TROISIÈME PARTIE
plis, au moyen âge, sous l'impulsion catholique, il les préserva, depuis, de la transition anarchique qui nous tourmenta pendant les cinq derniers siècles, et d'où résultent aujourd'hui tant d'obstacles. Grâces à leur régime , les musulmans sont essentiellement exempts de métaphysiciens et même de légistes. Le positivisme, en les détournant d'une désastreuse imitation, leur fera sagement apprécier cet avantage capital, qui peut beaucoup seconder leur régénération finale.
La Femme. Je comprends, mon père, une telle relation, dont le principe m'avait échappé, faute de connaître assez votre théorie historique. Mais envers les polythéistes, qui forment presque la moitié de la population humaine, je serais bien surprise que notre foi comportât immédiatement une équivalente efficacité, puisque la distance s'y trouve trop grande.
Le Prêtre. Au contraire, ma fille, nous pouvons devenir beaucoup plus utiles aux polythéistes qu'aux monothéistes, en leur épargnant une transition plus longue et plus difficile. Leur essor spontané les ferait peut-être passer d'abord par un monothéisme quelconque ; quoiqu'ils y soient peu disposés en remarquant le discrédit total qu'il subit, depuis un siècle au moins, en Occident et même en Orient. Mais la religion positive les dispensera de cette marche empirique, en instituant spécialement leur transition di-
rccte ù la foi finale de l'hoinme. Le monoihcisnie n'est vraiment nécessaire que dans l'évolution originale. Beaucoup de nos adolescents le franchiront spontanément pendant leur noviciat encyclopédique. A plus forte raison, le zèle systématique du sacerdoce occidental peut-il en préserver les polythéistes actuels, dont les principaux dogmes sont transformables en notions positives, couvertes seulement d'une sorte denlumiuure divine, qui se dissiperait bientôt.
La Femme. Quant aux fétichistes, d'ailleurs peu nombreux, leur état me semble, mon père, tellement éloigné du nôtre, que je ne conçois pas la possibilité de les amener rapidement au niveau final de l'Occident.
Le Prêtre. Malgré leur petit nombre, ma fille, ils occupent, au milieu de l'Afrique, une vaste région complètement inaccessible encore à notre civilisation, qui n'y pourra pénétrer que sous l'impulsion prolongée du sacerdoce positif. Nos dignes missiciînaii'es y trouveront le cas le plus propre à stimuler les efforts théoriques et le zèle pratique, en se proposant d'étendre directement la roligion universelle chez ces populations naïves, sans leur imposer aucune transition monothéique, ni même polythéique. La possibilité d'un tel succès résulte de la profonde affinité du positivisme avec le fétichisme, qui n'en