‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 11 sur 101 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

Or cette sociologie n'est-elle pas grosse, er quelque sorte, de la religion?

D'une part, elle fait voir comment la philosophie, qui peut enfermer nos esprits dans un système un et cohérent, est subjective et relative à nos sentiments. Cette philosophie ne s'impose qu'autant que nous voulons rilumanité et la prenons pour fin. Notre accord intellectuel implique l'accord de nos cœurs dans le sentiment religieux.

Mais, d'autre part, en nous dévoilant l'immense activité humaine qui, pour satisfaire nos besoins essentiels, crée les sciences comme autant de gigantesques organes intellectuels, elle offre au sentiment religieux l'objet qu'il cherchait.

La théorie religieuse de l'humanité ne dépasse en rien, en effet, les données de la sociologie. Presque en son entier elle résulte de la réflexion sur le développement des sciences.

De même que la vie ne se ramène pas à l'existence chimique, la société déborde l'ordre vital. C'est beaucoup trop d'importance que les historiens attachent parfois aux explications par les races, par les climats, et les philosophes ont exagéré la comparaison de la société à un organisme.

Le caractère spécifique de la société, c'est le progrès. Le progrès, voilà ce qui ne se peut dé-

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duire de la constitution individuelle. Il résulte des deux attributs de la vie sociale : la solidarité des contemporains et la continuité des générations, celle-ci d'ailleurs incomparablement plus importante que celle-là.

Le progrès, à parler exactement, n'apporte rien d'absolument nouveau dans notre nature. Nous l'avons dit. Comte croyait impossible une création absolue dans une espèce vivante ^ Si, pour les sociologues contemporains, il y a en chacun de nous deux natures discontinues, l'une organique, l'autre d'origine sociale hétérogène à la première, lui en jugeait tout autrement. La nature humaine, avec ses besoins et ses prédispositions, constatables mais inexplicables scientifiquement, préexiste a l'évolution. Le progrès humain n'est que développement : développement du bon sens en sciences et perfectionnement consécutif des situations matérielles ; mais ce double progrès intellectuel et matériel a heureusement pour effet un progrès moral. Celui-ci, le plus important, le seul ayant une valeur absolue, ne peut être produit directement par la continuité des générations. Mais l'extension des sciences, en faisant de plus en plus l'unité des esprits, et l'industrie, en substituant la coopération à la guerre, élargissent notre sympathie. Nous devenons de plus en plus religieux.

1. Voir sur les rapports de Tordre et du progrés, note p. 138.

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