PREMIÈRE PARTIS
Le Phéthb. Une telle objection me rappelle, ma fille, que vous naquîtes septentrionale, quoique heureusement préservée du protestantisme. Car les occidentaux du Midi conservent mieux^ à cet égard, les vrais sentiments humains^ si noblement développés au moyen âge.
Loin que la domesticité doive jamais disparaître, elle grandira de plus en plus en se purifiant davantage de toute servitude primitive. Deveaue pleinement volontaire, elle fournit à beaucoup de familles les meilleurs moyens de servir dign^ooent le Grand<-Étre, en accor- 'dant une indispensable assistaàoe à ses vrais serviteurs, boriques ou pratiques. Cette participation au bien j)ublic est, quoique indirecte, plus complète et moins infiertaine que celle de la plupart des eoopérateurs dileots. Elle peut aussi cultiver davantage aos meilleurs sentiments. On s'en fcnine une .notion trop étroite quand on la borne à certaines classes. Dans tous les rangs sociaux, net surtout parmi les prolétaires, chaque citoyen passa par une telle sitoation, tant que dura son initiation pratique. 11 faut donc idéalker la domesticité comme le complément des liens de famille et le début des rapports civiques.
Lk F£iiME. Mon JoœuT n'avait besoin, mon père, que de cette rectification systématique pour surmonter les pr^ugés anarclûques qui me détournaient de fraterniser assez avec les dignes types, surtout féminins, que m'offrit plusieurs fois cette situation méconnue. Ce salutaire éclaircissement ne me laisse maintenant à désirer qu'une dernière explication générale, envers l'autre extrémité de notre tableau sociolatrique. Les positions
m CATÉCHISME POSITIVISTE.
respectives du patriciat et du prolétariat m'y semblent interverties. Que la politique les range ainsi, d'après Tordre de puissance matérielle; mais la religion, qui classe suivant la dignité morale, me paraît devoir les disposer autrement.
Le Pbétre. Vous oubliez, ma fille, que, dans la religion positive, la culte et ie régime doivent toujours se correspondre exactement. Mais j'excuse aisément votre méprise, d'après le noble motif qui l'inspire. J'ai moimême pensé quelquefois comme vous, quand j'attachais trop d'importance à l'extrême imperfection du patriciat actuel, si souvent indigne de sa haute destination sociale. La vraie, supériorité cérébrale, soit intellectuelle, soit surtout morale, se trouve aujourd'hui plus répandue proportionnellement chez les classes préservées d'une éducation et d'une autorité dégradante. Toutefois, quoique cette exception incontestable doive être soigneusement appréciée en instituant la transition occidentale, il faut savoir l'écarter systématiquement quand on construit le culte abstrait de l'Humanité, destiné principalement à l'état normal. En contemplant trop le présent, et pas assez l'avenir, on serait certainement conduit à rejeter le sacerdoce lui-même audessous du prolétariat ; car son imperfection actuelle surpasse beaucoup celle du patriciat, soit qu'on l'apprécie chez les débris théologiques ou parmi les rudiments métaphysiques et scientifiques.
Dans le culte positif, comme dans l'existence normale qu'il idéalise, le digne patricien l'emporte ordinairement sur le digne plébéien, tant en vraie noblesse