PREMIÈRE PARTIE. I2l
Mais l'union liabituelle des grandes cités deviendra plus réelle et plus efficace en prenant le caractère normal d'un concours volontaire. La foi positive fera convenablement sentir la solidarité, et même la continuité, qui doivent finalement régner entre toutes les régions quelconques de la planète humaine.
La Femme. D'après l'ensemble de vos indications sur la théorie de la société , je me sens, mon père, assez préparée maintenant pour m'asseoir enfin au sommet de l'édifice encyclopédique dont vous m'avez fait successivement apprécier chaque étage. Quoique la science morale doive être la plus difficile de toutes. sa culture empirique est trop familière à mon sexe pour qu'il puisse s'en effrayer autant que des autres. Je suis donc satisfaite d'arriver convenablement à l'étude systématique de l'homme individuel.
Le Prêtre. En effet, ma fille, ce terme nécessaire de toute la préparation encyclopédique peut seul remplir l'esprit comme le cœur. La science morale est plus synthétique qu'aucune autre, et sa connexité directe avec la pratique y consolide cet attribut naturel. C'est uniquement là (lue tous les aspects abstraits se réunissent spontanément pour construire le guide général de la raison concrète. Depuis Thaïes jusqu'à Pascal, chaque vrai penseur cultivait à la fois la géométrie et la morale, par un secret près-
scutiment de la grande hiérarcliie qui devail enfiti les combiner. Le nom de petit monde que les ancien.s donnaient à Ihomme indiquait déjà combien son élude paraissait propre à condenser toutes les autres. Klle constitue naturellement la seule science qui puisse être vraiment complète , .sans écarter aucun point de vue essentiel, comme le fait nécessairement cliacune de celles qui lui servent de base, (^ar, en considérant celles-ci comme déterminant les lois correspondantes de l'homme, elles n'y parviennent qu'en négligeant h dessein toutes les propriétés supérieures à leurs domaines respectifs, où elles incorporent seulement les attributs inférieurs. Par ces abstractions décroissantes, l'esprit théorique se trouve assez préparé pour aborder enfin l'unique élude qui ne l'oblige plus à rien abstraire d'essentiel dans l'objet commun de nos diverses spéculations réelles, (l'est seulement ainsi que la méditation masculine s'unit irrévocablement à la conlemplalion féminine , pour consUtuer l'état final de la raison humaine.
La cosmologie établit d'abord les lois de la simple matérialité. Puis, la biologie construit sur cette base la théorie de la vitalité. Enfin, la sociologie subordonne à ce double fondement létudo propre de l'existence collective. IMais, quoique cette dernière science préliminaire soit nécessairement plus complète qu'îles précédentes, elle n'embrasse point en-