‹ Catéchisme positiviste: ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 121 sur 136 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Malgré cette pleine liberté d*enseigûemeDt, qui d'ailleurs augmentera le zèle de nos professeurs, les écoles officielles ne seront jamais désertées par les riches, à moins que le sacerdoce ne dégénère. Car, ils ne voudront pas que leurs enfants restent au-dessous de Tinslruction populaire, dont ils ne pourront cependant leur procurer, même à grands frais, l'équivalent privé. En effets le sacerdoce absorbera naturellement les meilleurs professeurs, que leurs autres fonctions détourneront toujours de renseignement particulier, qui d'ailleurs leur sera, comme vous savez, sévèrement interdit. Les maîtres privés se recruteront donc parmi les hommes incapables de devenir prêtres ou même vicaires ; en sorte que leurs leçons seront habituelle-^ ment discréditées.

La Femhe. Une telle explication me rassure complètement, mon père, contre les répugnances aristocratiques envers notre éducation universelle. Ainsi, je vous prie de reprendre votre importante appréciation des influences propres au sacerdoce positif pour prévenir ou réparer, auprès des chefs industriels, les plus graves conflits pratiques.

Le Prêtre. Outre ses relations personnelles avec la première classe patricienne, qui peut tant réagir sur les autres, il trouvera partout, ma flile, des auxiliaires spéciaux, d'après une digne réorganisation du protectorat volontaire. L'institution chevaleresque n'est aucunement particulière à l'existence militaire, dont le brutal principe dut, au contraire, entraver beaucoup son admirable essor au moyen âge« Elle convient davantage,

SOUS de meilleures formes, au régime positif, où la proteclioD, quoique devenue esseotiellemeut pécuaiaire, suscitera sou veut des dévouements moins éclatants, mais plus efficaces et d'ailleurs mieux régularisés. Beaucoup de chefs industriels, surtout parmi les banquiers, seront afQliés, dès la jeunesse, à la libre association qui, disposant de capitaux immenses, exercera spontanément, ou d*après Tappel du sacerdoce, une généreuse intervention dans les principaux conflits. Sa noble protection ne se bornera point aux prolétaires opprimés : elle doit aussi garantir les prêtres contre la tyrannie temporelle.

La Femme. Cette précieuse institution me parait compléter, mon père, Tensemble des moyens propres au sacerdoce de THumanité pour régler dignement les relations civiques. Vous pouvez donc m'expliquer son intervention normale dans les rapports universels.

Le Prêtre. Il faut, ma fille, y distinguer deux classes, suivant qu'ils concernent des populations positivistes, ou des peuples encore étrangers à la vraie religion.

Le premier cas n'exige réellement qu'une simple extension des considérations précédentes; en sorte qu'il peut être promptement apprécié. Même l'influence sacerdotale y devient à la fois plus facile et plus décisive. Car, après la prochaine décomposition des États actuels, la grande République Occidentale se trouvera partagée en soixante républiques indépendantes, qui n'auront de vraiment commun que leur régime spirituel. Il n'y surgira jamais d'autorité temporelle susceptible de commander partout, comme le vain empereur du moy0n

âge, qui 'n'y fut, envers le système catholique, qu'un débris perturbateur, empiriquement émané de Tordre romain. Toutes les opérations collectives, d*ailleur9 purement temporaires, y seront toujours conduites d'après le concert passager des triumvirats correspond di^ts. Quant aux institutions pratiques qui doivent devenir vraiment universelles, leur destination même les réserve constamment au sacerdoce, seul capable de les faire partout prévaloir librement, malgré les rivalités nationales. Les gouvernements spéciaux n'y doivent in-^ tervenir que pour en faciliter la fondation, d'après les dépenses convenables. C'est par là seulement que les monnaies, les mesures, etc., peuvent acquérir, promptement et paisiblement, une véritable universalité.

Ainsi, les soixante républiques de l'Occident régé^ néré ne se trouveront habituellement liées que d'après une même éducation, des mœurs uniformes, et des fêtes communes. En un mot, leur union sera religieuse, et non politique; sauf les relations historiques résultées des agrégations antérieures, et bientôt effacées sous les nouveaux rapprochements, quand elles ne reposeront pas sur la communauté du langage. Le Grand-Prêtre de l'Humanité constituera, mieux qu'aucun pape du moyen âge, le seul chef vraiment occidental. Il pourm donc, au besoin, concentrer toute l'action sacerdotale afin de réprimer chaque triumvirat tyrannîque, en invoquant d'ailleurs les chevaliers voisins, et même la paisible médiation des gouvernements impartiaux. Si les luttes industrielles deviennent pourtant inévitables, sa digne sanction pourra procurer aux coalitions ou-

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vrières une extension décisive,en y faisant participer tous les collaborateurs occidentaux, même en dehors de la profession compromise. Mais, réciproquement, quand le sacerdoce blâmera la conduite des travailleurs, ou seulement refusera de l'approuver, les entrepreneurs surmonteront aisément toutes les réclamations vicieuse.

La Femme. Nous n'avons plus, mon père, qu'à déterminer les relations systématiques de la population positiviste avec les nations qui n'ont point encore embrassé la religion universelle.

Le Prêtre. D'après l'intime connexilé résultée de rinitialion catholico-féodale, succédant partout à l'incorporation romaine, vous concevez, ma fille, que la foi nouvelle prévaudra simultanément dans l'ensemble de: FOccident européen, y compris ses divers appendices coloniaux, surtout américains. Les convergences dues à l'user positif, scientifique, esthétique et technique l'emportent, à beaucoup d'égards, sur les divergences provenues de la rupture du lien catholique, et même d'une vicieuse nationalité. Mais cette vaste république spirituelle ne comprend guère que le cinquième de toute la population humaine. H importe donc d'apprécier, en général, comment l'Occident régénéré devra graduellement réunir à sa foi les habitants quelconques de notre planète.

Quand la réorganisation occidentale se trouvera suffisamment assurée, ce digne prosélytisme extérieur deviendra la principale occupation collective du sacerdoce positif. Malgré les prétentions temporelles, son privilège exclusif ne saurait être contestable envers une telle

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