‹ Catéchisme politiqueChapitre 180 sur 233 · CUMUL ; BUREAUCRATIE · texte numérisé non relu

CUMUL ; BUREAUCRATIE

de quinze, de vingt pouvoirs, colonnes du ciel politique et administratif.

« Tant de personnages, joués par le même acteur, offriraient une riche mine de ridicule aux Molière, s'il en existait, dans notre siècle infertile en génies, de quelque espèce qu'on les suppose.

« Semblable au maître Jacques de l'Avare, qui parait vêtu tantôt en cuisinier, tantôt en cocher, selon qu'il a à faire l'un ou l'autre de ces deux services domestiques, le protée administratif dont nous nous occupons, dans les réceptions officielles chez les préfets de l'empire, appartenait à la plupart des présentations: on le voyait successivement et indéfiniment paraître et disparaître pour reparaître encore. Nous fûmes, en 1869, témoin de cette scène comique, dans la préfecture de X... (département de ***).

« On annonça au préfet « la Justice de paix »; et il en était.

« On annonça « le bureau d'administration du Lycée (( impérial » ; et il en était.

« On annonça « le Conseil de perfectionnement de l'en- « seignemeut secondaire spécial » ; et il en était.

« On annonça « l'Association des anciens élèves du Ly- « cée impérial » ; et il en était.

« On annonça « la Commission d'examen des aspirants « au brevet de capacité » ; et il en était.

« On annonça « la Commission d'abornement » ; et il en était.

« On annonça « le Conseil d'hygiène et de salubrité » ; et il en était.

« On annonça « l'Inspection des pharmacies » ; et il en était.

« On annonça « le Comité départemental de vaccine »; et il en était.

« On annonça « la Commission administrative de l'hos- » pice civil » ; et il en était.

« On annonça « la Commission de surveillance de l'or- » phelinat agricole » ; et il en était.

380 CHAPITRE VI. — GOUVC1NBMBMT

« On annonça « le Bureau central de la Caisse départe- )> mentale des incendiés - : <-t il <-h était. « On annonça « la Société académique dii Musée n : «•!

il en était.

« On annonça « la Commission cantonale de statisti-

» que » ; et il en était.

« On annonça « la Commission de la bibliothèque de la

» ville » : et il en était.

« De quoi n'était-il pas, direz-vous ? — Il n'était pas d'une quinzaine d'autres commissions dont étaient exclusivement quatre ou cinq de ses amis.

« Ce serait se tromper que de croire que nous faisons ici des personnalités : l'abus que nous signalons était général ; il existait dans chaque chef-lieu de département (il est facile de le constater au moyen des annuaires), et même (dans des proportions moindres, les commissions y étant moins nombreuses) dans chaque chef-lieu d'arrondissement et dans chaque chef-lieu de canton.

« Une douzaine d'individus, dans chaque département, présidaient, dirigeaient, surveillaient tout fleurs femmes et leurs filles étant, en outre, à la tête des œuvres de bienfaisance) : par eux le gouvernement impérial ressaisissait ce qui pouvait échapper au réseau administratif, et parvenait à paralyser l'initiative individuelle, locale et régionale.

« Lorsqu'un député fait partie de la plupart des bureaux d'administration, des conseils, des associations, des inspections, des surveillances, des commissions de son département, lorsqu'il dispose même (comme d'instruments dociles) des institutions de ce genre dont il n'est pas, mais dont sont membres ses parents, ses amis, ses subordonnés, lorsque le gouvernement met de plus à son service son armée de fonctionnaires, les élections engagées entre les deux cylindres de cette puissante machine d'influence, et d'oppression, s'y fabriquent, s'y laminent pour ainsi dire : la liberté électorale disparaît là où domine le cumul des pouvoirs.

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« Le peu que nous venons de dire prouve évidemment » que le cumul des traitements, des honneurs, des pouvoirs, » est l'exploitation de la chose publique au profit d'une » coterie », au détriment des intérêts généraux. L'évidence augmente, elle devient éclatante, comme le soleil dans un midi sans nuage, si l'on examine le cumul des fonctions. Un illustre publiciste, Teulet, ne craint pas d'avancer que deux fonctions de quelque importance ne peuvent être réunies dans les mêmes mains. Car, dit-il, ou l'une des deux est inutile, et il faut alors la supprimer : ou elles sont l'une et l'autre indispensables et nécessaires, et le même homme ne suffira pas à toutes les deux ; il est même dispensé d'en remplir aucune ; car, toutes les fois qu'il manque à l'une, si on l'en blâme, il répond qu'il s'occupe de l'autre.

« S'il est vrai que le même homme ne peut suffire à deux fonctions, comment suffirait-il à quinze ? Comment le même homme pourrait-il administrer un lycée, rechercher, étudier, appliquer les moyens de perfectionner l'enseignement secondaire spécial ; examiner les aspirants au brevet de capacité ; s'occuper du bornage des propriétés ; résoudre les questions relatives à l'hygiène et à la salubrité publique (questions aussi nombreuses que difficiles, les manuels administratifs en énumèrent douze sortes) ; faire l'inspection des pharmacies, c'est-à-dire visiter les officines et magasins des pharmaciens, droguistes et épiciers, vérifier la bonne qualité des drogues et médicaments simples et composés, ainsi que celle des sirops et drogues médicinales que peuvent vendre les épiciers et qui ne sont pas considérés comme médicaments ; encourager, propager la vaccine, constater ses effets; administrer l'hospice civil ; surveiller l'orphelinat agricole ; recueillir des documents sur plus de vingt matières différentes de statistique, telles que le relevé des diverses cultures de chaque commune du canton et du rendement des divers produits agricoles, etc.; surveiller la gestion de la Compagnie d'assurances, dite Caisse départementale

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