‹ Catéchisme positiviste, ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 32 sur 115 · PREMIERE PARTIE. U · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. U

naturelle de l'homme au monde, pour que notre cerveau devienne le fidèle miroir de l'ordre extérieur, dont les résultats futurs peuvent dès lors être prévus d'après nos opérations intérieures. Mais cette représentation ne comporte ni n'exige une exactitude absolue. Son degré d'approximation se trouve réglé par nos besoins pratiques, qui mesurent la précision convenable à nos prévisions théoriques. Cette limite nécessaire laisse ordinairement à notre intelligence une certaine liberté spéculative, dont elle doit user pour mieux satisfaire ses propres inclinations, soit scientifiques, soit même esthétiques, en rendant nos conceptions plus régulières, et même plus belles, sans être moins vraies. Tel est, menta-f lement, le positivisme, qui, poursuivant toujours l'étude des lois, chemine sans cesse^ntre deux voies également dangereuses , le mystiçisiiie ciui veut nénétrer jusqu'aux causes, et l'empirisme^jjjii. .se borne, aux faits.

La Femme. Cette lliéorio statique de notre intelligence me semble laisser, mon père, une grave lacune, en ce qu'elle paraît concerner seulement l'état de raison proprement dit, sans pouvoir s'étendre jusquà la folie, qu'elle devrait pourtant expliquer aussi. La vie réelle offre journellement tant de nuances intermédiaires entre ces deux situations mentales que tous ces cas doivent suivre les mêmes lois essentielles,

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avec de simples différences de degré , comme envers nos fonctions corporelles.

Le Prêtre. 11 vous suffira, ma fille, de considérer plus attentivement la doctrine précédente pour reconnaître qu'elle contient, en effet, la vraie théorie de la folie et de l'idiotisme. Ces deux états opposés constituent les deux extrêmes de la proportion normale que l'état de raison exige entre les impulsions objectives et les inspirations subjectives. L'idiotisme consiste dans l'excès d'objectivité , quand notre cerveau devient trop passif ; et la folie proprement dite dans l'excès de subjectivité, d'après l'activité démesurée de cet appareil. Mais le degré moyen, qui 1 constitue la raison, suit lui-même les variations régulières qu'éprouve toute l'existence humaine, tant sociale que personnelle. L'appréciation de la folie devient ainsi d'autant plus délicate qu'il y faut avoir é^ard aux temps et aux lieux, en général aux situations, comme le fait si bien sentir l'admirable composition du grand Cervantes. C'est le cas où l'on saisit le mieux combien l'étude statique de l'intelligence demeure insulîisante sans son complément dynamique.

La Femme. D'après cette réflexion frappante , je voudrais, mon père, si vous le jugez convenable, commencer déjà celte appréciation complémentaire, qui peut seule permettre à mes propres méditations

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de concevoir enfin l'onsenible de ce grand speclacle. Les variations quelconques des opinions liumaines ne sauraient jamais devenir purement arbitraires, quoique je ne puisse démêler aucunement leur marche générale.

Le Prêtre. Elle consiste , ma fille , dans le passage nécessaire de toute conception théorique par trois états successifs : le premier, théologique, ou fictif; le second, métaphysique, ou abstrait ; le troisième, positif, ou réel. Le premier est toujours provisoire, le second purement transitoire , et le troisième seul définitif. Ce dernier diffère surtout des deux autres par sa substitution caractéristique du relatif à l'absolu, quand l'étude des lois remplace enfin la recherche des causes. Entre les deux premiers , il n'existe, au fond, d'autre différence théorique que la réduction des divinités primitives à de simples entités. 31ais une telle transformation enlevant aux fictions surnaturelles toute forte consistance, surtout sociale, et même mentale, la métaphysique reste toujours un pur dissolvant de la théologie , sans pouvoir jamais organiser son propre domaine. Aussi cette doctrine de révolte et de modification ne comporte t-elle, dans notre évolution originale, individuelle ou collective, aucune autre efficacité que de permettre la transition graduelle du théologisme au V.Qsilivisme. Elle s'adapte d'autant mieux à cet olBce

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passager que ses conccplions équivoques peuvent alternativement devenir, ou des représentations abstraites des agents surnaturels, ou des qualifications générales des phénomènes correspondants, suivant qu'on est plus près de l'état fictif ou de l'état réel.

La Femme. Quoique cette loi dynamique se trouve assez confirmée déjà par ma propre expérience, je désire, mon père, saisir, autant que possible, le principe intellectuel d'une telle évolution.

Le Prêtre. Il résulte, ma fille, de la loi statique qui nous force à tirer de nous-mêmes les liens subjectifs de nos impressions objectives, lesquelles, sans cela, resteraient toujours incohérentes. Les vraies relations ne pouvant jamais être aperçues que d'après une analyse difficile et graduelle , que je vais vous expliquer, nos premières hypothèses furent purement spontanées, et dès lors fictives. Mais, cette disposition générale , qui constituerait maintenant un excès de subjectivité , se trouvait d'abord conforme à noire situation mentale, où l'évolution ne pouvait surgir que d'une telle initiative. Une longue épreuve, encore insuffisante aujourd'hui pour les esprits arriérés, devait seule nous dévoiler l'inanité nécessaire de la recherche des causes. Or, ce vain problême nous présenta longtemps un attrait invincible, à la fois théorique et pratique, en nous promettant de procéder toujours par déduction sans exiger aucune in-

