‹ Catéchisme positiviste, ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 33 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

complémentaire que je viens d'assigner au mouvement intellectuel Ainsi conçue , elle est surtout subjective, comme devait l'être celle qu'elle assiste. Mais vous savez aussi que ce classement comporte directement une signification objective , en réglant la dépendance générale des divers phénomènes. Dans cette nouvelle appréciation, sa destination devient surtout statique , pour caractériser, non la coexistence de nos différents progrès théoriques, mais l'ordre fondamental qui domine l'ensemble des événements quel: onques. La loi de classement se trouve pleinement distincte alors de la loi de filiation, quoique leur intime connexité explique assez la simultanéité de leur découverte.

Avant de vous exposer cette grande hiérarchie théorique, je dois assez circonscrire son champ général. Cela résulte, au fond, de la vraie distinction philosophique entre la spéculation et l'action. Tandis que la pratique reste nécessairement spéciale , la véritable théorie est toujours générale. Mais sa généralité caractéristique ne s'acquiert jamais qu'à l'aide d'une abstraction préalable , qui altère plus ou moins la réalité de ses conceptions. Quels que soient les dangers pratiques d'une telle altération, il faut s'y résignerpour obtenir la cohérence qu« peut seule procurer une entière universalité des lois théoriques. La sagesse vulgaire proclame justement que toute règle

(jompoile des exceptions. Pourtant, notre intelligence a partout besoin de trouver enfin des règles qui ne soient jamais en défaut, afin d'éviter une fluctualion indéfinie.

On ne peut y parvenir qu'en décoiiiposant, autant que possi])le, l'étude des êtres, seule directe ordinairement, da s celles des divers événements généraux qui composent l'existence de chacun d'eux. Nous obtenons ainsi des lois abstraites dont les différentes combinaisons expliquent ensuite chaque économie concrète. Quoique très multipliées en elles-mêmes, ces lois irréductibles , sur lesquelles repose toute notre sagesse théorique, sont beaucoup moins nombreuses que les règles particulières qu'elles dominent. Ces dernières, outre leur nombre, résisteront toujours , en vertu de leur complication naturelle, h nos meilleurs efforts, tant inductifs que déductifs. Mais aussi leur connaissance nous serait essentiellement inutile, sauf les rares influences qui réellement affectent nos destinées. Pour ces cas exceptionnels, le génie pratique, devenu seul compétent, peut toujours trouver des règles empiriques qui suffisent k notre conduite, en s' aidant avec sagesse des indications générales émanées du génie théorique. Car la régularité des évéuemeuts composés, quoique moins appréciable que celle de leurs éléments généraux, en résulte nécessairement, de manière à pouvoir se manifester

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(! après ime observation spéciale assez prolongée.

Nous no connaîtrons jamais, par exemple, les lois génér.iles des variations propres à la constitution normale de l'atmosphère terrestre. Toutefois les navigateurs et les agriculteurs savent tirer, de leurs observations locales ou temporaires, des règles particulières qui, quoique empiriques, nous dispensent essentiellement de la prétendue météorologie. Il en est ainsi pour toutes les autres études concrètes, géologiques, zoologiques, et même sociologiques. Tout ce que le génie pratique n'y peut réellement aborder demeurera toujours oiseux. La véritable science reste donc nécessairement abstraite. Ses lois générales envers les catégories peu nombreuses qui comprennent tous les phénomènes observables suffisent pour démontrer toujours l'existence des lois concrètes, quoique la plupart de celles-ci ne puissent ni ne doivent être jamais connues, sauf les cas pratiques.

La Femme. J'entrevois, mon père, la profonde simplification que doit éprouver votre construction philosophique d'après cette analyse fondamentale qui ramène l'étude des êtres à celles des événements. Mais Je suis etfrayée de l'abstraction habitueUe qu'exige un tel régime scientifique, quoique je sois heureusement dispensée d'y participer. Son institution me paraît même au-dessus de nos forces intellectuelles, si tous les ordres de phénomènes doivent être directement

5^1 r.ATKrnisMi; positivisti:.

«'•tudiés chez k' Ginnd Être qui seul nous en offre l'ensemble.

Le Prêtre. Pour vous rassurer, ma fille, il suffit de considérer sous un nouvel aspect le principe général (le la hiérarchie abstraite. Quoiqu'il n'institue directement que la subordination des événements, il doit aussi conduire indirectement à celle des êtres. Car les phénomènes ne sont plus généraux qu'autant qu'ils appartiennent h. de plus nombreuses existences. Les plus simples de tous, quoique répandus partout, doivent donc se trouver chez des êtres qui ne nous en offrent pas d'autres, et où leur étude propre devient dès lors mieux accessible. A la vérité, le second degré théorique sera toujours réuni nécessairement au premier ; c'est surtout cela, plus que la nature même des phénomènes, qui constitue l'accroissement de complication. Mais, quelles que soient ces accumulations successives, chaque nouvelle catégorie d'événements pourra s'étudier sur des êtres indépendants des suivantes, quoique soumis aux précédentes, dont l'appréciation préalable permettra de concentrer l'attention vers la classe introduite. Quand même les êtres ne seraient pas toujours distincts, la méthode positive conservera sa principale efhcacité s'ils présentent des états différents, ce qui ne saurait manquer jamais . d'après la nature d'un tel classement. Ainsi, la hiérarchie théorique que je vais vous exposer , quoique

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