‹ Catéchisme politiqueChapitre 181 sur 233 · CHAPITRE VI. G0UV1.HM..M1.M · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. G0UV1.HM..M1.M

des incendiés; conserver et régir une bibliothèque, etc.?

« Ayant tant de choses à étudier, il ne peut consacrer à chacune l'attention qu'elle exige pour être bien connue ; ayant tant d'affaires à manier, il est difficile, quelque exactitude qu'il y apporte, qu'il D'oublié rien, n'omette rien, ne néglige rien : tant d'intérêts lui étant confiée une grande partie, malgré sa vigilance, périclitera entre ses mains ; personne ne fera jamais mentir ces vieux proverbes : « On ne peut bien faire plusieurs choses à » la fois. — Age quod agis. — Qui trop embrasse, mal » étreint ».

« Voilà les caractères généraux de ce mal affreux qu'on nomme le cumul ; quel est le remède efficace par lequel on doit le combattre? il n'y en a pas d'autre, selon M. Teulet, que d'en extirper la racine même ; il faut s'opposer à tout cumul. Si l'on en souffre le moindre, c'est une contagion qui se propage et se perpétue.

» Laissez lui prendre un pied chez vous, il en aura bientôt pris quatre; semblable à un fleuve, il s'accroît dans son cours : vires acquirit eundo .

» Nous n'osons nous montrer aussi absolu : nous sommes prêt à admettre que certaines fonctions ne sont pas essentiellement incompatibles : et nous reconnaissons qu'il en est d'autres pour lesquelles la question est embarrassante. Est-il bon, par exemple, est-il convenable que le même .citoyen soit à la fois membre de l'Assemblée nationale et du Conseil municipal? — Non, disent les uns, parce qu'il ne peut être, en même temps, à Versailles et à Chambéry; s'occuper des affaires nationales et des affaires locales. — Si, répondent les autres, parce qu'un député qui fait partie du Conseil municipal, connaîtra mieux les intérêts de sa localité, et sera dès lors plus à même de les défendre, dans l'Assemblée nationale, s'il y a lieu. Notre esprit balance entre ces deux opinions, quoiqu'il penche un peu vers la destruction de tout cumul ; car il ne suffit pas, comme l'observe un écrivain, de

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couper quelques branches gourmandes de cet arbre parasite, il faut porter la cognée à la racine. »

D. Vous avez prononcé le mot bureaucratie, qui est toujours pris dans un sens défavorable pour désigner les bureaux, l'administration. Cela m'annonce un réquisitoire : vous avez la parole.

R. L'administration française a ses défauts et ses qualités, comme toutes les institutions humaines, comme les médailles qui ont leur revers. En somme, elle comprend un personnel intelligent et dévoué, elle possède une solide organisation, la plupart des règlements qui la régissent sont bons, et l'on ne saurait méconnaître, sans une souveraine injustice, les services qu'elle rend.

Le plus grand nombre des reproches qu'on lui fait ne sont pas suffisamment fondés ; on l'accuse d'être trop nombreuse ; elle ne l'est pas plus que dans les autres Etats; elle doit l'être pour un grand pays; il faut un grand nombre d'organes pour remplir un grand nombre d'attributions.

L'autorité de l'administration est-elle trop étendue? Question difficile à résoudre : les administrés se plaignent toujours de ce qui les gêne momentanément, sans se préoccuper de savoir si cette gêne momentanée n'est pas dans l'intérêt général, peut-être dans leur propre intérêt de demain.

Les fonctionnaires abusent-ils de l'autorité qui leur est attribuée par la loi? C'est rare; d'ailleurs il dépend du public de faire cesser cet abus ; nous avons amplement exposé comment les fonctionnaires sont responsables et peuvent être poursuivis.

Ce qui me paraît excessif, ce sont les règlements trop minutieux, les formalités trop multipliées auxquelles nous avons soumis la marche de notre administration, par esprit de symétrie (motif peu sérieux), et par le désir d'assujettir chaque acte administratif à un contrôle sévère (excellente raison). Il en résulte que l'employé suit trop la lettre de la loi, et en néglige l'esprit, agit mécanique-

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ment, uniformément, sans s'inspirer des besoins imprévus, des circonstances extraordinaires ; les bweaucrati dit-on, suivent la routine, comme la locomotive les rails; il résulte de ces formalités minutieuses et nombreuses, une lenteur dans l'exécution et l'expédition des affaires, qui peut produire d'immenses inconvénients. Je sais bien qu'il faut de l'ordre, de la régularité dans l'administration: aussi ne réprouvé-je que l'excès.

Nous avons beaucoup souffert des abus de la bureaucratie pendant la malheureuse guerre de 1870. Que de calamités ont fondu sur nous, parce qu'il eût fallu, pour les détourner, des mesures intelligentes, immédiates! Que de maux sont devenus incurables, parce qu'on ne pouvait les adoucir, sinon les guérir, que par de prompts remèdes! Que de projets, d'où dépendait le sort de la France, ont échoué, parce qu'il n'était possible de les exécuter qu'en saisissant l'occasion qui passe comme un éclair, et que notre bureaucratie, tant civile que militaire, n'osa pas sortir de son ornière; renoncer aux paperasses pour s'occuper des affaires, s'inspirer, en cas extrêmes, plutôt du salut de la patrie, des intérêts du pays, que des règlements; lutter contre les dangers imprévus par des moyens extraordinaires, contre les grands maux par de grands remèdes! Qui n'a pas été témoin de quelques faits de ce genre? Pour nous, nous en connaissons que nous osons à peine raconter, tant ils sont incroyables, invraisemblables, inimaginables.