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iluctiou spéciale, et de modifier le luoude à notre gré. Ainsi, le double molif qui poussa les penseurs primitifs coïncide essentiellement avec celui qui dirigera toujours nos efforts intellectuels. Il en est de même, au fond, pour le principe logique de ce régime initial. Car. toute la saine logique est réductible à cette seule règle : former toujours la plus simple hypothèse compatible avec l'ensemble des renseignements obtenus. Or, les penseurs théologistes, et même fétichistes, l'appliquèrent mieux que la plupart des docteurs modernes. Se proposant de pénétrer les causes, ils se bornèrent à expliquer le monde par l'homme, seule source possible de toute unité théorique, en attribuant tous les phénomènes à des volontés surhumaines, d'ailleurs intérieures ou extérieures. Un tel problème ne comporte, par sa nature, aucune autre solution, très-supérieure aux ténébreuses fictions de nos athées ou panthéistes , dont l'état mental touche davantage à la folie que la naïve situation des vrais fétichistes. Cette supériorité se manifeste surtout d'après les résultats respectifs. Tandis que l'ontologie germanique rétrograde aujourd'hui vers sa source grecque , sans inspirer aucune pensée réelle et durable, la théologie primitive ouvrit il l'esprit humain la seule issue que comportât notre situation initiale. Quoiqu'elle ne pût jamais nous conduire à la détermination des causes.

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la liaison provisoire qu'elle établit entre les faits nous amena spontanément à la découverte des lois.

D'abord jugée purement secondaire, cette dernière étude tendit bientôt à devenir principale, sous l'impulsion pratique qui la représentait comme mieux adaptée aux prévisions qu'exige notre activité. Au fond, les bons esprits n'ont jamais cherché la cause qu'autant qu'ils ne pouvaient trouver la loi ; et leur conduite reste alors irréprochable, comme plus propre qu'aucune torpeur théorique à préparer cette acquisition finale. Notre intelligence éprouve même une telle prédilection pour les conceptions positives., surtout d'après leur supériorité pratique, qu'elle s'efforça souvent de les substituer aux fictions théologiques longtemps avant que les préparations convenables fussent assez accomplies. La fin de l'évolution mentale est donc encore moins douteuse que son début.

La Femme. Cette explication de votre Loi des trois états me laisse , mon père , beaucoup de nuages , envers les cas fréquents où l'esprit humain me semble à la fois théologique, métaphysique, et positif, suivant les questions dont il s'occupe. Si cette coexistence restait inexpliquée, elle compromettrait directement votre règle dynamique , qui pourtant me paraît incontestable. Délivrez-moi, je vous prie, dune telle perplexité.

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Le Prêtre. Elle disparaîtra, ma fille, quand vous remarquerez l'ordre constant qui préside à la marche simultanée de nos diverses conceptions théoriques , suivant la généralité décroissante et la complication croissante des phénomènes correspondants. De là résulte une loi complémentaire, sans laquelle l'étude dynamique de l'entendement humain resterait obscure, et même presque inapplicable. Vous comprenez aisément que, des phénomènes plus généraux étant nécessairement plus simples, les spéculations correspondantes doivent être plus faciles et présentent dès lors un essor plus rapide, (^etle gradation . qui se vérifie même envers les diverses phases théoiogiques, convient surtout à l'état positif, d'après les laborieuses préparations qu'il exige. Voilà comment certaines théories restent métaphysiques, tandis que d'autres plus simples sont déjà devenues positives, quoique de plus compUquées demeurent encore théologiques. Mais jamais on n'observe l'inverse; ce qui suffit pour dissiper pleinement l'objection tirée de cette diversité simultanée.

L'ordre naturel que je viens de vous indiquer entr ■ nos diflférentes conceptions, et d'où je vais tirer li véritable échelle encyclopédique, permet seul de comprendre assez leur marche générale. II fonde la logique positive , en dévoilant suivant quel enchaînement nos diverses études théoriques doivent se suc

céder pour aboutir :i des constructions durables. Quoique chaque classe de phénomènes ait toujours SOS lois propres, qui supposent di'S inductions spéciales, celles-ci ne sauraieiit presque jamais devenir efficaces sans les déductions fournies par la connaissance préalable des lois plus simples. Cette subordination subjective résulte de la dépendance objective des phénomènes moins généraux envers tous ceux qui le sont davantage. Ainsi l'ordre continu de nos études, s'élevant toujours du monde à 1 homme, n'est pas seulement motivé d'après la préparation logique que comportent mieux les spéculations plus simples; il repose aussi sur la dépendance scientifique des théories supérieures envers les inférieures . d'après la subordination des phénomènes respectifs.

Ln Femme. Vous m'avez, mon père, assez expliqué maintenant les lois intellectuelles, tant dynamiques que statiques; mais je n'en vois pas encore émaner la construction fondamentale que j'en attendais d'abord envers l'ensemble du dogme positii'. J'ai donc besoin de comprendre directement comment le principe universel de IHumanité peut eiilin instituer, d'après ces lois, une véritable aité spéculative, en liant les lois morales aux lois physiques.

Le Préire. Ce juste vœu sera satisfait, ma lille. en considérant sous un nouvel aspect général la loi

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