‹ Catéchisme positiviste, ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 28 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Cacciarli i ciel per non esser men belli , . Ne lo profonde inferno li riceve, Cb' alcuna gloria i vei avrebber d'elli.

Non ragioniam di lor, ma guarda e passa.

Vous voyez ainsi que , à cet égard comme h tout autre , l'inspiration poétique devança beaucoup la systématisation plulosopliique. Quoi qu'il en soit , si ces producteurs de fumier ne font vraiment point partie de l'Humanité, une juste compensation vous prescrit de joindre au nouvel Être-Suprême tous ses dignes auxiliaires animaux. Toute utile coopération liabituelle aux destinées humaines, quand elle s'exerce volontairement, érige l'être correspondant en élément réel de cette existence composée , avec un degré d'importance proportionné h la dignité de l'espèce et à l'efficacité de l'individu. Pour apprécier cet indispensable complément, nous n'avons qu'à supposer qu'il nous manque. On n'hésite point alors i\ re-1 '5 /-/ît/' garder tels chevaux , chiens , bœufs , etc. , commel plus estimables que certains homîiies. i

Dans cette première conception du concours humain , l'attention concerne naturellement la solidarité . Je préférence à la continuité. Mais, quoique celle-ci soit d'abord moins sentie , parce qu'elle exige un examen plus profond , sa notion doit finalement prévaloir. Car. l'essor social ne tarde guère

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i\ dépendre davantage du temps que de l'espace. Ce n'est pas seulement aujourd'hui que chaque homme, en s'efTorçant d'apprécier ce qu'il doit aux autres, reconnaît une participation beaucoup plus grande chez l'ensemble de ses prédécesseurs que chez celui de ses contemporains. Lne telle supériorité se manifeste, à de moindres degrés., aux époques les plus lointaines; comme l'indique le culte touchant qu'on y rendit toujours aux morts, suivant la belle remarque de Vico.

Ainsi , la vraie sociabilité consiste davantage dans la continuité successive que dans la solidarité actuelle. Les vivants sont toujours, et de plus en plus, gouvernés nécessairement par les morts : telle est la loi fondamentale de l'ordre humain.

Pour la mieux concevoir, il faut distinguer, chez chaque vrai serviteur de l'Humanité, deux existences successives : l'une, temporaire mais directe, constitue la vie proprement dite ; l'autre , indirecte mais permanente , ne commence qu'après la mort. La première étant toujours corporelle, elle peut être qualifiée d'objective ; surtout par contraste envers la seconde , qui , ne laissant subsister chacun que dans le cœur et l'esprit d'autrui, mérite le nom de subjective. Telle est la noble immortalité , nécessairement immatérielle, que le positivisme reconnaît à notre âme, en conservant ce terme précieux pour désigner l'en-

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semble des fonctions intellectuelles et morales, sans aucune allusion à l'entité correspondante.

D'après cette haute notion, la vraie population humaine se compose donc de deux masses toujours indispensables, dont la proportion varie sans cesse , en tendant à faire davantage prévaloir les morts sur les vivants dans chaque opération réelle. Si l'action et le résultat dépendent surtout de l'élément objectif , l'impulsion et la règle émanent principalement de l'élément subjectif. Libéralement dotés par nos, prédécesseurs, nous transmettons gratuitement à nosj ^ y ) ^^if^ successeurs l'ensemble^^du domaine humain, avecj '. ^,,/^l une extension de plus en plus faible en proportion' /?< ■ '

de ce que nous reçûmes. Cette gratuité nécessaire trouve sa digne récompense dans l'incorporation subjective qui nous permettra de perpétuer nos servives en les transformant.