C'est le colonel de gendarmerie de G... qui, au début de notre néfaste campagne, reçoit de l'autorité supérieure, de Paris, un paquet, avec ordre de le faire tenir le plus vite possible au général commandant le... corps d'armée. Pour faire sûrement et rapidement une commission aussi urgente et aussi importante, il y avait plusieurs moyens simples et excellents, indiqués par le bon sens : le meilleur était, ce nous semble, de confier le paquet à deux officiers de gendarmerie, et de leur enjoindre d'aller en toute diligence trouver eux-mêmes, en personne, le gé-

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néral auquel il était destiné et de ne le remettre qu'en ses mains. Mais cette manière de procéder n'était probablement pas conforme aux usages administratifs, qui veulent qu'une affaire passe de mains en mains, suive la filière, de sorte que personne ne cherche à la faire réussir, et ne s'évertue qu'à s'en décharger en la passant à un autre. Le colonel de gendarmerie de G... se contente de faire porter le paquet au commandant de gendarmerie de B... d'où le destinataire ne devait pas être trop éloigné : le commandant fait porter le paquet à son lieutenant de gendarmerie à G... chef-lieu d'arrondissement. Mais comme le destinataire avait poursuivi sa marche et ne se trouvait plus dans l'arrondissement, le lieutenant de gendarmerie, qui n'avait pas reçu d'instruction pour ce cas imprévu, après avoir gardé le paquet quelque temps, le renvoya à son commandant de B... qui, après l'avoir gardé pour aviser et délibérer, le renvoya à son colonel de G... qui le renvoya à Paris en expliquant comme quoi il n'avait pu le faire arriver régulièrement à sa destination !

C'est l'autorité préposée au magasin de munitions de M... qui, lorsqu'on vient lui demander des cartouches, dont nos soldats, engagés dans une bataille et jusque-là victorieux, manquent pour continuer la lutte, en refuse parce qu'on ne lui présente pas un mandat en bonne et due forme, libellé d'après la formule et revêtu de tous les vus et signatures d'usage.

C'est la pharmacie militaire de S... qui refuse de quoi faire une ligature, à l'envoyé d'un chirurgien, parce que celui-ci, ayant les mains occupées à serrer, en attendant, l'artère du blessé dont il est urgent d'arrêter l'hémorragie, n'a pu signer le bon réglementaire.

C'est le directeur des contributions indirectes de B.., à qui les débitants de tabac et de poudre, quelques jours avant l'invasion prussienne, annoncée, imminente, demandent qu'il veuille bien leur faire livrer le restant de l'entrepôt; ils exposent, avec beaucoup de raison, qu'ils

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en auront besoin pour satisfair leur clientèle pendant le temps de l'invasion, et que l'unique moyen de sauver cette marchandise de l'État est de la leur vendre, parce que l'ennemi respecte ce qui appartient aux particulier.^ ; vaines supplications! comme il est très difficile d'exécuter la chose avec toutes les formalités usitées en t.-mps ordinaire, quoique l'État ait évidemment tout à gagner et rien à perdre dans cette mesure, qu'on peut environner de toutes les garanties désirables, le directeur s'obstine, il fait retenir dans l'entrepôt (magasin de l'État) la poudre et le tabac, dont les Prussiens s'emparent quelques jours après : perte pour l'Etat, quinze mille francs, et disette pénible pour le pays de B... privé de tabac jusqu'à ce que les Juifs, qui accompagnaient partout l'armée allemande, viennent trafiquer de cette situation, affligeant à la fois notre goût et notre patriotisme.

Ce sont l'intendant militaire, le capitaine de recrutement et le préfet de... qui, à l'approche de l'ennemi, qui n'est plus qu'à quelques lieues, agitent dans de violentes altercations, la question de savoir si, pour se conformer aux règlements, chose capitale et qui prime toutes autres d'après l'intendant, l'on doit expédier avec des caisses ou sans caisses à la forteresse voisine, les mille fusils chassepots qui sont au dépôt.

Ce sont toutes les autorités compétentes du département de... dont aucune ne veut endosser la responsabilité, exclusivement pécuniaire, des irais de transport, pour enlever du dépôt de remonte de S... quinze cents balles d'avoine et une quantité considérable de draps de lit, dont on avait un si immense besoin dans nos hôpitaux et nos ambulances, et les transférer en lieu sûr, sous prétexte qu'on ne disposait plus des fonds affectés dans le budget à cette destination, et préfèrent laisser l'État perdre plusieurs milliers de francs que d'en avancer une centaine.

Savez-vous pourquoi on n'a pas. dans l'Est, coupé à temps les routes, les chemins de fer, toutes les voies de

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communication pour retarder la marche des Prussiens, moyens de défense indiqués par le sens commun et prescrits par l'autorité militaire supérieure? Parce que le Génie, les Ponts et Chaussées, les préfectures, les mairies, personne n'ayant reçu d'ordre direct, se disputaient à qui ne prendrait pas cette responsabilité : rien ne se fit faute d'initiative.

Si nous voulions épuiser ce triste sujet, nous n'en finirions pas et risquerions de passer, aux yeux de ceux qui n'ont pas eu la douleur d'assister à ces scènes pitoyables, pour un fabuliste, un romancier ou un pamphlétaire.

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