Somme théologique, 2. 2. q. 104, art
de prendre soin de quelque affaire pour le bien de la famille.
Un enfant manquerait à ses devoirs de chrétien, s'il embrassait un état de vie sans avoir consulté ses parents. 11 n'y a point d'action de la vie chrétienne qui soit plus importante et plus difficile que le choix d'une carrière, d'une profession, d'un genre de vie ; ce n'est que dans un état conforme à ses goûts, à ses aptitudes, qu'on peut réussir à se bien acquitter des devoirs qui y sont attachés : notre avenir temporel et éternel peut dépendre du choix d'un état. Pour le bien faire, il faut s'examiner intérieurement avec beaucoup d'attention, prendre l'avis de ses parents et de quelques autres personnes sages et expérimentées. De même que les parents doivent tenir compte du goût bien prononcé, de la vocation persistante de leurs entants pour tel genre de vie; de même, les enfants, trop ardents, trop légers, trop inexpérimentés pour se faire une idée exacte de la nature d'un état, des difficultés qui s'y rencontrent, des aptitudes qu'il exige, se montreraient imprudents, téméraires, irrespectueux, s'ils ne consultaient pas, avant de fixer leur choix, leurs pères et leurs mères, que l'âge et l'expérience rendent plus sages et plus éclairés.
L'avis des parents est surtout nécessaire lorsqu'il s'agit de contracter un mariage; le droit naturel, les lois de l'Église, les lois civiles, sont d'accord sur cette grave question.
D. Les enfants doivent-ils assister leurs parents?
R. Honorer ses parents, c'est, selon l'esprit chrétien, non seulement avoir pour eux de l'estime, du respect, de l'amour, de la bienveillance, de la soumission, de l'obéissance, mais encore les secourir dans leurs besoins, les assister dans leur indigence, les soulager dans leur vieillesse et dans leurs infirmités. Les pharisiens, minutieux observateurs d'une foule de petites pratiques extérieures, négligaient l'observation de tout ce qu'il y avait de principal, au fond, dans chaque commandement de Dieu ; ils
DEVOIRS DES PÈRES ET MÈRES ENVERS LEURS ENFANTS l \ 3
avaient éludé le quatrième comme les autres : quand leurs pères et leurs mères les sollicitaient de les secourir dans leur nécessité, ils répondaient qu'ils avaient voué à Dieu la partie de leurs biens destinée à secourir leurs parents: Jésus-Christ démasque ces hypocrites ; il ne s'est pas contenté de réfuter leur odieuse maxime par ses paroles, rapportées au quinzième chapitre de saint Mathieu, il a voulu aussi les confondre par son exemple, lorsqu'au moment d'expirer sur la croix, il recommanda en termes si tendres, à saint Jean, son disciple bien- aimé, de prendre soin de la sainte Vierge sa mère l.
0 fils ingrat! s'écrie saint Jérôme, quelle n'est pas ton infamie de refuser leur subsistance à tes parents, à qui tu dois tout ce que tu as, tout ce que tu es. Tout le bien qu'un enfant peut faire à sa mère n'égalera jamais tous les tourments qu'elle a soufferts pour lui. Tous les secours qu'un enfant peut donner à sa mère sont insuffisants pour reconnaître ce qu'elle a fait pour lui en le portant dans son sein. Tous les soins que tu peux déployer, enfant, pour nourrir ta mère, n'approchent point de la tendresse avec laquelle elle présentait à ta bouche altérée ses affectueuses mamelles, de l'abnégation avec laquelle elle se privait de tout ce qui pouvait te rendre son lait moins agréable ou moins salutaire 2.
Ne quittons pas ce sujet sans rappeler une vérité qu'on a peut-être trop oubliée, de nos jours : à savoir que l'honneur dû aux parents consiste essentiellement, selon saint Thomas, dans des signes extérieurs de respect et de vénération.