‹ Catéchisme positivist: ou, Sommaire exposition de la religion universelle enChapitre 90 sur 127 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

appartient surtout la vie objective, à l'autre la vie subjective. Or, ces deux attributs essentiels, simultanément indiqués par la discordance même des noms usités, concourent à rappeler aussi la dernière opposition des deux pouvoirs humains, quant à leur extension respective. Car, la puissance théorique, soit comme spirituelle ou comme éternelle, comporte spontanément une entière universalité ; tandis que l'autorité pratique, en tant que matérielle et temporelle, reste nécessairement locale. De ce contraste final résulte leur séparation, aussitôt qu'il est assez développé.

La. Femme. Mes anciennes habitudes catholiques me disposent, mon père, à condenser toutes les attributions essentielles du pouvoir spirituel dans la direction systématique de réducation universelle, où sa compétence exclusive devient incontestable.

Le Prêtre. Tel est, çn effet, ma fille, l'office fondamental du sacerdoce, qui, quand il remplit dignement ce principal devoir, y puise nécessairement une grande influence sur Tensemble de la vie humaine. Ses autres fonctions sociales constituent seulement la suite naturelle ou le complément indispensable de cette destination caractéristique. La prédication en devient d'abord un prolongement nécessaire, pour rappeler convenablement les principes de l'harmonie universelle, que l'activité spéciale nous entraîne souvent à méconnaître. C'est aussi d'après cette base que le pouvoir spirituel acquiert l'aptitude à consacrer les fonctions et les organes, au nom d'une doctrine unanimement regardée comme devant toujours régler l'existence humaine. Il y

puise pareillement son influence consultative sur tous les actes importants de la vie réelle» privée et publique, où chacun éprouve souvent le besoin de recourir librement aux conseils éclairés et bienveillants des sages qui dirigèrent son initiation systématique. £nfin, l'éducation permet au sacerdoce de devenir, d'un commun assentiment, le régulateur normal des conflits pratiques, d*après l'égale confiance qu'il inspire naturellement aux supérieurs et aux inférieurs.

Lk Femme. Je suis ainsi conduite, mon père, à vous demander en quoi consiste, dans le régime positif, cette fonction prépondérante du pouvoir religieux. Déjà je sens que l'éducation doit surtout disposer à vivre pour autrui, afin de revivre en autrui par autrui, un être spontanément enclin à vivre pour soi ec en soi. Cette grande transformation exige l'intime concours de la femme et du prêtre, agissant convenablement sur le cœur et l'esprit. Mais j'ai besoin de concevoir avec plus de précision leurs offices respectifs.

Le Prêtre. Pour cela, ma fille, regardez d'abord l'éducation proprement dite comme naturellement terminée à l'âge de l'émancipation, où chacun, après avoir reçu le troisième sacrement social, devient enfin un serviteur direct de l'Humanité, qui jusqu'alors dut le tenir en tutelle. Décomposez ensuite cette préparation de vingt et un ans en deux parties essentielles, Tune spontanée, l'autre systématique', dont la seconde dure deux fois moins que la première. Vous distinguez ainsi les dominations successives du sexe affectif et du pouvoir théorique dans l'ensemble de Tinitiation humaine,

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ixisomencée par le cœur et «CNnplétée par Tesprit, qaoique toits deux y participent toujours.

La première phase, qui s'étead jusqu'à la puberté, doit être divisée, eu deux autres d'égale durée, que sépare ia dentition normale. Jusqu'à ce terme, la mère dirige seule une éducation entièrement spontanée, à la fois physique, inteilectueUe, et morale. Quoique le dé> veloppement corporel y doive prévaloir, le cœur y prend bientdt une part décisive, qui se fera sentir pendant toute Texistence. L'essor des affectioos domestiques y conduit déjà Teafant à la première ébauche du culte positif, par Tadoration de sa mère, qui lui représente âécessaiTiemeut rHumanité, dont la prépondérance distincie lui devient pourtant appréciable d'après Tinstitutîon du langage. En même temps, l'esprit recueille empiriquement dos notions de tous genres, qui fourniront ensuite les matériaux de la vraie systématisation. Si l'on utilise assez ces exercices naturels des sens et des imiscies, sans altérer jamais leur spontanéité; la vie spéculative et la vie active se trouveront heureusement ébauchées, en se subordonnant toujours à la vie affective. Mais la mère peut seule combiner dignement ces trois aspects. Elle invitera l'enfant, surtout patricien, à Tacoomplissement habituel de quelques opérations matérielles, afin qu'il apprécie mieux la difficulté de conduire le moiadre travail jusqu'à sa destination usuelle, et qu'il sympathise davantage avec les classes cori^espondantes. Ces exercices rendront l'esprit plus précis et plus net, comme le ccÉur plus tendre et plus

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Depuis la dentition jusqu'à la puberté, l'éducation domestique commence à se systématiser,» par l'introduction graduelle d'une suite d'études régulières. Néanmoins, elle reste toujours dirigée par la mère, qui peut aisément guider des travaux purement esthétiques, quand elle-même a convenablement reçu Téducation universelle. Jusqu'alors, on a dû soigneusement interdire toute étude proprement dite, même de lecture et d'écriture, sauf les acquisitions vraiment spontanées. Mais ici naît l'habitude du travail intellectuel, par l'essor réglé des facultés d'expression, dont la culture convient éminemment à cette seconde enfance. Une telle étude, essentiellement exempte de préceptes quelconques, consiste seulement en exercices esthétiques, où les lectures poétiques sont sagement combinées avec le chant et le dessin. Tandis que l'essor moral s'y continue spontanément, le culte s'y développe bientôt, à mesure que l'enfant acquiert de nouveaux moyens pour mieux exprimer ses affections. II doit, en effet, résumer Tensemble de ses exercices par un chant et un portrait consacrés à sa mère. En môme temps, il acquiert un sentiment plus complet de l'Humanité, en se familiarîsant avec les principaux chefs-d'œuvre de tous les arts ; pourvu qu'aucun mélange de productions médiocres n'altère à la fois son goût et sa moralité.

La Femme. Ces deux âges de l'éducation domestique ne me font éprouver, mon père, de difficultés sérieuses qu'envers la religion. Quoiqu'on puisse alors y disposer beaucoup l'enfant par le cœur, on ne saurait tenter de lui rien enseigner dogmatiquement, faute des bases

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