PREMIÈRE PARTIE
signe familier indiquera bientôt cette distinction envers la majeure partie du culte privé. Car le positiviste ferme les yeux pendant ses eifusions secrètes, aOn de mieux voir l'image intérieure; tandis que le théologlste les ouvrait pour apercevoir au dehors un objet chimérique.
La Femmb. Quoique cet éclaircissement décisif dissipe déjà mes précédentes inquiétudes, je persiste, mon père, à regarder l'institution de la vie subjective comme la principale difllculté du culte positif. Seulement, la nouvelle subjectivité me semble maintenant pouvoir toujours se concilier assez avec la profonde réalité qui distingue notre foi. Mais cette concordance me parait devoir exiger sans cesse des efforts spéciaux.
Le Prêtre. Vous avez saisi convenablement, ma fille, la condition essentielle que je dois ici remplir. Car le meilleur contraste entre le culte et le régime consiste surtout à leur assigner pour domaines respectifs la vie subjective et la vie objective. Quoique chacun d'eux se rapporte simultanément a toutes deux, la première domine évidemment envers le culte, et la seconde envers le régime. Rien n'est plus propre à caractériser la dignité supérieure du culte comparé au régime; d'après la prépondérance nécessaire de la subjectivité sur l'objectivité dans l'ensemble de l'existence humaine, même individuelle, et surtout collective.
La Femme. Cette sanction systématique de mon inspiration spontanée me conduit, mon père, à vous demander maintenant en quoi consiste la vraie théorie de la vie subjective. Quoiqu'une telle doctrine ne puisse
être ici qu'ébauchée, son principe fondamental m'y semble directement indispensable. Aucun positiviste ne peut, à cet égard, se passer d'une explication générale, dont son culte, public ou privé, exigera l'usage presque journalier, afin d'y prévenir toute dégénération mystique ou empirique.
Le Prêtre. Pour satisfaire votre juste désir, concevez, ma fille, la loi fondamentale de la vie subjective comme consistant toujours dans sa digne subordination à la vie objective. Le dehors ne cesse jamais de régler essentiellement le dedans, tandis qu'il l'alimente et l'excite ; aussi bien quant à notre vie cérébrale qu'envers notre vie corporelle. Nos conceptions les plus fantastiques portent toujours l'empreinte appréciable de cet empire involontaire, quoiqu'il y devienne moins pur, et même moins complet, à mesure qu'il est plus indirect. Tout cela résulte nécessairement du principe irrécusable que je vous exposerai en expliquant le dogme, et que j'ai donné pour base à l'ensemble de notre théorie intellectuelle, tant dynamique que statique, ainsi rattachée au système fondamental des notions biologiques.
L'ordre artificiel ne pouvant jamais consister qu'à perfectionner l'ordre naturel, surtout en le développant, on sent ici, comme partout ailleurs, et même davantage, que notre vraie liberté résulte essentiellement d'une digne soumission. Mais, pour étendre convenablement à la vie subjective cette règle générale de la vie objective, il faut d'abord examiner, sous ce nouvel aspect, la constitution naturelle de Tordre universel.