‹ Catéchisme positiviste, ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 37 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

cheresse el à l'orgueil. Maintenant que je puis toujours apercevoir et rappeler le but moral de toute l'élaboration scientifique, et les conditions propres à chacune de ses phases essentielles, je n'aurai pas moins de satisfaction à monter qu'à descendre votre échelle encyclopédique.

Le Prêtre. Cette alternance vous deviendra plus facile, ma fille, si vous remarquez que, dans les deux sens, la course théorique pourra suivre le même principe, en procédant sans cesse d'après le décrois sèment de généralité. Il suffit, pour cela, de rapporter la série fondamentale tantôt aux phénomènes euxmêmes, tantôt à nos propres conceptions, suivant que son usage doit être objectif ou sujjjectif En effet, les notions morales comprennent nécessairement toutes les autres , que nous en tirons par des abstractions successives. C'est surtout en cela que consiste leur complication supérieure. La science correspondante offre donc plus de généralité subjective que toutes les éludes inférieures. Au contraire, les phénomènes mathématiques ne sont les plus généraux que comme étant les plus simples. Leur étude présente donc plus de généralité objective, mais moins de généralité subjective qu'aucune autre. Seule applicable à toutes les existences appréciables, c'est ^ussi celle qui fait le moins connaître les êtres correspondants, dont elle n:^ peut dévoiler que les lois les plus grossières, lous

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les cas inlerniédiaires oflrenl, à de moindres degrés, ce double coiilrasle entre la raathémalique et la inorale.

Mais, soit qu'on monte ou qu'on descende, la course encyclopédique représente toujours la morale comme la science par excellence, puisqu'elle est à la fois la plus utile et la plus complète. C'est là que 1 esprit théorique, ayant perdu graduellement son abstraction initiale, vient s'unir syslémaliquemeul à l'esprit pratique, après avoir achevé toutes ses préparations indispensables. Aussi la sagesse publique . régularisée par le positivisme, fera-t-elle respecler toujours l'admirable équivoque , tant déplorée chez nos pédants, qui, là seulement, confond l'art et la science sous une même dénomination.

C<;tle confusion apparente procure à la science morale un heureux équivalent de la discipline qui . partout ailleurs, prévient ou corrige les divagations théoriques propres à la culture ascendante. En eflel. la règle générale consiste à restreindre chaque phase encyclopédique au développement nécessaire pour préparer le degré suivant ; en réservant d'ailleurs au génie pratique les études plus détaillées qu'il jugerait spécialement convenables Malgré les déclamations académiques, on .sait maintenant qu'une telle discipline consacre toutes les théories vraiment intéressantes, en n'excluant que les puérilités scientifiques -

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dont la répression est aujourd'hui prescrite par les besoins combinés de l'esprit et du cœur. Or, cette règle; si précieuse partout ailleurs, échoue nécessadrement envers la science placée au sommet de l'échelle encyclopédique.

Si les théories morales étaient autant cultivées que les autres, leur complication supérieure les exposerait, vu cette indiscipline spéciale, à des divagations plus fréquentes et plus nuisibles. 3îais le cœur vient alors guider mieux l'esprit, en rappelant davantage l'universelle subordination de la théorie à la pratique, d'après un titre heureusement ambigu. Les philosophes doivent, en efTet, étudier la morale dans la même disposition que les femmes, afin d'y puiser les règles de notre conduite Seulement leur science déductive procure aux inductions féminines une généralité et une cohérence qu'elles ne pourraient autrement acquérir, et qui pourtant deviennent presque toujours indispensables à l'etricacité publique, ou même privée, des préceptes moraux.

/.« Femme. Le vrai régime théorique étant ainsi constitué, je vous prie, mon père, de terminer ce long et difficile entretien en caractérisant les propriétés générales de votre série encyclopédique, considérée désormais dans le sens ascendant, qui m& sera bientôt familier. J'aperçois spontanément les dangers intellectuels et moraux propres à cette oui-

lure objective, tant qu'elle resta dépourvue de la discipline subjective que vous venez de m'expliqucr. Alors la succession nécessaire des diverses phases encyclopédiques obligea provisoirement le génie scientifique à suivre un régime de spécialité dispersive , directement contraire îi la pleine généralité qui doit caractériser les vues tliéoriques. De là durent résulter de plus en plus, chez les savants surtout, et par suite même dans le public , d'une part le matérialisme et l'athéisme , d'une autre part le dédain des aflfections tendres et la désuétude des beaux-arts. Je sais, depuis longtemps, combien, sous tous ces aspects, le vrai positivisme, loin d'offrir aucune solidarité réelle avec son préambule scientifique, en constitue, au contraire, le meilleur correctif. Mais je ne saurais saisir seule les attributs essentiels que je dois maintenant apprécier dans l'ensemble de votre hié rarchie théorique.

Le Prêtre. Réduisez-les, ma fille, à deux principaux , qui correspondent à sa double destination générale, également subjective et objective, ou plutôt ici, logique et scientifique, suivant qu'on y considère surtout la méthode ou la doctrine.

Sous le premier aspect, la série encyclopédique indique à la fois la marche nécessaire de l'éducation théorique et l'essor graduel du vrai raisonnement. Principalement déductive dans son berceau mathé-

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