ESPRIT DE DOUCEUR DU CHRISTIANISME
cile de Mérida (Espagne, l'an 606) défend aux évêques et aux prêtres de maltraiter les serviteurs de l'Église par la mutilation et ordonne que, s'ils sont coupables de quelque crime, on les livre aux juges séculiers, de façon, néanmoins, que les évêques modèrent la peine à laquelle ils seront condamnés, et ne souffrent pas qu'on les tonde avec ignominie.
On lit dans le concile de Londres (475): «Défense à ceux qui sont dans les ordres sacrés, sous peine de privation de leur ordre, de leur office et de leur place, de rendre des jugements en des causes où il s'il s'agit de mutilation de membres ou d'en couper eux-mêmes ».
D. Est-ce que la catration n'était pas encore pratiquée au dernier siècle en Italie?
R. Oui, il y avait les caslrati, les chanteurs les plus recherchés pour les théâtres et les églises. Des pères barbares et anti-chrétiens mutilaient leurs enfants, afin qu'ils conservassent, toute la vie, une voix de soprano, et se fissent ainsi une carrière lucrative. Et il y eut des gouvernements assez négligents ou assez faibles pour tolérer, sans l'approuver, cet affreux scandale. Mais enfin le Saint-Siège, gardien des principes de la morale chrétienne, aussi bien que de ceux du dogme, s'émut de cet usage païen, et Clément XIV le proscrivit.
esprit de douceur et de charité du christianisme dans les relations domestiques et sociales ; correction a l'égard des enfants.
D. Vous avez dit que le christianisme réprouve les coups. Profitez-en pour nous exposer V esprit de douceur du christianisme, qui contraste admirablement avec Vesprit païen, se résumant en ceci: gouverner par la terreur, par la force.
R. Oui, il est certain que le christianisme n'approuve pas que l'homme frappe son semblable, fût-il sa femme, son enfant, son esclave.
Jésus-Christ n'a-t-il pas dit: « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ». EL ailleurs: « Heureux ceux qui sont doux», qui ne maltraitent personne, qui rendent le bien pour le mal ! ; « ils possèdent la terre », d'abord la terre d'ici-bas, où ils gagnent tous les cœurs et exercent une influence que les gens violents et colères n'acquerront jamais; ensuite, la terre des vivants, la félicité éternelle. Et saint Paul, exhortant les Éphésiens à mener une vie digne de leur vocation, de leur état, de Jésus-Christ qui les a appelés dans son Église pour y être saints et parfaits en sa présence, leur recommande d'abord deux vertus qui sont les premières de toutes, qui doivent servir de fondement à l'édifice de la perfection chrétienne; quelles sont ces deux vertus inconnues des philosophes, peu connues des Juifs, et, hélas! pratiquées par un bien petit nombre de chrétiens, et pourtant si nécessaires, que sans elles les autres vertus deviennent des vices: écoutez le grand apôtre: « Pratiquez en toutes choses », dit-il, « F humilité et la douceur ».
Après avoir tracé pour les chrétiens le tableau de la société domestique et civile, il l'achève à peu près ainsi: Maintenez-vous dans la paix et l'unité; vivez entre vous comme si vous n'étiez qu'un même corps, dont Jésus- Christ est la tête, comme si un même esprit vous animait tous, l'esprit de charité, l'esprit divin ; n'avez-vous pas le même Dieu, la même foi ; nés du même père, Adam, vous avez reçu la même renaissance, le même baptême, du même père spirituel, Jésus-Christ. N'appartenez-vous pas à la même famille, à la même condition; n'avez-vous pas le même héritage céleste, la même espérance de revivre ensemble dans le ciel ?
Les diverses fonctions, que chacun de vous remplit, dans la société chrétienne, n'ont point pour but de créer l'inégalité, la division, de servir les intérêts privés des-
i. Saint Augustin, lib. i, De Serin. Dom. in monte.
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fonctionnaires, mais de concourir à l'utilité et à la perfection communes.
