PREMIÈRE PARTIE
d'abord destinée à fournir seulement une éclielle des phénomènes, constitue nécessairement la véritable échelle des êtres, ou du moins des existences. Elle devient alternativement abstraite ou concrète, suivant que sa destination est subjective ou objectivo. C'est pourquoi la subordination encyclopédique des arts coïncide essentiellement avec celle des sciences.
La Femme. Avant que vous procédiez, mon père, à cette exposition hiérarchique, dont je commence à saisir le principe général, je vous prie de m'expliquer directement la marche qu'il y faut suivre. Pour cimenter l'union fondamentale entre le monde et l'hommeelle semble pouvoir également partir de chacun d'eux en tendant vers l'autre. Son usage habituel me parait même exiger qu'elle puisse comme toute autre éclielle, devenir indifféremment ascentlante ou destendanie. Triais j'ignore si cette double voie convient à sa construction.
/.e Prêtre. Le concours normal de ces deux méthodes, l'une objective, laulre sii!»jeclive, est aussi nécessaire, ma fille, à la formation qu'à l'application de la hiérarchie théorique. Son élaboralion spontanée dépendit de la première; mais son institution systématique exigea la seconde. Chaque initiation individuelle doit ici, comme en tout autre cas important, représenter essentiellement l'évolution collective,
:)(3 (:AT£(;HiS.\lE POSITIVISTE.
i,aiif que désormais on fera sciemment ce qui jadis s'accomplit aveuglément." La combinaison de ces deux luarches permet seule de réunir leurs avantages en neutralisant leurs dangers. Monter du monde à I homme sans être d'abord descendu de l'homme au monde, expose à. trop étendre les études inférieures, en perdant de vue leur vraie destination théorique, de manière à consumer nos efforts scienliliques sur des puérilités académiques, aussi contraires à l'esprit qu'au cœur. La liaison et la dignité sont alors sacrifiées à la réalité et à la netteté. C'est pourtant ainsi que dut procéder la positivité abstraite, pendant le long préambule scientifique qui s'étend de Thaïes et Pythagore jusqu'à Bichat et Gall, afin d'élaborer les matériaux successifs de la systématisation finale. Les besoins supérieurs de notre intelligence ne furent alors satisfaits imparfaitement que d'après la tutelle hétérogène qu'exerçait encore l'esprit théologico-métaphysique. Mais, aujourd'hui que le principe universel de la synthèse définitive se trouve irrévocablement posé d'après cette immense préparation, la méthode subjective, devenue enfin aussi positive que la méthode objective, doit prendre directement l'initiative encyclopédique. Elle seule peut instituer convenablement la construction que l'autre pourra dès lors élaborer dignement. Cette règle convient autant à chaque
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grande recherche scientifique qu'à Tensenible du système théorique.
La Femme. .Aie voilà donc prête, mon père, à bien suivre la consécration religieuse que le dogme de r Humanité procure successivement à toutes les parties essentielles de la science abstraite en conso-. iidant les plus émiuentes et ennoblissant les plus inférieures par cette universelle connexité.
Le Prêtre. Pour mieux caractériser une telle synthèse, vous devez, ma fille, rappeler d'abord le but continu de la vie humaine, la conservation et le perfectionnement du Grand- Être, qu'il faut à la fois connaître, aimer, et servir. Chacun accomplit spontanément ce triple office, que la religion systématise par le dogme, le culte, et le régime. Quoique la construction philosophique doive alors précéder les deux autres elle n'est, au fond, destinée qu'à les consolider et les développer. En elle-même, l'étude directe de l'Humanité peut autant dégénérer que les sciences inférieures, si Ion oublie qu'il ne faut connaître le Grand -Être que pour l'aimer davantage et le mieux servir. Quand la préoccupation du moyen fait méconnaître ou négliger le but, l'essor systématique devient, au fond, moins recommandable que la spontanéité vulgaire.
Vous concevez ainsi pourquoi je place au sommet deléchelle encyclopédique la Moraliï, ou la science
ils c:atéchts:me positiviste
do riioniiue individuel. Puisque le Grand- litre n( i'onctionne jamais que par des or{?anes finalement personnels, il faut d'abord étudier surtout ceux-d. pour qu'il en soit convenablement servi pendant leur existence objective, d'où dépendra leur influence subjective. C'est ainsi que le positivisme consolide irrévocablement le précepte fondamental de la théocratie initiale : Connais- loi, pour ('améliorer. Le principe intellectuel y concourt avec le motif social. En effet, la plus utile de toutes les sciences en est aussi la plus complète, ou plutôt la seule complète ; puisque ses phénomènes comprennent subjectivement tous les autres , quoiqu'ils leur soient , par cela même, objectivement subordonnés. Le principe fondamental de la hiérarchie théorique fait donc prévaloir directement le point de vue moral comme le plus compliqué et le plus spécial.
