VOUS NE 'IUEREZ POINT
C'est ce qu'on appelle la trêve de Dieu, qui fut confirmée par les papes, imposée à tous les fidèles, et devint une règle générale, un droit commun de tous les États chrétiens.
D. Quels sont les moyens, et quelles formalités doit-on remplir pour que la guerre soit juste; qui en sera juge?
R. Nous avons dit que la guerre offensive n'était légitime que quand une nation y recourait comme à l'unique voie de revendiquer ses justes droits, après avoir épuisé tous les autres moyens d'obtenir justice. Il existe aujourd'hui, sur ce point, une lacune regrettable dans l'organisation de la société chrétienne ; chaque nation, membre de cette société, est juge en sa propre cause ; il n'y a aucun tribunal, aucun arbitrage universellement reconnu et permanent, pour examiner et juger les différends, les conflits, qui s'élèvent entre nations, de sorte qu'au lieu d'être régis par les principes naturels et chrétiens, nous le sommes par la maxime sauvage « que la force prime le droit ». Au moyen âge, le Saint-Siège était l'arbitre des différends entre les États chrétiens, lesquels ne pouvaient les vider par les armes avant de les avoir déférés à ce tribunal. Quand le Saint-Siège, après avoir entendu une cause, jugeait contre un État, si celui-ci refusait de s'y soumettre, alors seulement il était permis à l'État adversaire de faire valoir ses droits par les armes, et les autres États, les tiers, étaient tenus de le seconder, d'exécuter le jugement, si le chef de la chrétienté leur en intimait l'ordre. Cette institution n'est pas moins nécessaire aujourd'hui qu'à cette époque; il est toujours contraire à la justice naturelle et au droit chrétien, qu'il dépende du caprice d'un chef d'État ou d'un peuple, de sacrifier à ses projets d'ambition des centaines de mille de vies humaines et de troubler les autres nations, que dis-je, de troubler le monde entier. Ce rouage ne peut sans doute plus avoir la même forme qu'au moyen âge, puisque les autres rouages de la société chrétienne ont été transformés ; mais il n'en est pas moins essentiel pour rétablir l'équilibre et
la régularité dans le mouvement de la machine. Il est donc urgent qu'on le rétablisse de la manière qu'on croira la mieux appropriée à la forme actuelle des États qui composent la famille chrétienne. Ne serait-ce pas une belle organisation que celle-ci : il y aura un tribunal arbitral pour juger les différends entre peuples chrétiens; ce tribunal sera composé de membres dont chaque État nommera un nombre proportionnel à celui de sa population : ces juges siégeront à Rome sous la présidence du chef spirituel de la chrétienté. S'il est besoin de recourir aux armes pour faire exécuter les jugements du tribunal, chaque État devra fournir son contingent. Tous les États s'engagent à unir leurs forces contre l'État qui, au lieu de soumettre son différend devant le tribunal, tenterait de le vider parla voie des armes. Les esprits sont d'autant mieux préparés à une institution de ce genre, que l'illustre pontife, qui occupe si glorieusement la chaire de saint Pierre, a été choisi comme arbitre par l'empereur d'Allemagne et l'Espagne, et terminé le différend relatif aux Carolines, à la commune satisfaction des deux parties.
LES SPECTACLES SANGLANTS; LA LÉGITIME DÉFENSE, D'APRÈS LE PAGANISME ; D'APRÈS LE M0SA1SME ; PRESCRIPTIONS DU CHRISTIANISME SUR CE POINT ; LA VENGEANCE ; LA DÉFENSE DE NOS BIENS ; LA DÉFENSE DE NOTRE VIE : LES LOIS FRAN- ÇAISES ; LA DÉFENSE DE NOTRE HONNEUR, LE DUEL.
D. La réforme que le christianisme a introduite dans l'emploi de la force entre nations, dans le droit de la guerre, en un mot, a été très profonde; d'après le droit païen, il était glorieux pour une royauté ou pour une république d'étendre les limites de sa domination par les armes; pendant la guerre, il était permisdetout détruire, les hommes et choses, par le fer et le feu chez l'ennemi; après, le pouvoir du vainqueur était illimité sur les vaincus, qu'il pouvait à son gré tuer ou réduire en esclavage : ces usages, le christianisme lésa taxés de barbarie, d'inhu-