J84 CHAPITRE VI
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sie, entre les privilégiés qui jettent en bas des regards dédaigneux, et les défavorisés qui lancenl en haut des regards de dépit.
» En rendant les honneurs accessibles à tous, -ans autre distinction que celle du mérite, on intéresse tous les citoyens à la prospérité et à la gloire de l'État.
» En permettant à quelques-uns d'accaparer toutes les dignités, toutes les distinctions, on décourage tous les autres, qui, se voyant exclus des avantages de la société, s'en dégoûtent, s'en désintéressent, et nourrissent la plus grande indifférence à l'égard du bien public, qui n'est pas le leur.
» Envisageons maintenant le cumul des dignités sous le rapport des pouvoirs qu'elles renferment.
» Tous les publicistes enseignent qu'il est utile que les pouvoirs, les fonctions ne soient pas accumulés dans les mêmes mains afin qu'ils s'exercent moins abusivement, qu'ils se balancent, se servent de contre-poids l'un à l'autre, de sorte qu'aucun fonctionnaire ne puisse peser de tout le poids de l'arbitraire sur les administrés.
» Mais l'homme est inconséquent, sa conduite n'est qu'un tissu de contradictions, sa pratique dément continuellement sa théorie, ses actes détruisent chaque jour ses principes. Tout en criant sur les toits « qu'il n'y a pas de bon gouvernement sans la séparation des pouvoirs », nous n'avons pas d'usage plus constant, plus répandu, que la réunion et la confusion des pouvoirs. Que de fois n'at-on pas vu le même homme membre du Corps législatif, chargé de discuter et de voter les lois; maire (c'est-à-dire agent le plus direct du pouvoir exécutif), délégué pour exécuter les lois ; juge au tribunal de commerce, appelé à statuer sur les infractions des lois relatives au commerce et à l'industrie?
» Que parlons-nous du cumul de trois pouvoirs? 11 se rencontre des hommes, ou plutôt des hercules, qui, plus robustes qu'Atlas, ne craignent pas de porter, sur leurs intrépides épaules, des entassements gigantesques de dix,