Mais là cesse nécessairement la conformité philosophique entre le positivisme et le théologisme. Celuici, toujours préoccupé des causes, livrait immédiatement les études morales aux principes surnaturels d'après lesquels il expliquait tout. Suscitant ainsi des observations purement intérieures, il consacrait la personnalité d'une existence qui , liant directement chacun à une puissance infinie, l'isolait profondément de l'humanité. Au contraire, le positivisme, ne cherchant jamais que la loi pour mieux diriger l'ac-
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livilé, toujours essenliellement sociale, fait reposer la science morale sur l'observation des autres beaucoup plus que de soi-même, alin d'établir des notions à la fois réelles et utiles. Ou sent alors l'impossibilité d'aborder convenablement une telle élude ^aus avoir d'abord apprécié la société. A tous égards, ciiacun dépend sans cesse de l'Humanité, surtout quant à nos plus nobles fonctions , toujours subordonnées aux temps et aux lieux oii nous vivons; comme vous le rappellent ces beaux vers de Zaïre .-
J'eusse été, près du Gange, esclave des faux dieux. Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux.
Voilà comment la morale , conçue comme notre principale science, institue d'abord la Sociologie, dont les phénomènes sont à la fois plus simples et pius généraux, suivant l'esprit de toute la hiérarchie positive .
La Femme. Laissez-moi, mou père, vous retenir un moment sur ce premier pas, afin d'y résoudre la contradiction qu'il me semble otîrir entre ces deux conditions de votre classement. Car la complication me paraît ici croître, par exception, avec la généralité. J'ai toujours jugé le point de vue moral plus sitaple que le point de vue social.
Le Prêtre. Cela ne tient, ma lille, qu'à ce que vous avez jusqu'ici procédé plutôt p r sentiment que
par raison ; la morale devant être davantage un art qu'une science pour votre sexe. S'il fallait comparer la multiplicité des cas, celle des individus vous paraîtrait supérieure à celle qui vous préoccupe entre les peuples. i>lais en se bornant à la propre complication, vous oubliez que la science morale, outre toutes les influences que considère la science sociale, doit apprécier aussi des impulsions que celle- ci peut écarter comme presque insensibles. Ce sont les intimes réactions qui s'exercent toujours, suivant des lois trop peu connues encore, entre le physique et le moral de l'homme. Malgré leur grande efficacité personnelle, la sociologie n'en tient pas un compte spécial, parce que leurs résultats opposés chez les divers individus se détruisent essentiellement envers les peuples. Au contraire, toute appréciation morale qui les négligerait nous exposerait aux plus graves méprises, en attribuant à l'àme ce qui provient du corps, ou réciproquement, comme vous le voyez journellement.
La Femme. Je comprends ainsi, mon père, ce qui m'a fait suspendre au début votre enchaînement hiérarchique, que je vous prie maintenant de poursuivre jusqu'au bout, sans craindre aucune interruption nouvelle , qui m'empêcherait de saisir assez la lilialion générale.
Le Prêtre. Votre objection ^ d'ailleurs Irès-natu-
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relie, sert ici, ma fiUe, à mieux marquer notre premier pas encyclopédique, type nécessaire de tous les autres, qui dès lors s'accompliront plus rapidement, comme envers une échelle quelconque. J'espère que vous descendrez sans efforts de cliaque science à la suivante, sous la même impulsion qui vient de vous conduire de la morale à la sociologie, en consultant toujours la subordination naturelle des phénomènes correspondants.
Ce principe fondamental vous fait d'abord sentir que l'étude systématique de la société exige la connaissance préalable des lois générales de la vie. En effet, les peuples étant des êtres éminemment vivants, l'ordre vital domine nécessairement Tordre social , dont l'état statique et l'essor dynamique se trouveraient profondément altérés si notre constitution cérébrale, ou même corporelle, changeait notablement. Ici, le double accroissement de généralité et de simplicité devient pleinement irrécusable. C'est ainsi que la sociologie, instituée d'abord par la morale, institue, à son tour, la BIOLOGIE, qui d'ailleurs présente aussi des relations directes avec la science principale. Ne devant étudier la vie que dans ce qu'elle offre de commun à tous les êtres qui en jouissent, les animaux et les végétaux forment son domaine propre , quoiqu'elle soit finalement destinée à l'homme, dont elle ne peut qu'ébaucher grossièrement la véritable
élude. Ainsi conçue, elle apprécie judicieusement les (onctions corporelles d'après les existences où elles se trouvent spontanément dégagées de toute complication supérieure. Quand cette institution logique l'expose à la dégénération académique en insistant trop sur des êtres ou des actes insignifiants, la discipline philosophique doit la ramener au régime normal , sans janiais entraver une marche indispensable à ses recherches.
Entre ces trois premières sciences , il existe une telle connexilé que le nom de la moyenne me sert à désigner leur ensemble , dans le tableau encyclopédique que j'ai composé {i-oycz le tableau A ci-contre) pour vous faciliter l'appréciation générale de la hiérarchie positive. Car lu sociologie peut être aisément conçue comme absorbant la biologie à titre de préambule, et la morale à titre de conclusion. Quant le mot Ânt'iiropoloqie sera plus et mieux usité, il deviendra préférable pour celte destination collective, puisqu'il signifie littéralement Étade de l homme. Mais on devra longtemps employer ici le nom de sociologie, afin de caractériser davantage la principale supériorité du nouveau régime intellectuel, consistant surtout dans l'iulroduction encyclopédique du point de vue social, essentiellement étranger à l'ancienne synthèse.
Les êtres vivants sont nécessairement des corps . qui , malgré leur plus grande complication, suivent
DIVISION HISTOIUQUE.
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SCIENCE PRÉUMISllRE, SCIESCB PISiLE ,
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PIIlLOSOPaiE N4TURELLE. PHILOSOPHIE MORALE.
(Ordre exlcrieur.) (Ordre humain.)
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