Yous devez tous vous entr'aider avec zèle et charité, et vous supporter avec une patience fraternelle.
Et plus loin:« Si vous éprouvez des mouvements de colère, ne péchez pas » ; et pour cela réprimez-les, dès leur naissance : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère ».
Dans le portrait, qu'il propose à Tite, du parfait évoque, saint Paul dit que l'évêque n'est point le maître de la famille chrétienne; Dieu seul est le maître: l'évêque n'est que le premier des serviteurs, l'économe, l'intendant, ce que les anciens appelaient villicus: c'était l'esclave chargé de distribuer aux autres le travail, la nourriture, les vêtements; il rendait compte au maître et était sujet à ses corrections et à ses ordres comme les autres ; ou, pour mieux dire, comme le Nouveau Testament nous avertit que nous ne sommes point à l'égard de Dieu des esclaves, mais des enfants, l'évêque doit considérer les autres membres de la famille chrétienne comme ses frères, et c'est en effet en ces termes que tous les pasteurs, évèques et prêtres, s'adressent encore aux fidèles.
Saint Paul continue : « Que l'évêque ne soit point altier », qu'il ne s'enfle point de sa dignité, quil n'oublie point qu'il est serviteur et comptable: son pouvoir ne peut s'exercer par la force et la crainte. II commande à des hommes libres qui se soumettent volontairement : il doit les gouverner avec douceur, clémence et humilité.
« Que l'évêque ne soit ni emporté, ni adonné au vin ». Nous avons dit que la colère gâte le commandement et ne sert qu'à irriter, à rendre désobéissant les esprits les plus dociles. Celui qui reprend ou corrige avec emportement manque le but de la correction, qui est d'amender le coupable. La colère est une folie, elle aveugle la raison, elle empêche de voir et de suivre ce qui est juste, elle est la mère de l'injustice. Il faut réprimer ce vice et
dans ses causes et dans ses effets; dans ses causes, telles que l'ivrognerie : le vin jette facilement dans les excès de la colère. Dans ses efl'ets : « Que l'évêque ne commette aucune violence et ne frappe jamais personne ». Le supérieur ecclésiastique, dit saint Jean Chrysostome, est le médecin des âmes : or, ce n'est point en frappant le corps, ni même en martyrisant l'âme, qu'on guérit les plaies spirituelles ; on ne fait, par la violence, que les aigrir.
Cette loi est passée des saintes Écritures dans le premier code de l'Eglise ; l'article 28 des Canons des apôtres est ainsi conçu : « Nous ordonnons que l'évêque, le prêtre ou le diacre qui frappe les fidèles qui commettent une faute, ou même les infidèles qui lui ont fait une injure, et qui veut ainsi les contenir par la crainte, soit déposé : jamais, en effet, le Seigneur ne nous a enseigné ces choses. Bien plus, au contraire, lorsque lui-même était frappé, il ne rendait pas les coups; lorsqu'il était poursuivi par des injures, il ne répondait pas par des injures ; lorsqu'il subissait des injustices, il ne menaçait même pas ».
Le christianisme ne s'est pas borné à ces principes généraux, il est descendu aux applications: il a fait un nouveau code domestique, il a réglé les relations entre le chef de la famille et ses trois classes de subordonnés : la femme, les enfants, les esclaves ou serviteurs.
Saint Paul enseigne aux maîtres qu'ils ont des devoirs à remplir envers leur esclaves : ils ont dans le ciel le même et unique maître : Dieu, devant lequel il n'y a point d'acception de personne. Les maîtres ne doivent point menacer de coups leurs esclaves, ni à plus forte raison les frapper ', ni les tourmenter par la faim, par la soif, par la nudité. « Malheureux », disait saint Clément aux maîtres, « que diriez-vous si Dieu, qui est votre maître, vous traitait comme vous traitez vos esclaves, qui, quoique vos inférieurs dans la société civile, sont vos égaux dans
\. Kphes., iv, 9 ; Coloss., îv, 1.