PREMIER K PARTIE
provisoirement l'incompatibilité radicale du monothéisme avec l'existence naturelle des penchants bienveillants, qui poussent toutes les créatures à s'unir mutuellement au lieu de se vouer isolément à leur créateur. Halgré tous les vices naturels d'une telle théorie, son développement au moyen âge constitue le seul pas essentiel que comportât la science morale depuis son ancienne ébauche théocratique jusqu'à sa récente institution positive. Les résultats essentiels de la commune sagesse s'y trouvaient, du moins . représentés beaucoup mieux que par la déplorable ontologie qui dirigea la dissolution graduelle du catholicisme. Aussi les mystiques du quinzième siècle, et surtout l'admirable auteur de Vlmi-l
talion, sont-ils les derniers penseurs chez lesquels ,'
avant le positivisme , on puisse vraiment saisir lensemble de la nature humaine, si vicieusement conçue dans toutes les doctrines métaphysiques.
Kn vous rappelant un dogme moral qui fut justement cher à votre jeunesse, je ne veux pas seulement honorer un elfort trop méconnu maintenant. Outre qu'il remplaça provisoirement la théorie positive de la nature humaine, dont le préambule objectif devait encore durer longtemps , il la prépara spontanément en formulant son domaine systématique. C'est sous , cette influence que , même avant la fondation de la sociologie, le vrai génie scientifique entreprit, à cet
égard, une Icntalive décisive, quoique insuflisantc aussitôt que la philosophie biologique eut surgi.
Il fallait d'abord instituer, dans ce suprême domaine théorique, une harmonie générale entre l'appréciation statique et l'appréciation dynamique, en assignant les sièges de nos principales fonctions. Malgré la confusion métaphysique qui voulait tout réduire à rintelligcnce , à laquelle on consacrait l'ensemble du cerveau , la raison commune avait percé les ténèbres philosophiques, du moins quant aux penchants, surtout personnels, d'après leur énergie spontanée. Les anciens penseurs en consacrèrent la distinction, en les faisant siéger, quoique vaguement . dans les différents viscères de la vie de nutrition. Toutefois, aucun organe ne fut assigné aux instincts sympathiques, et la science, d'accord avec la théologie, parla toujours des passions comme s'il n'en existait que de mauvaises. D'ailleurs, l'intelligence restait indivise , et sa subordination au sentiment ne pouvait être théoriquement représentée.
Sans ce préambule historique , vous ne pourriez bien apprécier l'admirable effort par lequel le génie de Gall fonda la théorie positive de la nature humaine, quoiqu'il ne pût la construire assez pour la rendre vraiment efficace, ce qui supposait la sociologie. Cette puissante impulsion posa deux principes généraux, l'un dynamique, l'autre statique, dont la