PREMIÈRE PARTIE
des circonstances hors de notre portée, de manière à nous réduire quelquefois à de stériles souhaits. C'est en vertu d'une telle disponibilité que les pratiques du culte deviennent, pour notre progrès moral, un précieux supplément de Texistence^réelle, qui d'ailleurs se concilie pleinement avec elles, d'après la parfaite homogénéité de la religion positive.
La Femme. Ayant ainsi compris la réaction morale de notre culte, j'aurais besoin, mon père, d'explications plus développées envers son influence intellectuelle, qui ne m'est point, à beaucoup près, aussi sensible.
Le Prêtre. Distinguez-y, ma fille, deux cas essentiels, suivant que l'efficacité reste esthétique ou devient scientifique.
Sous le premier aspect, la puissance mentale du culte positif est directe et saillante, d'abord envers l'art général, et même ensuite sur les deux arts spéciaux du son ou de la forme. La poésie constitue l'âme du culte, comme la science celle du dogme, et l'industrie celle du régime. Toute prière, tant privée que publique, devient, dans le positivisme, une véritable œuvre d'art, puisqu'elle exprime nos meilleurs sentiments. Rien n'y pouvant dispenser d'une constante spontanéité, chaque positiviste doit être, à quelques égards, une sorte de poëte, au moins pour son culte intime. Quoique les formules y doivent devenir fixes afin d'obtenir plus de régularité, elles auront d'abord été composées toujours par celui qui les emploie, sous peine de ne comporter aucune grande efficacité. D'ailleurs, cette fixité n'est jamais complète, puisqu'elle concerne seulement les signes
artificiels, dont runiformité fait mieux ressortir les variations spontanées du langage naturel, soit musical, soit mimique, toujours plus esthétique que l'autre.
Cette originalité poétique se développera beaucoup quand l'éducation régénérée aura suffisamment exercé tous les positivistes aux appréciations, et même aux compositions, correspondantes, comme je vous Tindic[uerai dans la troisième partie du catéchisme. Alors Part général se trouvera toujours assisté convenablement par les arts spéciaux ; puisque chacun sera devenu familier avec le chant, base essentielle de la musique, et le dessin, source générale du triple art de la forme, peinte, sculptée, ou construite. Enfin, chaque élaboration du culte sera le plus souvent ornée de suppléments spéciaux, heureusement choisis dans le trésor esthétique de rilumanité. Quoiqu'une telle addition semble bornée au cuite public, le culte privé en admet une application utile et fréquente, pourvu que les emprunts y soient faits avec discernement et modération. Les vrais poètes ayant toujours exprimé les principaux sentiments de notre immuable nature, leurs productions comportent souvent une suffisante analogie avec nos propres émotions. Lorsque cette coïncidence, sans être complète, en approche beaucoup, ces emprunts poétiques ne nous offrent pas seulement le mérite intellectuel d'une expression plus parfaite. Nous y trouvons surtout le charme moral d'une sympathie personnelle. Plus ces ornements sont anciens, mieux ils nous conviennent, en sanctionnant nos propres affections par cet accord spontané, non-seulement chez leur éminent auteur, mais aussi