‹ Catéchisme positiviste: ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 15 sur 136 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Car toutes les lois qui le composent sont loin de convenir également à la vie subjective. Afin de mieux fixer vos idées, je ne spécifierai que le cas le plus simple, et aussi le plus usuel, quand on applique le culte subjectif à faire dignement revivre un être chéri. Sans cette détermination précise, où le cœur seconde Tesprit, on s'égarerait aisément dans l'étude d'un tel domaine. Hais toutes les notions, ainsi construites envers le culte le plus intime et le mieux appréciable, pourront aisément s*étendre, avec les modifications convenables, aux autres cas sociolatriques.

La Femme. Je vous remercie, mon père, d'un tel ménagement, que je sens indispensable pour moi. Cette doctrine est aussi neuve que difficile, puisque ce doux problème ne put pas môme être posé, tant que prévalurent les croyances surnaturelles, qui nous interdisaient de nous représenter nos morts autrement que dans une situation mystérieuse, et communément indéterminée. Un tel état ne leur permettait aucune analogie essentielle avec nous. Quand nos inquiétudes envers leur sort final auraient été dissipées, on ne pouvait jamais instituer pour eux une vie subjective qui rendait chacun sacrilège en détournant vers la créature TalTection due au Créateur. Mais, si cette touchante question est nécessairement propre au positivisme, sa solution générale ne lui appartient pas moins, comme ayant seul dévoilé les vraies lois de notre intelligence, que vous m'avez déjà fait entrevoir. Je conçois donc à la fois Tinstitution générale du culte subjectif et son fondement normal, qui convertit cette existence idéale

en un simple prolongement de l'existence réelle. Mais je vous prie de m'expliquer directement les modifications que comporte une telle extension.

Le Prêtre. Elles consistent, ma fille, à supprimer, ou du moins négliger, toutes les lois inférieures, pour laisser mieux prévaloir les lois supérieures. Pendant la vie objective, la domination de Tordre extérieur sur Tordre humain est autant directe que continue. Mais dans la vie subjective, Tordre extérieur devient purement passif, et ne prévaut plus que d'une manière in> directe, comme première source des images que nous voulons cultiver. Nos morts chéris ne sont plus dominés par les lois rigoureuses de Tordre matériel, ni même de Tordre vital. Au contraire, les lois propres à Tordre humain, surtout moral, mais aussi social, régissent, mieux que pendant la vie, Texistence que chacun d'eux conserve dans nos cerveaux. Celte existence, dès lors purement intellectuelle et affective, consiste essentiellement en images, qui raniment a la fois les sentiments qu'inspire Tètre ravi et les pensées qu'il suscita. L'objet du culte subjectif se réduit donc à une sorte d'évocation intérieure, résultée graduellement d'un exercice cérébral dirigé suivant les lois correspondantes. L'image reste toujours moins nette et moins vive que l'objet, d'après la loi fondamentale de notre intelligence. Mais, puisque l'inverse a souvent lieu dans les maladies cérébrales, une heureuse culture peut rapprocher Tétat normal de cette limite nécessaire, fort au delà de ce que Ton a dû croire jusqu'ici, tant que ce beau domaine resta vague et ténébreux.

Page 1