DEUXIÈME PARTIE. io
lions. Pourtant, notre intelligence a partout besoin de trouver enfin des règles qui ne soient jamais en défaut, afin d'éviter une fluctuation indéfinie.
On ne peut y parvenir qu'en décomposant, autant que possible, Tétude des êtres, seule directe ordinairement, dans celle des divers événements généraux qui composent l'existence de chacun d'eux. Nous obtenons ainsi des lois abstraites dont les différentes combinaisons expliquent ensmte chaque économie concrète. Quoique très-multipliées en elles-mêmes, ces lois irréductibles, sur lesquelles repose toute notre sagesse théorique, sont beaucoup moins nombreuses que les règles particulières qu'elles dominent. Ces dernières, outre leur nombre, résisteront toujours, en vertu de leur complication naturelle, à nos meilleurs efforts, tant inductifs que déductif^. Mais aussi leur connaissance nous serait essentiellement inutile, sauf les rares influences qui réellement affectent nos destinées. Pour ces cas exceptionnels, le génie pratique, .devenuseul compétent, peut toujours trouver des rôgles^empiriqùes qui suffisent à notre conduite, en s'aidant;avec sagesse des indications générales ^émanées du génie théorique. Car la régularité «des événements composés, quoique moins appréciable que celle de leuBS éléments généraux, en résulte nécesjsairement, de manière à pouvoir se manifester d'après «ne observation spéciale assez prolongée.
Nous ne connaîtrons janaais, par exemple, les lois générales des variations propres à la ccmstitution normale de l'atmosphère terrestre. Toutefois les navigateurs et les agriculteurs savent tirer, de leurs observa-
i6J CATÉCHISME POSITIVISTE.
tions locales ou temporaires, des règles particulières qui, quoique empiriques, nous dispensent essentiellement de la prétendue météorologie. Il en est ainsi pour toutes les autres études concrètes, géologiques, zoologiques, et même sociologiques. Tout ce que le génie pratique n'y peut réellement aborder demeurera toujours oiseux. La véritable science reste donc nécessairement abstraite. Ses lois générales envers les catégories peu nombreuses qui comprennent tous les phénomènes observables suffisent pour démontrer toujours l'existence des lois concrètes, quoique la plupart de celles-ci ne puissent ni ne doivent être jamais connues, sauf les cas pratiques.
La Femme. J'entrevois, mon père, la profonde simplification que doit éprouver votre construction philosophique d'après cette analyse fondamentale qui ramène l'étude des êtres à celle des événements. Mais je suis effrayée de l'abstraction habituelle qu'exige un tel régime scientifique, quoique je sois heureusement dispensée d'y participer. Son institution me paraît même au-dessus de nos forces intellectuelles, si tous les ordres de phénomènes doivent être directement étudiés chez le Grand-Être qui seul nous en offre l'ensemble.
Le Prêtre. Pour vous rassurer, ma fille, il suffit de considérer sous un nouvel aspect le principe général de la hiérarchie abstraite. Quoiqu'il n'institue directement que la subordination des événements, il doit aussi conduire indirectement à celle des êtres. Car les phénomènes ne sont plus généraux qu'autant qu'ils appartiennent à de plus nombreuses existences. Les plus