‹ Catéchisme positiviste, ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 38 sur 115 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

luatique, où les iuduciions indispensables sont presque toujours spontanées, la méthode positive devient de plus induclive à mesure qu'elle aborde des spéculations plus éminentes. Dans cette longue élaboralion, il faut distinguer quatre degrés essentiels, où la complication croissante des phénomènes nous fait successivement développer l'observation , l'expérience , la comparaison , et la filiation historique. Chacune de ces cinq phases logiques, y compris le début mathématique , absorbe spontanément toutes les précédentes, d'après la subordination naturelle des phénomènes correspondants. La saine logique devient ainsi complète , et dès lors systématique . aussitôt que l'essor décisif de la sociologie fait surgir la méthode historique , comme la biologie avait auparavant institué lart comparatif, après que la physique eul assez développé l'observation et l'expérience.

Une heureuse ignorance dispense aujourd'hui votre sexe des démonstrations philosophiques par lesquelles le positivisme s'efforce de convaincre les hommes qu<' l'on ne peut apprendre à raisonner qu'en raisonnant, avec certitude et précision, sur des cas nettement appréciables. Ceux qui sentent le mieux que tout art doit s'apprendre par le seul exercice , écoutent encore les sophistes qui leur enseignent U raisonner, ou même à parler, en ne raisonnant ou parlant

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que sur lo laisoimciuenl ou la parole. Mais, quoiqu'on vous ait appris la; grammaire , et peut-être la rhétorique, on vous a du moins épargné la logique, la plus ambitieuse des trois études scolasliques. Dès lors, votre propre raison, heureusement cultivée sous votre cher Molière, a bientôt apprécié les deux autres puérilités classiques. Fortifiée maintenant par des convictions systématiques, vous n'hésiterez point à railler convenablement les Trissolins qui voudraient vous enseigner l'art déductif, sans en avoir jamais fait euxmêmes le moindre usage mathématique. Chaque partie essentielL de la méthode positive de\Ta toujours s'étudier surtout dans la doctrine scienlifique qui la fit d'abord surgir.

La Femme. Cette première appréciation ne ro'ofirant, heureusement, aucune difficulté, puisque je ne vois là que du bon sens, je vous prie, mon père, de passer immédiatement fi la seconde propriété générale de votre série encyclopédique.

Le Prêtre. Elle consiste, ma fille, dans la conception systématique de l'ordre universel, coinnie vous l'indique le second titre de notre tableau. Depuis l'ordre matériel jusqu'à l'ordre moral, chaque ordre s'y superpose au précédent, suivant cette loi fondamentale, suite nécessaire du vrai principe hiérarchique : Les plus nobles phénomènes sont partout subordonnés aux plus grossiei^s. C'est la seule règle

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véritablement universelle que puisse nous dévoiler létude objective du monde et de l'homme. Ne pouvant aucunement dispenser de lois moins étendues , elle ne saurait suflBre pour constituer jamais la stérile unité extérieure que cherchèrent vainement tous les philosophes depuis Thaïes jusqu'à Descartes.

Mais , en renonçant à cette frivole stimulation, que remplace beaucoup mieux la destination morale de tous nos efforts théoriques, nous sommes heureux de saisir, entre toutes nos doctrines abstraites, un lien objectif inséparable de leur coordination subjective. La pratique sociale doit surtout utiliser une telle appréciation de l'ensemble des fatalités réelles. Notre dépendance et notre dignité devenant ainsi connexes, nous serons mieux disposés à sentir le prix de la soumission volontaire , dans laquelle consiste la principale condition de notre perfectionnement moral, et même intellectuel.

Remarquez, en effet, pour compléter cette grande loi, que, sous l'aspect pratique, elle présente l'ordre réel comme de plus en plus modifiable à mesure qu'il régit des phénomènes plus compliqués. Le perfèc- (ionnemcnt suppose toujours l'imperfection, qui partout augmente avec la complication. 31ais vous voyez aussi que la providence humaine devient alors plus efficace, en disposant d'agents plus variés. Uni) telle compensation reste, sans doute, insuffisante : en sorte

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que l'ordre le moins compliqué demeure ordinairemenl le plus parfait, quoiqu'il soit aveuglément gouverné. Néanmoins, cette loi générale de la modificabilité érige doublement la morale en art principal , soit pour son importance supérieure , soit aussi d'après le champ plus étendu qu'il offre à notre sage activité. Ln pratique et la théorie concourent donc à justifier de plus en plus la prépondérance systématique que le positivisme accorde à la morale.

La Femme. Puisque vous m'avez assez expliqué maintenant l'ensemble du dogme positif, je voudrais, mon père, avant de vous quitter aujourd'hui, connaître d'avance l'objet propre des doux autres entretiens que vous m'avez promis sur cette première partie de votre catéchisme. Je ne vois pas, en effet, ce qui me reste encore ù savoir envers cette base systématique de la religion universelle . pour passer convenablement à l'étude directe et spéciale du culte et du régime, qui doivent surtout m'occuper.

Le Prêtre. Les notions précédentes sont, ma fille . trop abstraites et trop générales pour vous laisser des traces suffisantes si je ne les complétais par des explications moins universelles et mieux déterminées , dont je ferai d'ailleurs un fréquent usage. Sans vous arrêter spécialement sur chaque phase encyclopédique , comme dans la nouvelle éducation occidentale . je me borne à vous demander d'apprécier se-

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