PREMIÈRE PARTIE
lollice systématique du sacerdoce. Or, celte discipline intellectuelle est aujourd'hui tellement contraire aux habitudes émanées de l'anarchie moderne, quelle ne saurait jamais prévaloir si le public des deux sexes ne l'impose point à ceux cfui prétendent diriger ses opinions. Cette condition sociale rendra toujours prérieuse la propagation générale de l'instruction religieuse, ou tre sa destination propre pour guider chaque existence, individuelle ou collective. Mais un tel service acquiert maintenant une importance capitale,. alin de mettre un terme décisif à l'anarchie occidentale, principalement caractérisée par la révolte intellectuelle. Si ce catéchisme pouvait convaincre les lemmes et les prolétaires que leurs prétendus guides spirituels sont radicalement incompétents envers les hautes élaborations qu'on leur confie aveuglément, il contribuerait beaucoup h pacifier l'Occident. Or, cette conviction unanime ne peut résulter aujourd'hui que d'une suffisante appréciation du dogme final, propre ;i rendre incontestables les conditions générales de sa culture systématique.
Quant aux dilïlcultés que vous redoutez maintenant dans cette étude indispensable, vous faites trop peu de cas, pour les surmonter, de vos excellentes dispositions morales. Aucune académie actuelle n'hésiterait à proclamer doctoralement que l'esprit pense toujours romine si le cœur n'existait pas:' Mais les femmes et
les prolétaires n'ont jamais méconnu l'inlime réaction du sentiment sur rintelligence, expliquée enfin par la philosophie positive. Votre sexe surtout, dont le doux office involontaire nous transmit, autant que possible, les admirables mœurs du moyen âge à travers l' anarchie moderne, juge journellement rhérésie métaphysique qui sépare ces deux grands attributs. Puisque, suivant la belle maxime de Vauvenargues, le cœur est nécessaire aux principales inspirations de l'esprit, il doit aussi servir à comprendre leurs résultats. Celte puissante assistance convient surtout aux conceptions morales et sociales, envers lesquelles l'instinct sympathique peut mieux seconder l'esprit synthétique, dont les plus grands efforts ne sauraient , sans un tel secours, surmonter leurs dilTicultés. Mais elle peut aussi s'appliquer aux théories inférieures , d'après la connexité nécessaire de toutes nos spéculations réelles.
Des deux conditions fondamentales de la religion, amour et foi, la première doit certainement prévaloir. Car, quoique la foi soit très-propre à consolider l'amour, l'action inverse est plus puissante comme plus directe. ?^on-seulement le sentiment préside aux inspirations spontanées qu'exige d'abord toute élaboboralion systématique : mais il consacre et seconde celle-ci, quand il en a reconnu l'importance. Aucune femme expérimentée n'ignore l'insuffisance trop fréquente des meilleures affections qui ne sont point
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ussistées de convictions inébranlables. Ce mot t'o;iya«/îcre suffirait, d'après son origine, pour rappeler l'aptitude des croyances profondes à consolider le dedans en le liant au dehors.
L'insuffisance théorique qui vous effraye ici repose enfin sur la confusion ordinaire entre l'instruction et l'intelligence. Votre admiration familière pour l'incomparable Molière ne vous a point préservée, à cet égard, de l'erreur vulgaire, soigneusement entretenue par nos Trissotins de toutes robes. On devrait pourtant rougir d'être aujourd'hui moins avancé qu'au moyen âge, où tous savaient apprécier le profonj^ >-^ méri^ intellectuel de personnages fort illettrés, N'avez-vous pas quelquefois trouvé, chez de tels esprits, plus de véritable aptitude que chez la plupart des docteurs? Aujourd'hui plus que jamais, l'instruction n'est vraiment indispensable que pour construire et développer la science, dont l'ensemble doit toujours être institué de manière à devenir directement accessible à toutes les saines intelligences. Sans cela, nos meilleures doctrines dégénéreraient bientôt en mystifications dangereuses : cette déviation propre aux théoriciens quelconques ne peut s'y contenir assez que d'après une digne surveillance du public des deux sexes.
La Femme. Encouragée par votre préambule , je vous prie, mon père, de commencer l'exposition sys-
lémalique du dogme positif par une explication plus directe et plus complète de son principe universel, .(ai déjà compris que votre conception du vrai Granci- Ktre résume nécessairement l'ensemble de l'ordn' réel, non-seulement humain, mais aussi extérieur. C'est pourquoi j'éprouve le besoin d'une détermination plus nette et plus précise envers cette unité fondamentale du positivisme.
Le Préire. Pour y parvenir, vous devez, ma fille , définir d'abord l'Humanité comme Vensemhle des êtres humains, passés, futurs, et présents. Ce mot ensemble >^. vous indique assez qu'il n'y faut pas comprendre tous les hommes, mais ceux-là seuls qui sontréellementas- '^ similables, d'après une vraie coopération îi l'existence commune. Quoique tous naissent nécessairement entants de l'Humanité, tous ne deviennent pas ses serviteurs, et beaucoup restent à l'état parasite qui ne lut excusable que pendant leur éducation. Les temps auarchiques font surtout pulluler, et trop souvent ileurir, ces tristes fardeaux du véritable Grand-Être. Plus d'un vous a rappelé l'énergique flétrissure d'Arioste après Horace :
Venuto al mondo sol per far letame; ■ ~ '
(U. mieux encore, l'admirable réprobation de Dante:
Che visser senza infamîa e senza lodo.