DEVOIRS DES PÈRES ET MÈRES ENVERS LEURS ENFANTS
Les lois romaines exemptaient les pères de l'obligation de nourrir leurs enfants illégitimes : les lois ecclésiastiques les ont corrigées, et ont rétabli les sentiments de l'humanité et de la nature : de l'humanité, car un enfant n'est pas coupable de son illégitimité, et, aux yeux de ses parents, qui lui ont causé ce malheur, il est pour ainsi dire plus digne de compassion qu'un enfant légitime ; de la nature, puisqu'elle inspire aux animaux le soin de nourrir les petits qu'ils ont mis au monde. Si donc notre code civil, qui a emprunté ces dispositions au code ecclésiastique, l'emporte en ce point comme en tant d'autres sur les lois romaines, c'est au christianisme que nous en sommes redevables.
Les devoirs des parents envers leurs enfants ne sont pas limités au bas âge de ces derniers : à mesure que les enfants avancent en âge, les parents doivent s'occuper de leur avenir, et, avant tout, les mettre en état de vivre honnêtement, en leur amassant quelque bien, en leur faisant embrasser une profession convenable, en les aidant à s'établir et à contracter un mariage avantageux I. On est indigne du nom de père et de mère, quand on sacrifie, au luxe, au plaisir, au jeu, l'argent nécessaire pour élever, entretenir, établir convenablement ses enfants. Que dirons-nous de ces pères dénaturés qui mangent et boivent seuls, loin de la famille, au cabaret, en un jour, ce qu'ils ont pu amasser par leur travail dans une semaine? Saint Augustin et saint Jérôme déclarent coupables les pères et les mères qui, ayant à peine le bien suffisant pour pourvoir leurs enfants selon leur condition, feraient des dons excessifs à l'Église, ou s'appauvriraient par d'autres bonnes œuvres. Aussi saint Augustin blâme-t-il fortement Ecdicie, d'avoir donné son bien à des religieux, au préjudice de son fils.
Toutefois les Pères de l'Église veulent qu'on ne s'applique pas trop à enrichir ses enfants, mais qu'on redouble de zèle pour leur donner une saine éducation, parce qu'il