FORMES DE LA MONARCHIE
C'est le souverain qui est censé poursuivre les criminels devant les tribunaux de répression.
Il est qualifié roi par la grâce de Bleu, du pays et nonseulement des habitants (comme Louis XVIII se disait roi de France, et non pas comme Louis-Philippe qui s'intitulait seulement roi des Français ; il dit mes sujets, mon parlement, mon gouvernement, ma marine, mes agents consulaires, mes ministres à Paris, à Vienne, à Berlin, mon empire colonial ; il porte le titre de défenseur de la foi, en montant sur le trône il jure entre les mains d'un archevêque d'user de tout son pouvoir pour maintenir les lois de Dieu, de protéger les évêques et le clergé, les églises confiées à leurs soins ainsi que les droits et privilèges qui leur sont accordés par la loi.
Dans son royaume, l'observation des dimanches et fêtes est considérée comme étant d'ordre public : en conséquence elle est obligatoire.
D. Je suis impatient de connaître le nom d'un pays aussi arriéré.
R. Aussi arriéré? détrompez-vous, cessez de raisonner avec les préjugés français : ce pays est le premier de tout l'univers, par ses colonies, son commerce, son industrie, ses institutions politiques; nulle part la liberté individuelle et l'inviolabilité du domicile, l'égalité devant la loi, et les autres biens sociaux n'existent aussi réellement, ne sont aussi respectés. Vous avez deviné que je parle de V Angleterre.
D. Que conclure de ces observations aussi positives que curieuses ?
R. Que les Français, depuis trois quarts de siècle, vivent de mots creux, tandis que les autres nations continuent à vivre de choses substantielles: pendant que nous disputons du progrès, nos voisins le réalisent ; ils jouissent de leur bonheur octroyé, pendant que nous cherchons vainement le nôtre dans les droits essentiels de V homme.
D. Les bons résultats des institutions anglaises ne nous enseignent-ils pas quelques autres vérités pratiques?
R. Un monarchiste voua répondrait : « Lia noua apprennent que la liberté et le progrèa ne se développent nulle part aussi bien que sous une royauté incontestée, entoura de respect et de vénération, mise à L'abri de toute atteint
revêtue de prérogatives qui la rendent majestueuse et sacrée : c'est le pivot solide, immuable, sur Lequel roule et se meut, sans ébranler le royaume, tout le mécanisme du gouvernement représentatif ».
D. Et vous, que répondez-vous?
R. Tel pays, telles mœurs; telles mœurs, tel gouvernement.
Il faut prendre l'état social de la France en 1888 tel qu'il est, la forme du gouvernement anglais s'y adapterait-elle? Je n'ose pas me prononcer.
D On a fait, en France, un crime capital à Louis XVIII de s'intituler roi dt France, et à Louis-Philippe un titre de gloire et de popularité de s'appeler roi des Français. Lequel de ces deux styles est le plus régulier, le plus correct?
R. Le titre de roi des Français est une bizarrerie bourgeoise condamnée par l'usage. On ne dit pas la reine des Anglais, le roi des Prussiens, l'empereur des Autrichiens, le roi des Bavarois, la reine des Espagnols, le roi des Portugais, le roi des Hollandais ; mais, la reine d'Angleterre, le roi de Prusse, l'empereur d'Autriche, le roi de Bavière, la reine d'Espagne, le roi de Portugal, le roi des Pays- Bas. Il n'y a que les tribus sauvages chez lequelles on ait pu employer ces termes dans le sens propre. Il fallait bien dire le roi des Huns, des Visigoths, des Vandales, puisqu'il n'y avait pas de Hongrie, de Vis?'goth{e,de Vandalie ; ces hardis guerriers n'avaient ni lois, ni organisation politique, ni territoire fixe. Ainsi, la révolution, avec sa terminologie extravagante, nous ferait rétrograder aux coutumes barbares, qui précédèrent la fondation des États Européens. Si, comme le prétendaient ridiculement les bourgeois de 1830, le nom de la contrée, mis à côté du titre hiérarchique, indique la tyrannie, alors pourquoi ne