REFUTATION DE ROUSSEAU ET DE DARWIN; FIXITÉ DES ESPECES
D. Ce fait historique est-il généralement admis?
R. Il a été combattu par Hobbes, Puflendorf, Burlamaqui, Jean-Jacques Rousseau et même par Montesquieu et quelques autres : ils ont enseigné que l'homme, après avoir vécu longtemps à l'état sauvage, s'est élevé de luimême, par quelque heureux hasard ou par un développement progressif de ses facultés, à l'état de société ; il en est même qui vont jusqu'à soutenir que nous nous sommes élevés, de nous-mêmes, de la nature purement animale, à la nature raisonnable, et que l'homme descend du singe, lequel, à son tour, vient d'une espèce inférieure qui s'est aussi métamorphosée.
D. Voudriez-vous me dire en passant quelle est la valeur scientifique de cette dernière théorie ?
R. Les expériences scientifiques ont confirmé le célèbre axiome : Il n'y a pas cl effet sans cause. 11 est prouvé que, de rien, rien ne peut naître, que la génération spontanée est une absurdité, que tout animal est produit par d'autres animaux de la même espèce, que les espèces demeurent toujours les mêmes, sans jamais se transformer en d'autres espèces, ni par les évolutions et développements de chacune, ni par le mélange de plusieurs. La nature du singe s'oppose à tout progrès moral et intellectuel de l'espèce : les singes ne s'instruisent point les uns les autres, ils ne racontent point à leurs enfants ce qu'ils ont vu dans leurs voyages, ils ne leur parlent point des hauts faits de leurs ancêtres, ils ne leur forment point une conscience en leur apprenant à distinguer le bien du mal ; ils ne se communiquent point les uns aux autres et ne transmet-
tent pas à leurs descendants le fruit de leurs observations: c'est à chaque singe à se faire une expérience individuelle : la millième génération n'est pas plus avancée que la première ; est-ce que leur espèce forme pour ainsi dire une personne morale, comme l'humanité, qui ressaisit son existence dans le passe par la mémoire écrite, monumentale, orale et vit dans l'avenir par sa prévoyance et l'éducation de sa postérité? Chez les singes, aucun usage de civilisation : les voit-on se réunir pour célébrer des anniversaires, pour faire des établissements utiles à leur descendance ! conduisent-ils les restes mortels de leurs proches à un champ commun du repos ? Les singes ont développé leurs facultés, dites-vous, et sont devenus des hommes? mais ils n'ont jamais été doués de ces facultés dont vous parlez; pour développer une chose, il faut l'avoir, à moins de la créer, ce que Dieu seul peut faire — encore lui contestez vous ce pouvoir. — Sans cela, le moindre progrès est fatalement impossible chez une espèce.
Il n'est pas moins impossible d'obtenir une troisième espèce par le mélange de deux autres ; l'âne et la jument, le cheval et l'ânesse s'accouplent : il en résulte des métis, le mulet, la mule : ce n'est qu'un produit infécond, ce n'est pas une espèce nouvelle qui puisse se perpétuer. Le mulet et la mule sont condamnés, par leur nature, à l'impuissance, à la stérilité la plus absolue.
Il en est de même des rapports que toute espèce peut avoir avec une autre : ou bien leur produit ne peut se perpétuer ; ou s'il se perpétue un peu, au bout de quelques générations, le mélange se décompose, un des deux éléments disparaît et il ne reste plus que l'une des deux espèces, la dominante ; on n'obtient jamais une troisième espèce ; tant est certaine, assurée, invariable, la perpétuité des espèces, impossible la naissance d'une nouvelle espèce, en dehors de celles dont le Créateur a fait le moule, le type et les germes, portés et représentés par un couple primitif, comme il est dit dans le livre delà Genèse.