Quoiqu'une telle théorie semble constituer aujourd'hui le dernier elTort systématique de l'esprit humain, les plus lointaines évolutions en offrent toujours le germe spontané, déjà senti chez les plus an • ciens poètes. La moindre peuplade, et même chaque famille un peu considérable , se regarde bientôt comme la souche essentielle de cette existence composée et progressive qui ne comporte, dans l'espace et dans le temps, d'autres limites nécessaires que celles de l'état normal propre à sa planète. Quoi-

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que le Grantl-Être ne soit pas encore assez formô . les plus intimes collisions ne cachèrent jamais son évolution graduelle, qui, systtMnaliquement appréciée , fournit aujourd'hui la seule base possible de notre unité finale. 31ème sous l'égoïsme chrétien , qui dictait au dur Saint-Pierre la maxime caractéristique : Regardons-nous sur la teri'e comme des étrangers ou des exilés, on voit déjà l'admirable Saint-Paul devancer, par le sentiment, la conception de l'Humanité, dans cette image touchante mais contradictoire : Nous sommes tous les membres les uns des autres. Le principe positiviste devait seul révéler le tronc unique auquel appartiennent nécessairement tous ces membres spontanément confus.

La Femme. Je ne puis m'empècher, mon père , d'admettre cette conception fondamentale, quelques difficultés qu'elle m'offre encore. Mais je meffra'ye de ma nullité personnelle envers une telle existence, dont limmensité m'efface davantage que ne le fit jadis la majesté d'un Dieu avec lequel, quoique chétive , je me sentais une relation propre et directe. Après m'avoir dominée par la prépondérance croissante du nouvel Être-Suprême, j'ai donc besoin que vous ranimiez en moi le juste sentiment de mon individualité.

Le Prêtre. Cela va résulter, ma fille, d'une appréciation plus complète du dogme positif. Il suffit

PREMIEUE PARTI!. cr>

de reconnaître que, quoique l'ensemble de l'Humanité constitue toujours le principal moteur de nos opérations quelconques , physiques , intellectuelles . ou morales , le Grand-Être ne peut jamais agir qup par des organes individuels. C'est pourquoi la population objective , malgré sa subordination croissante envers la population subjective, reste nécessairement indispensable à toute influence de celle-ci. Mais, en décomposant cette participation collective, on la voit finalement résulter d'un libre concours entre des efforts purement personnels. Voilà ce qui doit relever chaque digne individualité en présence du nouvel Être-Suprême davantage qu'envers l'ancien. En effet, celui-ci n'avait réellement aucun besoin de nos services quelconques , sinon pour de vains éloges , dont la puérile avidité devait même le dégrader à nos yeux. Rappelez-vous ce vers décisil' de V Imitation ••

Je te suis nécessaire, et tu m'es inutile.

Peu d'hommes , sans doute , sont autorisés à se regarder comme réellement indispensables à l'Humanité : cela ne convient qu'aux vrais promoteurs de nos principaux progrès. Mais toute digne existence humaine peut et doit sentir habituellement l'utilité de sa coopération personnelle à cette immense évolution, qui cesserait néces-^airement aussi-

tôt que tous ses niinimes éléments objectifs auraient à la fois disparu. Le développement , et même la conservation, du Grand-Être, restent donc subordonnés toujours aux libres services de ses divers enfants, quoique l'inaction de chacun d'eux soit ordinairement susceplilde d'une sutTisante compensation.

La Femme. Cette explication complémentaire ayant assez dissipé mes premiers embarras, je vous prie, mon père, de m'exposer maintenant la coordination systématique de l'ensemble du dogme positif autour d'une telle unité.

Le Prêtre. Vous devez , pour cela , renoncer d'abord , ma fille , à toute prétention d'unité ab- ' solue, extérieure, en un mot objective; ce qui vous sera plus facile qu à nos docteurs Un tel vœu, compatible avec la recherche des causes , devient contradictoire à l'étude des lois, c'est-à-dire des relations constantes saisies au milieu d'une immense diversité. Celles ci ne comportent qu'une unité purement relative, humaine, en un mot subjective. En effet, les lois sont nécessairement multiples, d'après l'impossibilité notoire de faire jamais rentrer l'un dans l'autre les deux éléments généraux de toutes nos conceptions réelles, le monde et l'homme. 3Iême quand on parviendrait à condenser chacune de ces deux grandes études autour d'une seule loi

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