DK01T DE FRAPPER D?APRÈS LE PAGANISME
faire obéir, comme on frappe aujourd'hui les animaux. Des souverains faisaient fouetter les grands seigneurs de leur cour, des généraux faisaient avancer les armées à coups de fouet ou passer leurs soldats par les verges ; des juges faisaient appliquer la bastonnade aux condamnés et même aux accusés. Les agents de la police, munis de lanières de cuir, frappaient autour d'eux pour contenir la foule dans les places publiques, dans les marchés, dans les théâtres.
Les Lacédéinoniens appliquaient chaque année aux Ilotes, leurs esclaves, un certain nombre de coups, sans qu'ils eussent commis aucune faute, dans l'unique but de les entretenir dans le sentiment de l'esclavage.
C'était une pieuse coutume, instituée par le sage Lycurgue, de flageller, chaque année, les enfants jusqu'au sang, quelquefois jusqu'à la mort, dans le temple de Diane, à Sparte. Alexandre le Grand, dit Quinte-Curce, suivant un usage immémorial des rois de Macédoine, fit fouetter par des esclaves son jeune pnge Hermolaùs, parce qu'il avait tué sans le prévenir un sanglier qui se dirigeait vers eux : « Il faut que les choses se fassent ainsi », dit Alexandre, « et comme les tuteurs frappent leurs pupilles, les maris leurs femmes, nous chargeons les esclaves de frapper les enfants de cet acre ».
« Chez les esclaves », dit Xénophon, « le co?ys répond pour toutes fautes » : on peut les enchaîner, combattre leur paresse par des coups, et les contraindre par toutes sortes de supplices, à servir et à travailler.
Nous lisons dans Plaute, Horace, Columelle, Sénèque, Pétrone, Juvénal, que chez les Romains, les esclaves étaient logés, nourris et traités comme les plus vils des animaux domestiques. Dans chaque troupeau d'esclaves il y avait le Lorarius, l'homme chargé de les fustiger à tout propos.
Ce ne fut qu'après plus de cinq siècles de christianisme que l'empereur Justinien tempéra le droit qu'avaient les maris de frapper leurs femmes : il interdit les coups violents, mais autorisa une correction modérée.
Il était à plus forte raison permis par les législations païennes d'exercer ces cruautés sur son propre corps; un certain nombre de jeunes gens devaient se mutiler en l'honneur des dieux; on honorait les morts en se déchirant le visage jusqu'au sang; un grand nombre de païens imprimaient sur leurs corps des signes superstitieux, comme les peuples de la Polynésie et la plupart des Océaniens qui se tatouent. Aucun législateur, avant le christianisme, n'avait blâmé ces attentats à la dignité humaine : Ulpien enseigne, dans le Digeste, « qu'il est permis à tout homme, même aux esclaves, de sévir sur son propre corps, cela étant de droit naturel ». Les esprits les plus éminents de l'antiquité païenne, au lieu de réprouver ces pratiques inhumaines et superstitieuses, les recommandent. Platon, dans son idéal de société, introduit la peine de la marque sur les mains et sur le visage ; Xénophon conseille de dresser les esclaves connue les animaux, en les traitant mieux lorsqu'ils obéissent, en les frappant lorsqu'ils sont indociles. Polybe et Cicéron tiennent, le même langage.