quoique ces remarques ne puissent avoir maintenant aucune application particulière chez nous, il est bon, si voulons refaire notre éducation, que nous examinions notre passé, et que nous voyions combien le pouv aides mots a égaré l'esprit public en France. Continuons cette digression. Quel est le pays où, de l'aveu de tous les publicistes, la liberté fleurit le mieux depuis deux siècles?
R. C'est celui où là royauté est entourée d'un prestige presque superstitieux : là. le souverain est regardé comme infaillible.
Il est censé l'unique propriétaire du sol, toutes les terres sont considérées, par fiction légale, comme des fiefs dont il serait le suzerain, et les domaines de l'État comme ses biens propres ; les revenus de l'État comme ses deniers royaux.
Le souverain ne peut être poursuivi en justice, ni au criminel, ni au civil. Les demandes à lins civiles ne peuvent être introduites contre lui que sous formes de requêtes.
Tous les fonctionnaires, tous les magistrats du royaume représentent le souverain, agissent comme ses délégués, et en son nom.